Madagascar : la « revanche » entre Ravalomanana et Rajoelina aura bien lieu

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La Haute Cour Constitutionnelle (HCC) de Madagascar a validé ce matin, les résultats du scrutin du 7 novembre dernier. Sans surprise, les deux anciens présidents Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana se retrouveront le 19 décembre prochain pour le second tour d’une élection présidentielle sous haute tension…

« Les deux candidats habilités à se présenter au second tour de l’élection du Président de la République sont Monsieur Andry Nirina Rajoelina et Monsieur Ravalomanana Marc » selon les résultats définitifs de la HCC tombés ce matin, aux alentours de 10h.

En chiffres, ce sont 9.949.083 inscrits pour 5.367.550 votants soit un taux de participation de 53.95% enregistré par la Haute Cour Constitutionnelle.

En tête des suffrages exprimés, on retrouve donc Andry Rajoelina avec 39.23% des votes, talonné par Marc Ravalomanana (35.35%). Les deux candidats seront remboursés de leur cautionnement (NDR : 50 millions d’ariary), contrairement à Hery Rajaonarimampianina, le président sortant qui ne dépasse pas les 10% (HCC : 8.82% soit 439.070 voies). En dépit d’un bilan « rehaussé » sur le tard, le président « Hery » enregistre un score historiquement faible, reflet d’une campagne peu active et d’un bilan entaché par la violence et par la corruption. Il pourrait néanmoins jouer un rôle-clé dans le report des voix au second tour.

Le verdict de la HCC met ainsi un terme à plus de deux semaines de contestation des principaux candidats qui, tour à tour, avaient dénoncé des anomalies relevées lors du premier tour. Des écueils qui n’auront donc pas suffit à interrompre le processus électoral qui se poursuit dans une ambiance délétère : entre pressions et intimidations de part et d’autre de l’échiquier politique malgache…

La HCC confirme les chiffres « contestés » de la CENI

Ce matin, la HCC a donc confirmé les résultats provisoires présentés par la Cour Electorale Nationale Indépendante (CENI) le 7 novembre dernier. En dépit de l’usage d’un logiciel différent, la CENI avait annoncé 39.19% pour Andry Rajoelina et la HCC enregistre in fine 39.23%. Du côté de Marc Ravalomanana les 35.29% des suffrages exprimés selon la CENI rejoignent les 35.35% des voix validées par la Haute Cour Constitutionnelle. Les résultats sont sensiblement concordants, y compris pour le président sortant et pour les quelques 33 autres candidats à la magistrature suprême.

Aux suspicions de fraudes avancées par les différents partis, le président de la CENI, Yves Herinirina Rakotomanana s’était vivement défendu devant la presse quelques jours après le premier tour, avertissant d’un « hold-up électoral (…) J’appelle tous ceux qui ont reçu de l’argent d’en apporter la preuve ! » Une réponse adressée notamment au camp de Marc Ravalomanana dont le directeur de campagne dénonçait l’argent reçu par la CENI, selon les informations relevées sur le terrain par les agents du TIM. Des déclarations qui se soldèrent peu après (NDR : le 21 novembre), par le retrait des dizaines de recours formulés par Marc Ravalomanana, dans « un souci d’apaisement ».

De son côté, Andry Rajoelina avait insisté sur le détournement de voix dans plusieurs circonscriptions électorales : Fianarantsoa, Isandra ou encore Faratsiho. « Le logiciel utilisé par la CENI a été truqué (…) C’est intolérable de jouer contre le choix et la vie des Malgaches » avait-il lancé depuis son QG, le 19 novembre dernier.

Lire aussi : Entretien exclusif : Andry Rajoelina se dit prêt à remettre Madagascar sur les rails

Dans l’attente de la reprise officielle de la campagne, l’Initiative pour l’Emergence de Madagascar lancée par « Andry-TGV » en janvier 2018, tiendra demain un forum IEM Sécurité à Tananarive. La bataille de la communication devrait monter crescendo dans les jours à venir. Pour le moment, avec la publication des résultats définitifs du premier tour par la HCC, Madagascar s’apprête à vivre le « match retour » des anciens présidents…

La bataille des « EX »

Le 19 décembre sera l’occasion pour les deux candidats de prendre leur revanche sur 2009, où la crise sanglante qui endeuilla Madagascar, avec plus d’une centaine de morts, avait contraint Marc Ravalomanana a quitté le pouvoir, chassé pour l’armée. Exilé en Afrique du Sud et condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité, le pouvoir avait alors été confié à Andry Rajoelina. Une initiative mal perçue à l’extérieur des frontières et dénoncée comme un coup d’Etat militaire par la communauté internationale.

Le second acte de cette confrontation s’est déroulé en 2013, date à laquelle les deux adversaires avaient tous deux été interdits de candidature, dans un souci d’apaisement national. C’est donc Hery Rajaonarimampianina, l’ancien ministre des Finances d’Andry Rajoelina qui avait pris le pouvoir grâce à une alliance de façade qui ne tient pas et, très vite, « Hery » prend ses distances. L’année 2014 fut marquée par l’arrivée au pouvoir d’un nouveau Chef d’Etat sans violences notoires, désormais opposé à l’ancien président de la Transition, mais aussi par le retour d’exil de Marc Ravalomanana au pays…

Cette année 2018 sera donc celle du « match retour » entre les deux puissants hommes d’affaires, et révèlera le nom du prochain président de Madagascar. Chaque candidat se dit confiant bien qu’une inconnue subsiste autour des votes blancs ou nuls et des abstentions qui pourraient faire basculer les résultats en faveur de l’un ou l’autre des candidats.

En dépit des « anomalies » détectées lors du premier tour et du souvenir de la crise de 2009 dans les mémoires malagasy, Rajoelina et Ravalomanana s’affronteront donc pour la première fois dans les urnes le 19 décembre prochain : la « bataille des ex » bat son plein…

Source : La Tribune Afrique

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