L’efficacité énergétique, un gisement d’opportunités pour les sociétés innovantes en Afrique [Tribune]

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Dans le monde, la population urbaine augmente de 2% par an alors que le taux de croissance pour les villes d’Afrique subsaharienne est deux fois plus important. Dans les 15 prochaines années, il faudra compter 350 millions de citadins de plus en Afrique. Les villes doivent faire des gains importants en efficacité et inventer de nouveaux modèles pour répondre aux besoins de ces populations en transport, énergie, eau et gestion des déchets.

Nous qualifions de smart city une ville qui fait bon usage de la science des données et des technologies numériques pour une gestion optimale des infrastructures et des ressources dans l’espace urbain. Le concept a pris une importance accrue du fait de deux tendances lourdes : d’une part la forte croissance démographique en ville et d’autre part les défis que pose le changement climatique.

On estime que la population urbaine dans le monde augmente de 2% par an et que le taux de croissance pour les villes d’Afrique subsaharienne est deux fois plus important. Ce sont là les données de la Banque mondiale. Dans les 15 prochaines années, il faudra compter 350 millions de citadins en plus en Afrique. Les villes doivent faire des gains importants en efficacité et inventer de nouveaux modèles pour répondre aux besoins de ces populations en transport, énergie, eau et gestion des déchets.

Par ailleurs, les villes sont des acteurs majeurs du changement climatique. Elles consomment les deux tiers de l’énergie produite et sont responsables de 70% des émissions de gaz à effet de serre. Elles en subissent aussi de plein fouet les conséquences avec les inondations de plus en plus fréquentes. Il faut enfin souligner les conséquences de la pollution urbaine sur la santé des citadins. L’OMS estime dans son rapport 2018 que 4,2 millions de personnes meurent chaque année du fait de la pollution de l’air dans l’espace public. Les smart cities sont donc des villes qui essaient de répondre à ces défis en innovant dans les modèles de fourniture et de gestion des services publics, notamment à travers le numérique.

Le développement urbain en Afrique présente des contraintes mais aussi des opportunités particulières. La principale difficulté qu’elles partagent avec certaines villes d’Asie du Sud Est ou d’Amérique latine est la très forte croissance démographique, due aussi bien à la natalité qu’à l’exode rural. La principale conséquence est le besoin accru d’investissement mais aussi la difficulté de planifier le développement urbain et surtout le péri urbain. A contrario, la pénétration du téléphone mobile permet de répondre à certaines de ces contraintes, par exemple par l’acquisition efficace de données pour la gestion de la mobilité et de la fourniture de services publics. L’électrification est un cas intéressant. L’utilisation de compteurs intelligents, le paiement par téléphone mobile ainsi que le recours aux mini réseaux et aux kits solaires connectés offrent des solutions adaptées à la réalité de ces villes.

Par ailleurs, l’héritage de capitales trop étroites pour la densité de population actuelle nécessite la création de nouveaux centres urbains. Cette contrainte permet de repenser les villes et dessiner des réseaux de transport, d’assainissement et de gestion des déchets de façon optimale. Le maître mot est l’efficacité : mettre en place des systèmes pour que la ville et ses habitants consomment collectivement une quantité minimale d’énergie et de temps pour leurs activités. Cette nécessité s’impose particulièrement depuis la signature de l’Accord de Paris où les pays se sont engagés à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Les villes s’organisent à travers des réseaux comme le C40 pour apporter leur contribution à cet effort global.

Enfin, il ne faut pas sous-estimer la dimension sociale et culturelle de ce processus de conception. D’où la nécessite de consulter et associer les citadins à toutes les phases de développement de leur habitat.

Une solution à l’urbanisme en Afrique

J’ai envie de dire que les villes africaines n’ont pas le choix. Pour améliorer les conditions de vie des populations dans le contexte actuel de changement climatique et de croissance démographique, les projets classiques de développement ne suffiront pas. Il est nécessaire de changer de paradigme. La ville doit s’adapter à l’esprit d’innovation et d’entreprise que l’on voit aujourd’hui dans les incubateurs à Nairobi, Lagos, Dakar, Bamako ou Abidjan. Les questions qui animent ces communautés d’entrepreneurs proviennent de leur quotidien de citadins. Leur créativité et leur maîtrise des outils technologiques doivent être mises à profit pour le développement de la ville. La Banque intervient en conseil, en assistance technique et en financement dans plusieurs programmes structurants en Afrique, en particulier dans le transport urbain. C’est le cas à Abidjan pour un système de transport public intelligent. A Dar Es Salam nous finançons un système de transit rapide par bus tandis qu’à Accra et Nairobi, la banque apporte son aide à la planification. Nous souhaitons associer à ces interventions le financement de programmes d’efficacité énergétique pour réduire la consommation et, par conséquent, les émissions de gaz à effet de serre. Afin de faire plus dans le domaine, la BAD veut intervenir en amont à travers la mise en place d’un fonds de développement municipal et urbain.

Rôle des sociétés de service énergétiques et les super ESCO

L’efficacité énergétique étant au cœur des objectifs de la smart city, un marché important s’ouvre pour les sociétés innovantes qui veulent se spécialiser dans ce domaine. Il s’agit de révolutionner les usages et les modes de consommation de l’énergie, notamment grâce à l’acquisition et l’exploitation des données. L’Amérique Latine et l’Asie du Sud Est sont avancées dans le domaine et on peut prévoir que l’Afrique suivra la même voie. Au Sénégal, la société Akilee en est un bon exemple. Elle a été créée par de jeunes ingénieurs en association avec la Senelec, société publique et offre des outils et du conseil pour réduire la consommation d’électricité des ménages et des entreprises.

Le Maroc s’est aussi résolument lancé dans ce secteur en confiant à des véhicules d’investissement stratégiques la mission d’investir dans l’efficacité énergétique, notamment pour les bâtiments et l’éclairage public au niveau de grandes municipalités.

Les approches adoptées par les smart cities sont aujourd’hui de vrais leviers de développement. Il est utile d’investir du temps dans l’élaboration de stratégies assurant la cohérence des projets et leur compatibilité avec la vision de la municipalité. Ce faisant, il importe d’être ambitieux et d’adopter d’emblée les standards les plus élevés de gouvernance, notamment à travers la participation des habitants et la protection de leurs données.

La mise en œuvre de cette vision nécessite de soutenir la création de champions locaux dans le domaine de l’efficacité énergétique en associant les moyens des pouvoirs publics à la capacité d’innovation des jeunes entreprises. Enfin, les villes africaines ne doivent pas avoir de complexe. Elles peuvent adapter des modèles qui ont fait leur preuve ailleurs. Les outils et la capacité d’innovation existent. Il suffit d’intégrer le principe de leur mobilisation active dans les stratégies de développement urbain pour créer les conditions de création de villes intelligentes.

Source : La Tribune Afrique

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