Centrafrique : S’achemine-t-on enfin vers la levée de l’embargo sur les armes avec cette mission onusienne à  Bangui ?

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Une mission de l’ONU séjourne depuis quelques jours en terre centrafricaine dans l’ultime but de s’assurer si des efforts significatifs sont faits et remplissent les conditions pouvant permettre au Comité de sanction des Nations Unies à  envisager la levée de l’embargo sur les armes à  destination de la République centrafricaine afin de permettre aux Forces de défense et de sécurité intérieure de s’équiper des moyens adéquats pour remplir efficacement leurs missions régaliennes qui visent principalement la protection des personnes, des biens et les frontières nationales.

D’ores et déjà  l’on apprend que cette mission onusienne qui est présentement à  Bangui, aura à  effectuer des déplacements à  l’intérieur du pays notamment dans les villes où sont déployées les Forces armées centrafricaines (FACA) afin de s’informer des comportements de ces derniers sur le terrain. Une véritable épreuve de passage dans la classe des meilleurs élèves porteurs de tenue.

En effet, toutes les tentatives des autorités nationales en vue d’obtenir la levée de cet embargo se sont avérées vaines du moins pour l’instant alors que le peuple qui s’offusque soupçonne même l’existence d’un complot international qui consiste à  le priver de son armée. Le fait que cette sanction onusienne altère plutôt les efforts de l’Etat en matière de reconstruction de l’armée au profit des groupes armés qui, à  la faveur de la porosité des frontières centrafricaines, s’approvisionnent constamment et considérablement en armes et en mercenaires étrangers.

L’on se souviendra qu’à  deux reprises, le Comité de sanction de l’ONU a envoyé des missions d’évaluation en Centrafrique afin de s’enquérir des efforts du gouvernement en ce qui concerne la conformité aux conditions de la levée de la sanction. Aussi, plusieurs missions onusiennes sont conduites en RCA par des hauts cadres des Nations-Unies. A chaque occasion, les différentes sensibilités du pays ne cessent pas de poser de vive voix la question de l’embargo. Et, autant de fois que la question se pose, chacun des interlocuteurs souligne la responsabilité du gouvernement dans la décision ou non de lever l’embargo comme souhaité par le peuple centrafricain. Finalement, on a l’impression d’assister un dialogue de sourds.

D’aucuns se demandent pourquoi la réticence de l’ONU à  affranchir la République centrafricaine de cet embargo injuste qui fragilise l’Etat au profit des forces négatives. Après moult contacts avec des milieux diplomatiques, on en est arrivé à  la même conclusion que les responsables onusiens qui rejettent la responsabilité du maintien de la sanction sur les autorités centrafricaines.

En effet, c’est simplement un problème d’expertise. Les Nations-Unies, c’est l’expertise. Les décisions onusiennes ont toujours été des décisions motivées par un rapport d’expertise. D’où l’impérieuse et stratégique nécessité pour tout gouvernement visionnaire de maîtriser le langage de la diplomatie onusienne. Une fois de plus, la faille de la politique extérieure de la République centrafricaine apparait au grand jour.

On comprend alors pourquoi les demandes de la levée de l’embargo initiées par les autorités centrafricaines ne prospèrent guère devant le comité de sanction de l’ONU. Parce que ces demandes ne sont nullement soutenues par des rapports d’experts centrafricains en la matière. De telles demandes génériques, administratives et classiques ne sauraient valoir que ce qu’elles valent dans les bulles passionnelles de l’imaginaire centrafricain à  l’intérieur des frontières de ce pays mal incarné.

Pour que le dossier de la levée de l’embargo puisse convaincre le comité de sanction, les experts centrafricains devraient au préalable fignoler un document qui retrace au moins trois réalités, témoignages et statistiques à  l’appui, à  savoir la situation des frontières centrafricaines ; le mouvement des armes en zones rebelles et enfin l’impact de la capacité de nuisance sans cesse renouvelée des groupes armés sur la situation sécuritaires dans le temps et dans l’espace.

En ce qui concerne la situation des frontières ; le rapport d’expertise devrait ressortir, non seulement la quasi inexistence d’une force nationale, mais de la non prise en compte de ce plan de la sécurité nationale par la Minusca. Aussi, le rapport devrait mettre en exergue l’occupation géographique du territoire par les groupes armés qui, dans leur stratégie, ont prioritairement choisi de contrôler l’ensemble des frontières du nord-est ; nord-ouest, et sud-est dans le but de sécuriser le mouvement des armes.

S’agissant du mouvement des armes, le rapport d’expertise devrait être en mesure de produire des données chiffrées sur le nombre exact ou la moyenne annuelle en approvisionnement en armes par groupes armés ainsi que la quantité et le nom des groupes importateurs, la provenance ainsi que quelques indications sur le réseau des trafiquants et si possibles les nationalités en cause dans ce trafic.

Enfin, le rapport devrait établir un lien de cause à  effet entre le mouvement des armes et la dégradation de la situation sécuritaire ainsi que la manière à  laquelle la situation annihile les efforts de restauration de l’autorité de l’Etat consentis aussi bien par le gouvernement et les partenaires de la communauté internationale.

Bref, sur la base d’un rapport retraçant les faits ci-dessus énumérés à  titre indicatif et non exhaustif, les experts nationaux pourraient affronter les experts onusiens avec une argumentation solide afin de les convaincre. Telle est la subtilité du langage onusien. On ne va pas à  l’ONU comme on va à  la poste. D’aucuns diront que la production d’un tel rapport serait impossible du fait de l’insécurité généralisée. Certes, mais il s’agit d’une enquête. Elle a ses techniques en tant qu’élément de méthodologie. N’est-ce pas qu’en dépit de cette sécurité des experts onusiens arrivent et produisent des rapports en moins d’un mois dans les domaines de leur compétence même si la consistance de ces rapports est quelques fois sujette à  caution.

A titre de rappel, c’est le 05 décembre 2013, que le comité de sanction de l’ONU, à  la demande des autorités centrafricaines de l’époque a mis la République centrafricaine sous embargo, notamment un embargo sur les armes à  destination de ce pays. Cinq années plus tard, alors que le chantier de la refondation de l’armée national, la sanction onusienne n’est toujours pas levée. Qu’à  cela ne tienne, le pays fait face à  une cristallisation de la violence au-dessus de la moyenne de celle vécue sous la transition. Le nombre des groupes armés est passé de 9 à  14 puis à  plus d’une quinzaine aujourd’hui. La cartographie de l’insécurité présente 80% du territoire national occupés par les groupes armés autrement dit 80% d’espace de non loi qui échappe au contrôle de l’Etat.

Cette fois-ci, l’espoir de tout le peuple centrafricain repose sur le rapport positif de la présente mission d’évaluation qui séjourne en ce moment même dans le pays afin de permettre au Comité de sanction des Nations unies qui se réunit d’ici la fin de ce mois d’octobre sur le dossier centrafricain de décider de la levée de cet embargo sur les armes à  destination de la Centrafrique.

Source : abangui.com

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