Cameroun : la jeunesse sera-t-elle au rendez-vous ?

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Les résultats officiels de l’élection présidentielle camerounaise du 7 octobre 2018 ne sont pas encore connus, mais déjà elle nous interpelle sur les responsabilités qui sont les nôtres dans ce contexte. Il est désormais clair que les jeunes doivent occuper l’espace politique et être les acteurs de leur propre destin.

Pour résumer, le Cameroun est un pays de plus de 25 millions d’habitants dans lequel environ 6 millions de personnes sont inscrites sur les listes électorales et si l’on tient compte des taux d’abstention, environ 3 millions de personnes votent effectivement. Cela signifie que d’un point de vue électoral, sur plus de 25 millions de personnes, moins de 2 millions seulement peuvent décider du destin du pays.

Il vrai qu’il s’agit d’un pays dans lequel le droit de vote s’acquiert assez tardivement, à 20 ans (alors même que la majorité pénale est fixée à 18 ans), tandis que plus de la moitié de la population a moins de 20 ans. Cela devrait d’ailleurs nous interpeller sur la place que nous souhaitons donner à tous ces jeunes de 18 à 35 ans qui sont clairement exclus du débat démocratique, soit parce qu’ils ne sont pas inscrits sur les listes électorales pour telle ou telle autre raison, soit parce qu’ils ne sont pas suffisamment intéressés à la politique. Si l’on y ajoute tous les compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui n’ont pas pu voter pour des raisons évidentes, on pourrait arriver à la conclusion que ce débat électoral s’est déroulé sans la participation de la majeure partie des principaux intéressés. Si nous estimons réellement que notre système tire sa légitimité du suffrage populaire, nous ne pouvons faire l’économie d’une telle réflexion.

En tout état de cause, cette dernière élection présidentielle (malgré toutes les critiques possibles) a eu le mérite, grâce à l’action de certains leaders, de susciter l’intérêt d’une partie de la jeunesse pour le débat politique. Il faut donc espérer que cette dynamique se poursuive à l’occasion des élections législatives et municipales qui approchent.

En réalité, les leaders politiques, notamment ceux de l’opposition, doivent démontrer qu’ils ne sont pas essentiellement animés par l’ambition de conquérir le pouvoir. Il y a un important travail de terrain qui doit être poursuivi afin de donner une substance à l’éventualité même d’une alternance, c’est-à-dire inscrire le plus grand nombre de jeunes sur les listes électorales, animer les débats politiques dans les quartiers, les villages et les villes, sensibiliser et écouter les populations sur leurs défis collectifs à l’échelle locale, structurer l’action politique des jeunes dans des mouvements bien organisés, établir un dialogue entre les différents mouvements politiques, faire émerger de nouvelles idées et de nouvelles personnalités, etc.

Le message du peuple doit être clair. L’alternance n’est pas une fin en soi. Certaines personnes nous ont précédés et d’autres viendront après nous. Ce que nous voulons en tant que peuple, à travers notre action et sur la base des acquis de ceux qui nous précèdent, c’est rendre notre nation meilleure pour nous-mêmes et pour les générations futures. Un projet de société se construit dans le consensus national. Ce n’est pas le destin de tel groupe ou de telle personne qui est en cause, mais bien celui de la Nation toute entière.

De ce point de vue, l’exigence doit être encore plus forte à l’égard des leaders de l’opposition, qui représentent certes un espoir pour une partie de la jeunesse, mais qui, si certaines précautions ne sont pas prises, pourraient aussi être porteurs de désillusions. Nous devons donc tous être à la hauteur de ce défi que nous lance l’histoire, en songeant que du haut des « sept collines », plusieurs siècles d’histoire nous contemplent.

 

Source : La Tribune Afrique

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