CEMAC : à N’Djamena, les chefs d’Etat tirent de nouveau la sonnette d’alarme

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Les chefs d’Etat des pays membres de la Commission économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se sont réunis, ce jeudi 25 octobre à N’Djamena, en session extraordinaire consacrée à la situation économique dans l’espace sous régionale. Malgré quelques signes encourageants, la sortie de crise est encore incertaine. D’où l’urgence commune d’accélérer la mise en œuvre des réformes structurelles, préconisées notamment par le FMI, pour relancer la croissance.

Avant même leur huis clos à l’hôtel Radisson Blu de N’Djaména, l’état peu reluisant de la situation économique sous-régionale était connu des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la CEMAC. Réunis ce jeudi 25 octobre en session extraordinaire dans la capitale tchadienne, ils ont donc de nouveau tiré la sonnette d’alarme et ont pris de nouveaux engagements pour accélérer la sortie de crise. D’autant que le FMI commence à s’impatienter sur les faibles résultats enregistrés.

Les effets de la crise sont en effet toujours ambiants, et les efforts pour sortir de la difficile conjoncture dans laquelle les pays de la CEMAC pataugent depuis 2014, restent loin des attentes ainsi que des engagements pris, en décembre 2016 à Yaoundé, à l’occasion d’un précédent sommet extraordinaire consacrée à la situation économique dans l’espace communautaire.

Le président tchadien Idriss Déby Itno, président en exercice de l’organisation sous-régionale, avait déjà en effet déjà reçu le tableau peu reluisant de la situation économique, la veille du sommet. En plus de sa rencontre, en début de semaine avec le président de la Commission de la CEMAC, Daniel Ona Ondo, les ministres de l’Economie et des finances de l’organisation se sont également penchés sur l’évolution du contexte économique ainsi que les perspectives pour les prochaines années.

En la matière et malgré quelques signes encourageants, la situation n’a guère évolué, ce qui risque de compromettre les objectifs inclus dans le plan de sortie de crise commun adopté en décembre 2016. Il y a donc urgence, comme l’a plaidé le président tchadien, à accélérer le rythme de mise en œuvre des réformes structurelles convenues notamment avec le FMI et c’est par un appel à la mobilisation de tous les pays, que s’est achevé le sommet de N’Djamena.

Les dirigeants des pays d’Afrique centrale se sont donc à nouveau engagés à poursuivre les efforts de réformes afin de relancer la machine économique régionale et ainsi de permettre à la sous-région de sortir véritablement de la conjoncture.

«Notre stratégie commune pour sortir la CEMAC de la crise exige d’être urgemment relancée par la mise en œuvre, sans faille et dans un esprit véritablement collectif et solidaire, de mesures appropriées de redressement économique et financier. Nous n’avons pas le droit de trahir les espoirs que suscite légitimement ce rendez-vous de N’Djamena. Cette rencontre doit donner le ton d’un nouvel élan à imprimer à l’ensemble de notre communauté », a déclaré le président tchadien Idriss Déby Itno.

Stratégie d’ensemble de sortie de crise

Le sommet de N’Djaména a enregistré la présence des présidents équato-guinéen, Theodoro Obiang Nguema, et congolais, Denis Sassou Nguesso ainsi que le Premier ministre Cameroun, Philémon Yang, alors que le Gabon et la Centrafrique, se sont fait représentés par leurs ministres des Finances. Dans son allocution d’ouverture, le chef d’Etat tchadien, a insisté sur la nécessité de la mise en œuvre des mesures appropriées de redressement économique et financier, faisant échos à l’appel insistant du président de la commission de la CEMAC, sur «l’impérieuse nécessité de renforcer la solidarité communautaire pour avancer ensemble dans un même rythme ». Bien que la situation économique en Afrique centrale s’est quelque peu améliorée depuis décembre 2016, «ces améliorations ne sont pas encore substantielles», avait relativisé Daniel Ona Ondo.

«Au niveau de la réserve de changes, la situation n’est pas très bonne, le taux de croissance n’est pas le meilleur, au niveau de rapatriement de recettes d’exportation, ce n’est pas dans la bonne direction. Donc, nous avons déblayé le chemin et avons mis à la disposition des chefs d’Etat les différentes réflexions que nous avons à notre niveau et qui vont permettre de nourrir la conférence des chefs d’Etat», avait-il préalablement expliqué au président de la conférence des chefs d’Etat, qui est l’hôte du sommet.

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Le président tchadien a tenu à partager ses inquiétudes avec ses pairs et à l’entame du sommet, il a présenté aussi une situation peu reluisante de la situation économique ainsi que des perspectives. Selon le président Déby, le sommet se tient dans un contexte marqué par «une conjoncture économique particulièrement éprouvante», dans laquelle la sous-région peine à s’en sortir. Le chef de l’Etat tchadien a présenté les prévisions actualisées pour la sous-région qui devrait renouer, en 2018 avec, une relative reprise de sa croissance estimée à 1,7%. Une sortie de la récession des deux dernières années qui a est portée par une amélioration des déficits budgétaires et extérieurs courants, grâce notamment aux mesures de redressement économique et financier adoptées par la Banque des états de l’Afrique centrale (BEAC).

«Ces évolutions ont des effets bénéfiques sur les réserves de change, qui se redressent progressivement ainsi que le taux de couverture extérieure de la monnaie », a estimé le président Déby, ajoutant cependant, que « beaucoup d’efforts restent à accomplir pour restaurer les grands équilibres macroéconomiques, doper la croissance et renforcer la soutenabilité extérieure de la sous-région».

C’est pourquoi il a insisté sur la poursuite des efforts d’autant que même si les risques d’instabilité politique se sont atténués avec la tenue de plusieurs élections prévues ces derniers mois dans plusieurs pays, des risques économiques subsistent. Il s’agit notamment d’un éventuel relâchement en matière de discipline budgétaire, des délais trop importants enregistrés dans la conclusion des accords avec le FMI, ainsi que du rapatriement insuffisant des recettes d’exportations.

Sonnette d’alarme du FMI

Avant ce sommet de N’Djaména, le FMI a été le premier à tirer la sonnette d’alarme sur les risques auxquels s’exposent les pays de la CEMAC si les réformes prévues tardent encore à être mises en œuvre. En marge des dernières Assemblées générales annuelles du FMI et de la Banque mondiale, qui se sont tenues du 8 au 14 octobre à Bali en Indonésie, une équipe de l’institution a rencontré les ministres des finances de la CEMAC, en présence du président de la Commission ainsi que de AbassToli Mahamat, le gouverneur de la BEAC. C’est à la suite de cette réunion au cours de laquelle le FMI a de nouveau insisté sur l’urgence de la situation qu’a été décidé le sommet extraordinaire. Il faut dire qu’à l’exception du Congo, qui peine toujours à réussir son examen de passage, tous les pays de la sous-région bénéficient d’une assistance financière et technique du FMI, en contrepartie de la mise en œuvre de réformes structurelles.

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Comme en décembre 2016, au plus fort de la crise, plusieurs analystes s’inquiétaient même d’une probable dévaluation du FCFA, comme seule alternative pour que les pays de la CEMAC puissent sortir de la crise. Le même scénario a aussi plané sur le dernier sommet des chefs d’Etat qui tiennent jusqu’à présent à écarter toute idée de dévaluation. Ils ont en ce sens réitéré leurs engagements à poursuivre les réformes notamment l’amélioration du climat des affaires dans la sous-région, la diversification économique’ effectivité de la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que la réalisation de projets d’intégration en préservant la sécurité, et la conduite de politiques budgétaires ciblées en matière de dépenses publiques afin de préserver les acquis sociaux et rééquilibre des finances publiques.

Avec la pression du FMI, ainsi que celle de la France dans le cadre de la stratégie de relance économique de la zone Franc, les pays de la CEMAC sont plus que jamais à la croisée des chemins et vont devoir consentir plus d’efforts pour espérer maintenir la confiance de leurs partenaires financiers.

Source : La Tribune Afrique

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