Maroc : le roi Mohammed VI tend de nouveau la main à l’Algérie

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Dans le discours à la nation qu’il a prononcé ce mardi 6 novembre, le roi du Maroc a tendu la main à son voisin algérien pour un dialogue franc et direct. En froid depuis plus de quatre décennies à cause du dossier du Sahara, l’initiative de Mohammed VI intervient dans un contexte marqué par un nouvel élan insufflé aux négociations pour la résolution de ce conflit qui plombe l’union du Maghreb, en Afrique du Nord.

«Un dialogue franc et direct». C’est la nouvelle offre que vient de faire Mohammed VI à l’Algérie. Dans le discours à la nation qu’il a prononcé ce mardi 6 novembre, le roi du Maroc a appelé Alger à un «au dialogue direct et franc avec l’Algérie sœur, afin que soient dépassés les différends conjoncturels et objectifs qui entravent le développement de nos relations».

Le souverain marocain qui s’exprimait à l’occasion de la commémoration du 43e anniversaire de la «Marche verte», une fête nationale, a déploré «l’état de division et de discorde qui sévit actuellement au sein de l’espace maghrébin». Pour Mohammed VI, cet état contraste avec «l’ambition de concrétiser l’idéal unitaire maghrébin, qui animait la génération de la Libération et de l’Indépendance», une référence aux deux périodes historiques presque commune aux deux pays et qui a été marquée en 1958 par la Conférence de Tanger, qui est à son soixantième anniversaire.

Dans son discours, Mohammed VI a rappelé l’appui apporté par le Royaume du Maroc à la Révolution algérienne et qui avait contribué à renforcer les relations entre les deux pays, tout en constituant «un élément fondateur de la conscience et de l’action politique maghrébine commune». Dans une approche empreinte presque de nostalgie, le roi du Maroc n’a pas manqué de rappeler à l’Algérie que «de longues années durant et jusqu’au rétablissement de l’indépendance, côte à côte, nous nous sommes dressés contre le colonisateur dans un combat commun ; et nous nous connaissons bien».

«C’est, donc, en toute clarté et en toute responsabilité que je déclare aujourd’hui la disposition du Maroc au dialogue direct et franc avec l’Algérie sœur, afin que soient dépassés les différends conjoncturels et objectifs qui entravent le développement de nos relations», a déclaré Mohammed VI.

Le roi Mohammed VI a ainsi mis, en plus des liens fraternels, l’intérêt des peuples, qui selon lui, «réside dans leur unité, leur complémentarité, leur intégration ». Il n’est donc, selon, le souverain, «nul besoin qu’une tierce partie joue, entre nous, les intercesseurs ou les médiateurs», même s’il a reconnu qu’il faudrait «faire preuve de réalisme et convenir que les relations entre nos deux pays échappent à la normalité, créant, de fait, une situation inacceptable».

Mécanisme de dialogue politique

Ce n’est pas la première fois que Mohammed VI tend la main à l’Algérie. Le roi du Maroc l’a d’ailleurs mis en exergue en soulignant que depuis son accession au trône, il a «appelé avec sincérité et bonne foi à l’ouverture des frontières entre les deux pays, à la normalisation des relations maroco-algériennes». Les frontières entre les deux pays sont fermées depuis 1994, et pour surmonter cette situation qui fait obstacle à l’unité maghrébine, Mohammed VI a proposé à «ses frères algériens» la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation.

«Le niveau de représentation au sein de cette structure, son format, sa nature sont à convenir d’un commun accord», a précisé le chef de l’Etat marocain qui a souligné qu’en vertu de son mandat, «ce mécanisme devra s’engager à examiner toutes les questions bilatérales, avec franchise, objectivité, sincérité et bonne foi, sans conditions ni exceptions, selon un agenda ouvert».

Selon le roi, le mécanisme de dialogue politique de l’offre marocaine pourra constituer le cadre pratique d’une coopération, centrée sur les différentes questions bilatérales, notamment celle qui a trait à la valorisation des opportunités et des potentiels de développement que recèle la région du Maghreb.

«Son rôle sera aussi de contribuer au renforcement de la concertation et de la coordination bilatérales pour permettre de relever efficacement les défis régionaux et internationaux, notamment ceux qui sont liés à la lutte anti-terroriste et à la problématique migratoire», a ajouté Mohammed VI qui s’est dit ouvert à toute proposition venant de son voisin.

«Le Maroc est ouvert à d’éventuelles propositions et initiatives émanant de l’Algérie pour désamorcer le blocage dans lequel se trouvent les relations entre les deux pays voisins frères. (…). Nous réitérons notre engagement à œuvrer main dans la main avec nos frères en Algérie, dans un total respect des institutions nationales de leur pays», a précisé le roi du Maroc.

Comme c’est le cas ces dernières années, le roi du Maroc n’a pas manqué de rappeler que l’approche de la diplomatie royale s’inscrit dans une démarche bien réfléchie et qui s’inscrit dans la droite ligne de la décision du Maroc de réintégrer l’Union africaine (UA). «Notre décision n’avait pas uniquement pour dessein de plaider la cause du Sahara marocain, étant donné que la plupart des Etats africains partagent d’ores et déjà la position du Maroc à ce propos», avait estimé nécessaire de rappeler Mohammed VI, dans son message à la nation.

«Outre la volonté de marquer notre fierté d’appartenir à l’Afrique, cette démarche a été motivée par notre adhésion à la dynamique de développement à l’œuvre dans le Continent, par notre souci de relever les multiples défis auxquels ce dernier est confronté, sans renoncer pour autant à nos droits légitimes et à nos intérêts supérieurs», a réitéré le roi du Maroc.

Celui-ci s’est aussi de nouveau engagé à ce que le Maroc continue de développement, «des partenariats économiques efficients, générateurs de richesse». Néanmoins, a clarifié Mohammed VI, «nous n’en accepterons aucun qui pourrait porter atteinte à notre intégrité territoriale».

Nouvel espoir pour le conflit au Sahara

L’offre à la normalisation des relations entre Rabat et Alger faites par Mohammed VI intervient en plein espoir suscité par le Conseil de sécurité de l’ONU, d’un nouvel élan pour une sortie de crise sur l’éternel dossier du Sahara, qui empoisonne les relations entre les deux pays depuis près de quatre décennies. Le 31 octobre dernier, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2440 qui, en plus de prolonger le mandat de la MINURSO de six mois contre un an depuis sa création, a appelé les différents acteurs du conflit à des négociations directes. Ainsi, après plusieurs années de blocage, il est prévu, les 5 et 6 décembre prochain à Genève, l’organisation d’une table ronde à laquelle participeront le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie.

L’Algérie a accepté, pour la première fois, de s’asseoir à la table des négociations qui se tiendront sous l’égide de Horst Kohler, le nouvel envoyé personnel pour le Sahara du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterrez.

Source : La Tribune Afrique

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