Centrafrique : De la confusion organisée à  l’Assemblée Nationale au totalitarisme déguisé.

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La longue crise centrafricaine a connu son épilogue par l’organisation biaisée des élections présidentielles couplées aux législatives.

A l’issue de ce scrutin accepté en dépit des irrégularités, un Président de la République a été déclaré élu par la prestigieuse cour constitutionnelle. Ce processus de normalisation qui marque le retour à  l’ordre constitutionnel a été salué de tout bord. Les institutions républicaines prévues par la constitution ont été effectives en dehors du sénat. L’équilibre démocratique était du moins appréciable avec une opposition parlementaire représentative au sein de l’organe dirigeant de l’assemblée nationale. Après un semblant de saine collaboration avec le pouvoir exécutif, des tensions et incompréhensions insipides relatives à  l’interprétation de l’article soixante (60) de la constitution du 30 mars 2016 empoisonnent de façon endémique leur rapport obligeant ainsi la cour constitutionnelle de donner une lecture plutôt limpide que discutable de l’article 60 de la constitution.

En effet, ces dispositions constitutionnelles imposent l’accord du bureau de l’assemblée nationale pour tous contrats miniers. Cette pratique constitutionnelle et démocratique a poussé le pouvoir à  inventer des scénarios épisodiques vecteurs des troubles politiques qu’a connu le palais du peuple. De prime abord, le pouvoir a réussi par voie de la corruption à  ravir les postes importants du bureau de l’assemblée nationale mais le président de cette dernière demeure imperturbable et candidat potentiel, sérieux pour les concurrencer aux prochaines échéances présidentielles. Caricaturé d’entretenir de liens avec les groupes armés et pro français, ses longues absences répétées du pays a commencé à  inquiéter face à  la montée de sentiment anti français au profit de la Russie. A mi mandat et à  la veille de la mise en place du parti présidentiel, le pouvoir a décidé de jeter son dévolu dans la bataille électorale de 2021 et cela passe indiscutablement par le contrôle assuré de l’assemblée nationale. Les événements confus de l’assemblée des délinquants nationaux a dressé le lit d’un régime totalitaire caractérisé par la concentration de tous les pouvoirs en violation du principe de séparation de pouvoirs édicté par Montesquieu, de l’ouverture de la chasse aux sorcières, de destruction méthodique ou la mise en œuvre d’un programme d’apurement, d’extermination de certaines catégories de personnalités politiques jugées gênantes.

Ce totalitarisme répugnant assimilé à  un régime policier qui ne tolère aucune opposition ouvre royalement la voie de l’arbitraire. Face à  cette oligarchie institutionnelle qui transforme malheureusement l’assemblée nationale en une chambre d’enregistrement, le citoyen lambda s’interroge : Ce régime est-il encore démocratique dès lors qu’il contrôle les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ? Face à  ce nouveau paysage parlementaire, quel sera le sort de l’article 60 de la constitution relatif au contrat minier ? La démocratie centrafricaine n’est-elle pas en danger lorsque le premier ministre et le nouveau président de l’assemblée nationale sont issus de la même région ou de la même majorité ? Loin de provoquer une polémique confessionnelle, pensez-vous que le clin d’œil fait à  la communauté musulmane par le biais d’un président de l’assemblée nationale qui est un « musulman adopté »contribue t-il à  la cohésion et à  la réconciliation nationale ? Après la destitution du président de l’assemblée nationale, quel est le nouveau plan machiavélique pour l’achever politiquement ? Comment fera l’ex président de l’assemblée nationale pour rebondir politiquement malgré la traque ? Quelle est la prochaine personnalité politique qui est dans le viseur du pouvoir ? S’agissant du coup de feu dans l’hémicycle, quelle est la réaction du pouvoir pour rassurer le peuple ? Le bureau de l’assemblée nationale au demeurant neutre et impartial suit-il le dossier des députés arrêtés ?

Au delà  de ce qui précède, les centrafricains sont maintenant imprégnés par la notion de « destitution » et nous craignons que cela se propage par contagion à  d’autres administrations. Il est en outre important d’attirer la vigilance des autorités sur les arrestations, traques et perquisitions abusives, expéditives des dignitaires calquées sur le modèle de l’ancien empire et surtout en violation des prescriptions légales. Pour finir, on a majestueusement constaté que le pouvoir a perdu sa virginité politique en enregistrant ses premiers prisonniers politiques. Ces derniers doivent avoir droit à  un procès équitable et surtout le respect de la présomption d’innocence…2021 promet. Mais attention, ne le dites à  personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

Source : ABangui

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