Patrice Talon aux investisseurs scandinaves : « Je ne suis pas venu vous demander de l’aide »

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A Oslo où il a pris part comme invité d’honneur à la 8e édition du Nordic African Business Summit (NABA), qui s’est tenu du 8 au 9 octobre, le chef de l’Etat béninois a fait sensation. Devant les investisseurs scandinaves, Patrice Talon s’est fait le plaidoyer de l’Afrique, un continent qui a plus besoin d’investissement que d’aide publique au développement. Une virulente charge contre l’aide au développement, et en faveur de l’investissement privé, qui a fait sensation dans l’opinion africaine, habituée à la main tendue de ses dirigeants.

« Des phrases fortes » ! C’est ainsi que la présidence béninoise a qualifié les quelques extraits du discours du chef de l’Etat, et qu’elle a non sans une certaine fierté, inondé les réseaux sociaux. Il faut dire qu’en la matière il y avait de quoi en effet, tant l’allocution prononcée par Patrice Talon, jeudi 8 novembre au Radisson Blu Scandinavia d’Oslo en Norvège, avait quelques choses de différent, de la majorité des interventions de chefs d’Etat du continent surtout à des grandes occasions où il est question de parler des opportunités d’affaires en Afrique. « J’ai dit au Premier ministre que j’ai rencontré hier, que je n’avais aucune demande à la Norvège, que je ne suis pas venu demander ni de l’aide au développement ni un accompagnement particulier », a déclaré le président Talon, aux officiels et investisseurs présents massivement à l’ouverture du Forum d’affaires pays nordiques Afrique (Nordic African Business Summit, NABA). Le chef de l’Etat qui était l’invité d’honneur de la 8e édition qui se tenait du 7 au 10 novembre dans la capitale norvégienne, où il a parallèlement conduit une visite d’Etat, a saisi l’occasion pour critiquer l’aide publiquement au développement (APD), et plaider pour l’investissement privé en Afrique.

« L’aide au développement souffre de la mauvaise gouvernance et la corruption a montré que malgré les aides dont les pays d’Afrique ont bénéficié, ces pays se sont peu développés. Aujourd’hui que l’aide au développement se raréfie et que la mauvaise gouvernance a montré les limites de cette aide, il ne reste qu’une seule solution pour les pays d’Afrique, c’est l’investissement privé. Un franc investi par le secteur privé crée plus d’emplois et plus de richesse et de développement que ce même franc investi par les Etats. Sur un franc investi par l’Etat, la moitié ou les trois quarts sont gaspillés en Afrique. Mais l’investissement privé génère plus de résultats. C’est pourquoi il est aujourd’hui nécessaire et indispensable que l’investissement privé soit reconnu comme le véritable moteur de développement des pays africains », a déclaré Patrice Talon.

Dans son allocution, le président béninois, connu pour sa rhétorique, s’est fendu d’un long argumentaire pour démontrer que la mauvaise perception des réalités africaines, constitue aujourd’hui, le plus grand frein à l’investissement privé sur le continent. « Toutes les occasions comme celle-ci sont bonnes pour parler de l’Afrique, pour parler de mon pays le Bénin, mais la problématique qui nous concerne tous est d’abord la mauvaise connaissance de l’Afrique », a souligné le président Talon, pour qui, « les perceptions ne sont pas conformes à la réalité de ce continent, ce qui évidemment freine la découverte de ce continent, freine les investissements, freine la découverte des opportunités de développement des affaires de ceux qui ont la vocation d’investir pour gagner de l’argent ».

L’Afrique, terre d’opportunités à la mauvaise image

Dans une opinion africaine marquée par la montée en puissance, ces derniers temps, d’un afro-optimisme ambiant, le discours du président Talon a fait sensation. Les commentaires qui ont aussitôt fusé, ont mis particulièrement mis en exergue, le contraste frappant avec la posture qu’adopte d’habitude les chefs d’Etat africains auprès d’investisseurs et de partenaires étrangers, pour quémander « plus d’aide à l’Afrique ». Une politique de la « main tendue » qui a mis le continent dans une logique d’assistanat, qui a montré ses limites alors que le continent est, « un immense champ d’opportunités et d’affaires », comme l’a mis en exergue le chef de l’Etat béninois. « Quand on parle de l’Afrique, on parle tout comme il s’agit d’un même pays, mais les pays sont si différents, les risques sont si différents », a reconnu le président béninois, pour qui, il s’agit là des vraies raisons des réticences d’investisseurs. « Les risques politiques, les risques de maladie, de corruption, le défaut de transparence sont autant de maux que la plupart des nations ont connus dans l’histoire de l’humanité. Mais ces maux restent dans la mémoire de manière permanente. Ils inhibent les envies d’investissement sur ce continent », a plaidé Talon, qui n’a pas manqué de prendre exemple, à plusieurs passages, sur son expérience précédente d’hommes d’affaires.

« Je viens du secteur privé et j’ai vu combien l’effort, et parfois même peu d’effort et un peu de sérieux, suffisent à partir de zéro pour arriver au sommet très rapidement en Afrique. C’est mon expérience personnelle qui m’a motivé à m’engager en politique et montrer qu’on peut changer nos pays très vite. Pour revenir à la mauvaise perception des risques d’investissement en Afrique, je dois vous avouer que les taux de rendement qu’exigent les investisseurs sont malheureusement excessifs parce qu’un rendement qui est en dessous de douze, quinze ou vingt pour cent ne paraît pas attractif pour les capitaux investis sur ce continent. Le travers de cette perception est qu’aujourd’hui dans la globalisation, l’Afrique n’est plus compétitive », a plaidé le président Talon.

Devant les investisseurs scandinaves, le président Talon s’est fait le « VRP » de l’Afrique, des opportunités d’investissements, ainsi que des taux de rendement attractifs. En plus de l’aide publique au développement, qui a montré ses limites, il a critiqué également l’exploitation des ressources naturelles dont regorgeF le continent mais dont les retombées ne profitent que peu aux populations. « Au-delà des matières premières brutes, les produits transformés en Afrique par des fonds privés investis ne rendent pas le coût final compétitif parce que les exigences de rendement sont trop élevées », a souligné Patrice Talon, qui a mis en exergue, « un cercle un peu vicieux », qui prévaut sur le continent. « Nous sommes dans la globalisation mais l’investissement rend les coûts finaux largement supérieurs à ce qu’on obtient sur le marché européen ou asiatique », va-t-il explicité, avant d’ajouter que, « c’est l’une des raisons pour lesquelles d’ailleurs aujourd’hui on a du mal à capter la délocalisation parce que l’Asie s’émancipe énormément, la Chine se développe et les investisseurs ont une envie de délocaliser ». Pour le chef de l’Etat béninois, « cette opportunité de délocalisation vers le continent africain, malheureusement, est freinée par les exigences de rendement élevé ». Pour Talon, c’est là que l’aide au développement peut accompagner l’investissement privé étranger en Afrique, d’autant qu’il existe désormais, « des outils qui permettent de freiner la perception excessive des risques ».

Talon, VRP de l’Afrique à Oslo

Le président Talon a poursuivi son discours en vantant les opportunités d’affaires en Afrique, où l’environnement des affaires s’améliorent de plus en plus, et où c’est désormais possible de faire du business comme sur n’importe quel marché au monde. « C’est l’exemple du Bénin que j’ai l’honneur de conduire depuis trois ans et dans lequel nous faisons des réformes extraordinaires pour changer cette perception », a mis en exergue Talon qui a souligné être venu, « demander au gouvernement norvégien un peu d’attention, d’observer le Bénin, de constater combien ce pays est en train de changer à l’instar de certains pays d’Afrique ». Et une fois, a ajouté le chef de l’Etat béninois, « que les uns et les autres auraient constaté que ce pays en matière de gouvernance, de transparence, de sérieux, d’ordre, d’assainissement de la justice, de la santé, une fois que cette perception serait nouvelle, je viendrai leur demander ce dont j’ai besoin comme aide ». Le président Patrice Talon n’a pas manqué de « vendre » les potentialités qu’offrent son programme de mandat, « le Bénin relevé », car selon lui, « il est impératif pour nous de nous révéler autrement à nous-mêmes puis de révéler autrement nos pays aux autres ».

Le Forum des entreprises nordiques et africaines se tient cette année déroule sous le thème de « l’opportunité bleue ». Plusieurs pays africains ont été invité à présenter les opportunités d’affaires du secteur aux investisseurs scandinaves. En plus du Bénin et de plusieurs autres pays, le Togo était également représenté par une délégation conduite par son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, qui a exposé le potentiel des activités portuaires en Afrique, tout en mettant en avant l’attractivité du Port Autonome de Lomé (PAL), premier port en Afrique de l’Ouest en terme de trafic de conteneurs.

Créé en 2012, le NABA est une association des entreprises norvégiennes et africaines. Le sommet, organisé annuellement, vise à promouvoir les opportunités commerciales sur le continent africain et à servir de pont entre les entreprises nordiques et africaines.

Source : La Tribune Afrique

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