Présidentielle 2018 en RDC : une opposition tricéphale pour quelles chances ?

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L’appel de Martin Fayulu à ses camarades déserteurs de l’Accord de Genève n’y change rien. Pas plus que la réunion de la «coalition d’opposition», ce jeudi 15 novembre 2018 à Bruxelles. A une semaine du lancement de la campagne électorale pour l’élection présidentielle, c’est en rangs dispersés que l’opposition congolaise ira aux urnes. Martin Fayulu, Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe, joueront chacun de leurs côtés leur chance pour tenter d’obtenir la première alternance politique du pays depuis son indépendance. Une tâche qui s’annonce plus difficile que jamais.

« Diviser pour mieux régner»? Cette fois-ci, l’on ne pourra pas accuser le pouvoir d’avoir emprunté cette stratégie politique de Philippe II de Macédoine pour provoquer l’implosion de l’«Union sacrée» de l’opposition, obtenue après un long conclave à Genève. Les frustrations des uns, l’égo surdimensionné des autres, le non-respect de la parole donnée et les calculs politiques ont fait le reste.

Nouvelle configuration

Avec le retrait -fomenté pour certains- de leur signature de l’Accord de Genève, une nouvelle configuration scinde l’opposition en trois têtes d’affiche, ce qui pourrait rebattre les cartes de la présidentielle du 23 décembre 2018. A une semaine de l’ouverture officielle (le 22 novembre 2018) de la campagne électorale, l’opposition congolaise est devenue tricéphale. En ordre dispersé, les trois cavaliers seuls croient tous en leurs chances de l’emporter face à la machine du Front commun pour le Congo (FCC), formation assuré du soutien de son « autorité morale», le sortant Joseph Kabila.

A la tête de « Lamuka» (« Réveille-toi » en lingala), il y a Martin Fayulu, dont les critiques les plus virulents accusent de ne pas avoir une base électorale massive, donc pas la légitimité populaire nécessaire pour être le porte-drapeau de l’opposition à la présidentielle. Pourtant, ce technocrate, opposant sans interruption aux Kabila père et fils, ne devait rester président (s’il est élu) que pour une période de deux ans avant de céder son fauteuil, selon les termes de l’Accord de Genève dévoilés par la Fondation Koffi Annan. Sa base électorale aurait dû être constituée de ses nombreux partisans auxquels devaient s’ajouter ceux de ses camarades signataires qui se sont défaussés. En guise de redéploiement de stratégie Martin Fayulu compte sur les soutiens de la communauté internationale mais aussi des opposants restés dans la coalition : Bemba, Katumbi, Muzito et Matungulu.

Désormais, Félix Tshisekedi, à la tête de l’UDPS qu’il a hérité de son défunt père, sera un des rivaux de Martin Fayulu à l’élection. Emmêlé dans les justifications de son acte « infidélité» à l’Accord de Genève, le quinquagénaire fils d’Etienne Tshisekedi lorgne plus que jamais le fauteuil du Palais de la Nation, porté par une base de militants qui lui auraient intimé l’ordre de retirer sa signature de l’accord sur la candidature commune. En dépit et soutien indéfectible, cette base s’effrite au profit des autres leaders de l’opposition. Pour les plus virulents, le président de l’UDPS ferait le jeu du pouvoir et serait même son « cheval de Troie » afin de neutraliser l’opposition.

Alternance politique en attente

La même réaction désabusée escorte la candidature de Vital Kamerhe. Signe de coïncidence ou stratégie préparée d’avance, le président de l’UNC a emprunté une rhétorique presque identique à celle de Félix Tshisekedi pour justifier le reniement de sa signature. A 59 ans, cet habitué du camp du pouvoir, allié hier à Joseph Kabila avant de passer à l’opposition, joue sa chance pour la course au Palais. Commentaire d’un ancien cacique du pouvoir passé dans l’opposition : « Cette posture met [Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe] dans une position d’alliance avec Kabila contre leurs camarades ».

La cassure au sein de l’opposition rappelle des maux dénoncés par ces mêmes opposants contre le système Kabila. Si des promoteurs de la démocratie sont incapables de respecter une désignation par vote, s’ils parviennent difficilement à résister aux pressions de leur base pour respecter des engagements pris, quelle attitude peuvent-ils avoir après la conquête ?

Le grand gagnant de cette «tricéphalie» de l’opposition est Emmanuel Ramazani Shadary. Sous l’aile de Joseph Kabila son mentor, on imagine bien le candidat de la majorité présidentielle se délecter de cette hésitation de l’opposition. Des querelles de leadership qui ont fait passer sur la vraie question : les conditions d’organisation décriées d’une élection que beaucoup espèrent jouer d’avance. La première alternance politique à la tête de l’Etat de RDC attendra. Pour combien de temps encore ?

Source : La Tribune Afrique

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