Jean-Pierre Bemba acquitté en appel: un nouveau traumatisme pour les victimes du Centrafrique

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Condamné en première instance à  18 ans de prison pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » pour des crimes commis en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003, l’ancien vice-président et ex-chef rebelle congolais Jean-Pierre Bemba a vu vendredi 8 juin 2018 sa culpabilité annulée en appel devant la Cour pénale internationale (CPI).

Quinze longues années plus tard, ses victimes vivent un nouveau traumatisme.

« Ca fait remonter les mauvais souvenirs »
Les rumeurs sont reines à  Bangui. Jean-Pierre Bemba va être acquitté ? Il est en passe d’être libéré ? On s’apprêterait à  commencer à  le libérer ? A-t-il parlé ? Et tout d’un coup, nouvel assaut du passé : les rumeurs sont devenues une réalité. Ce matin du 9 juin, quand Brigitte* écoute les paroles crachées par la radio nationale, c’est comme une violente déflagration : « Ca fait remonter les mauvais souvenirs. »

Crépin s’emporte : « Il est libre, il se balade devant les caméras, ça me fait beaucoup mal, mal, très mal. C’est pas de la justice, c’est de la politique. Qui dit que Bemba ne va pas revenir ? », s’ interroge-t-il.

Crépin a 25 ans à  l’époque des faits : « Ce dimanche matin, ils ont saccagé la maison. Ils ont tué mon père, ils ont tué ma mère. » Tour à  tour, des miliciens se sont acharnés sur sa sœur. « Elle est morte trois heures plus tard à  l’hôpital. » Par chance, raconte-t-il, lui et son frère étaient « un peu éloignés de la maison ». Il n’aperçoit plus distinctement la justice mais il se battra. C’est son œuvre. La rage le soutient.

Le jour de la libération de Bemba,Brigitte est tombée malade
Brigitte est une femme entre deux âges. Elle boite. « Ils sont arrivés la nuit. Les gens criaient partout : Fuyez ! Ils ont tiré avec le fusil. Mon mari a été tué. » Ses yeux se voilent de larmes. Elle veut poursuivre : « Mes enfants aussi. » Le jour ne s’est plus jamais relevé pour Brigitte. Elle semble terriblement ennuyée de vivre, réduite à  mendier l’aide de ses voisins, dit-elle. Le jour de la libération de Bemba, elle est tombée malade.

Pascale ne lève pas les yeux. Elle débite de manière automatique un témoignage raconté de trop nombreuses fois. « C’était à  Bossangoa (…), ils allaient de maison en maison (…). D’abord mes deux garçons (…), puis mes deux sœurs (…) . » Le tumulte de l’acquittement ne l’a pas atteinte. Le défaut d’autorité et de justice ? Elle connaît. Et les promesses de sécurité ? Elles entrent par une oreille… Depuis 2002, elle et les 5228 autres victimes « reconnues officiellement » patientent. La guerre les a dépossédées, la paix les a oubliées.

Beaucoup de frustrations
L’autre réalité est que le pays est en conflit permanent depuis une vingtaine d’années : les mutins, les Banyamulenge, les Zaraguinas, les pseudo groupes d’auto défense, les Seleka, les Balaka. « Tous les dix ans élections ! Tous les cinq ans coup d’Etat », scande un jeune rappeur banguissois.

L’acquittement de Bemba enfante une fois de plus d’une infinité de frustrations, de déceptions. La CPI est piteuse. Le fonds d’aide aux victimes est démuni. Ce dernier certifie qu’un dispositif d’assistance sera mis en place. Mais une question demeure : est-ce qu’une telle pantalonnade de la justice internationale accorde un permis de tuer aux autres chefs de milice ? Karine Bonneau, de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, appuie les victimes depuis ses débuts. « Certaines nous ont dit qu’elles ne veulent plus voir la CPI en Centrafrique », confie la militante. Elles rêvent que « la justice internationale finalise les mesures d’assistance ».

Source : abangui.com

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