Nigeria : le « général » Buhari remonte au front contre Boko Haram

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Confronté à une recrudescence des attaques meurtrières de la secte islamiste, le chef d’Etat nigérian Muhammadu Buhari, s’est rendu ce mercredi 28 novembre à Maiduguri, dans l’Etat de Borno, fief de Boko Haram. A quelques mois de la prochaine présidentielle, le retour de l’insécurité est en effet de mauvais augure pour le général, qui a fait de la lutte contre les terroristes, une des priorités du mandat qu’il remet en jeu.

Muhammadu Buhari est de nouveau monté au front contre Boko Haram! L’ancien général de l’armée nigériane a en effet enfilé ses habits militaires pour aller sur le terrain où ses soldats font face à un retour en force de la secte islamiste qui multiplie les attaques meurtrières. Comme en 2016, au lendemain de son arrivée au pouvoir, le chef de l’Etat, également chef suprême des armées, s’est rendu ce mercredi 28 novembre à Maiduguri, capitale de l’Etat de Borno, dans le nord-est du pays. Officiellement, le président nigérian a procédé à l’ouverture de la conférence annuelle de l’Etat-major des forces armées, mais au regard du contexte sécuritaire actuel, cette visite sur le terrain vise à remonter le moral des troupes. Une sortie symbolique aux relents guerriers et surtout électoraux, car à quelques mois de la présidentielle prévue en février prochain, les récentes attaques de la nébuleuse terroriste, dans la région, sont venues démontrer que Boko Haram est loin d’être vaincue.

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Le groupe terroriste, qui est désormais constitué de plusieurs branches et qui a fait allégeance à la branche ouest-africaine de l’Etat islamique (ISWAP), semble même avoir repris du poil de la bête au regard de la multiplication des attaques meurtrières visant des garnisons militaires. La dernière en date et qui a provoqué un véritable état de choc au sein de l’opinion, c’est celle du camp militaire de Melete, toujours dans l’Etat de Borno, qui a fait le 18 novembre dernier, une cinquantaine de morts selon les sources sécuritaires, et plus d’une centaine de victimes parmi les soldats selon d’autres sources indépendantes. C’est suite à cette attaque qui a démontré que la capacité de nuisance de Boko Haram est toujours intacte, que le président Buhari a décidé de se rendre sur le front. La rencontre de l’Etat-major, initialement prévue à Bénin City dans l’Etat d’Edo, dans le sud du pays, a été délocalisée à Maiduguri, épicentre des violences de la secte.

Scénario catastrophe pour le candidat Buhari

Avec cette visite, au cours de laquelle il a donné ses instructions aux officiers supérieurs de l’armée, Muhammadu Buhari, entend surtout démontrer que son administration reste déterminée à faire face à l’amplification des menaces sécuritaires. Il faut dire que la lutte contre Boko Haram a été un des engagements de mandat du candidat de l’APC, un mandat qu’il remet en jeu en février prochain, en misant notamment sur son bilan sécuritaire. Jusqu’à cette nouvelle recrudescence des dernières attaques, l’ancien général claironnait en effet que les groupes terroristes actifs dans le pays mais également dans les pays voisins du lac Tchad (Cameroun, Tchad et Niger), ont été défaits.

Les attaques ont certes un temps diminué et l’armée a repris plusieurs territoires à Boko Haram, ce qui de l’avis de plusieurs analystes, confirme que la secte a été fortement affaiblie depuis l’arrivée de Buhari au pouvoir. Entre 2015 et 2016, les opérations conjointes menées par les armées des quatre pays frontaliers regroupées au sein d’une force multinationale (MNJTF) avaient permis d’enregistrer plusieurs succès militaires en 2015 et 2016.

Depuis trois (3) mois pourtant, et alors que s’approche la présidentielle, Boko Haram reprend du terrain. Selon les estimations, la secte a mené plus d’une trentaine d’attaques meurtrières dont la majorité au Nigéria, mais également dans les pays voisins. La semaine dernière, des présumés assaillant de Boko Haram ont mené plusieurs attaques meurtrières au Niger et ce mercredi 28 novembre, un attentat kamikaze a endeuillé la localité d’Amchidé au Cameroun. Pour le président-candidat, ce regain de violence sonne comme un scénario catastrophe pour sa campagne électorale.

Offensive militaire et surenchères électorales

La guerre est donc de nouveau déclarée par Buhari à Boko Haram. Comme l’a annoncé le chef de l’armée nigériane, le lieutenant-général Tukur Yusuf Buratai, des renforts militaires sont arrivés sur le front où une grande offensive militaire se prépare pour neutraliser l’insurrection. Parallèlement, le ministre nigérian de la défense, Mansur Muhammad Dan Ali, s’est rendu dans les pays voisins pour renforcer la coordination des actions militaires dans la zone frontalière du lac Tchad, où la secte a gagné du terrain. Lors de l’allocution qu’il a prononcée devant les chefs militaires, ce mercredi à Maiduguri, le président nigérian a annoncé la tenue, ce jeudi 29 novembre à N’Djamena au Tchad, d’un sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la région sur la réponse commune à apporter à cette nouvelle donne sécuritaire.

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Il faut dire qu’avec un bilan aussi mitigé sur le plan sécuritaire, Buhari aura du mal à convaincre durant la campagne pour les présidentielles, d’autant que son principal challenger, l’ancien vice-président Atiku Abubakar, l’attend sur cette question. Les proches de Buhari ont certes des arguments à faire valoir contre les attaques du PDP, le principal parti de l’opposition, en mettant en avant que c’est sous le règne de l’ancien président Goodluck Jonathan, que Boko Haram a atteint son apogée, mais la tâche s’annonce complexe pour le chef de l’Etat. C’est du reste pour cette raison que Muhammadu Buhari a anticipé, en mettant en garde ses détracteurs contre toute « récupération politique de la question sécuritaire qui reste une menace nationale ». Au delà des mots, il va falloir pourtant des actes sur le terrain d’autant que le temps presse. Les élections prochaines, c’est dans moins de trois mois, et avec le retour en force de Boko Haram, Buhari risque malgré sa popularité, d’amenuiser ses chances pour un second mandat. Sauf si la nouvelle offensive militaire qu’il vient de déclencher, se traduit par les résultats escomptés, un pari à multiples enjeux pour l’ancien militaire putschiste reconverti en démocrate, et qui est à nouveau obligé par les circonstances de reprendre son treillis de chef de guerre…

Source : La Tribune Afrique

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