Intelligence artificielle : Clé de changements profonds en Afrique, l’IA crée autant d’opportunités que de défis

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A Paris, fin novembre, les dirigeants d’entreprises de services numériques, directeurs de systèmes d’information, organisations patronales africaines, personnalités politiques et représentants de la société civile ont eu l’occasion de revenir longuement sur l’Intelligence artificielle et les opportunités qu’elle représente pour le continent africain. L’intelligence artificielle soulève également de nombreux défis à relever pour l’Afrique.

L’Intelligence artificielle (IA) en Afrique a été au cœur des débats lors des Assises de la transformation digitale en Afrique (ATDA), les 22 et 23 novembre derniers à Paris. Selon un document transmis à la presse qui revient sur les grands aspects des échanges, l’IA «devrait être réellement implantée [en Afrique] d’ici 3-4 ans».

Les participants à l’ATDA ont expliqué que cette nouvelle technologie ne nécessite pas le déploiement d’infrastructures particulières, un facteur qui aurait pu empêcher son éclosion sur un continent qui est en manque de moyen financier. «Longtemps handicapées par les lourds investissements nécessaires au déploiement des serveurs indispensables au traitement de gros volumes de données, les entreprises africaines ont désormais un accès simplifié grâce au cloud [stockage de données en ligne]. Désormais, les jeunes développeurs peuvent, partout sur le continent, innover sur des applications simples et apporter des solutions nouvelles», explique le communiqué.

L’IA dit-on, permet de répondre à un réel besoin en Afrique, à savoir d’avoir un «reach» massif, alors que le continent connaît une croissance démographique extrêmement rapide, et cela sans s’appuyer sur des structures installées, qu’elles soient humaines ou infrastructurelles. A ce propos, le ministre marocain de la Réforme de l’administration et de la fonction publique, Mohammed Benabdelkader, a estimé que l’IA peut être une opportunité pour la réalisation des Objectifs du développement durable en Afrique, mais que cela suppose une prise de conscience dans la préparation en parallèle des aspects réglementaires et éthiques «qui pourront facilement, dans le cas contraire, constituer un frein à l’émergence de cette nouvelle niche économique». Il a ajouté que l’implantation de l’IA pourrait impliquer des progrès en matière démocratie, de gouvernance et faciliter la vie aux populations.

Ainsi, les participants à l’ATDA ont recommandé que l’IA, soit utilisée au bénéfice du plus grand nombre. «L’IA est une technologie puissante, et comme toute technologie puissante elle doit être utilisée au bénéfice du plus grand nombre», a exhorté Emmanuel Lempert, directeur des affaires publiques du groupe SAP, ajoutant qu’«elle va très certainement s’accompagner d’une croissance de la production de richesses par habitant mais la question pour les décideurs est comment distribuer ces nouvelles richesses. C’est une question politique, c’est aussi une question sociale…».

De grandes opportunités pour l’Afrique

L’implantation de l’IA ouvre beaucoup d’opportunités pour les populations du continent africain. Celle-ci permettra selon les participants de l’ATDA, l’émergence de tissu entrepreneurial dynamique et plutôt jeune. Aussi, grâce à cette avancée, l’on compte beaucoup plus de jeunes startuppers, d’autant plus que ni le niveau d’études, ni l’âge ne seront plus des facteurs de blocage. «Enfin, le coût d’investissement à l’entrée est relativement bas, ce qui permet d’entrer sur le marché sans forcément lever de financements importants», ajoute-t-on.

L’implantation totale de l’IA aura également des conséquences positives dans divers autres secteurs, ceux dans lesquels les solutions venues d’ailleurs ne sont pas adaptables d’un continent à un autre. «Dans le secteur de l’agriculture, par exemple, l’aridité des sols est un exemple de défi spécifiquement africain : la start-up E-farm propose ainsi des capteurs permettant de mesurer l’aridité des sols, et devrait à terme permettre de créer une base de données indiquant le niveau d’aridité du sol pour l’ensemble du continent», note la déclaration.

La même source évoque également l’éducation et la formation, indiquant que l’IA rendra possible un suivi robotisé et personnalisé des élèves, ce qui permettra d’optimiser les potentialités dans des pays où le manque de financements publics crée des classes surpeuplées, atteignant parfois jusqu’à 80 élèves pour un professeur. «Enfin, l’IA devrait donner à l’Afrique les moyens d’exploiter ses propres données, alors que celles-ci sont déjà convoitées par les plus grandes multinationales. L’extrême rareté des « data analysts » en Afrique faisant de sa data une réserve largement inutilisée ; le « machine learning » et ses modèles prédictifs permettront de traiter celle-ci de façon automatisée, en limitant le recours aux ressources humaines», a-t-on ajouté dans la déclaration transmise à la presse.

Des défis liés à l’implantation

L’implantation de l’IA s’il s’agit de grande réalisation positive pour le développement du continent, elle demande cependant de la part des autorités du continent de relever un certain nombre de défis inhérents. «Si l’IA ne nécessite pas la mise en place d’infrastructures particulières depuis le passage au cloud, l’accélération de la couverture internet sur le continent reste un enjeu de taille, quand seulement 20% de la population africaine bénéficie d’un accès à internet. Plus spécifiquement, l’accès au haut-débit reste marginal alors qu’il est bien souvent nécessaire sur les applications et services ayant recours à l’IA. Se pose aussi l’enjeu du tarif de la connexion, qui doit devenir plus accessible dans un contexte de revenus médians faibles», averti-t-on dans la déclaration. En dehors du problème de l’accès à Internet, nait un défi : celui de la sécurité des données mises en ligne. «La cyber-sécurité est le premier défi du développement digital, quel que soit le continent : aucun terminal, aucune interface, du smartphone au desktop, ne nous mettent à l’abri d’attaques», a déclaré Pascal Naudin, directeur B2B de Kaspersky Lab en Afrique du Nord, cité dans le document.

En dehors de ces défis très importants, un autre défi est celui de la fuite des cerveaux. Les participants de l’ATDA ont expliqué que la recherche universitaire malgré le dévouement des jeunes chercheurs, a du mal à suivre. Ainsi, certains ne peuvent compter que sur des géants internationaux ou universités étrangères, ce qui crée une fuite des cerveaux et des idées, voire parfois même un manque à gagner pour les acteurs locaux qui s’engagent à former les jeunes. «La fuite des cerveaux, c’est un désavantage pour nos économies et pour nos sociétés, mais c’est également un réel manque à gagner en termes de formation. Dans le cadre de mon studio de jeux vidéos, je forme des jeunes africains à la programmation, ce qui revient environ à 15 000 euros par formation. Lorsque ces jeunes partent dans les studios français, canadiens, étasuniens, c’est une fierté pour mon studio, mais c’est aussi une perte sèche», a expliqué Mohamed Zoghlami, directeur de Saphir Prod, studio de jeux vidéos tunisien.

Rappelons que les participants à l’ATDA sont notamment issus du monde du numérique, à l’instar de dirigeants d’entreprises de services numériques et de directeurs de systèmes d’information.

Source : La Tribune Afrique

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