Simon Tiemtoré : « Le développement du marché des capitaux en Afrique relèvera les freins à l’investissement »[Entretien]

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Président fondateur de Lilium Capital et PCA de Vista Bank Group, Simon Tiemtoré est un investisseur avisé pour qui l’investissement peut être facilité en Afrique si le marché des capitaux se développe. Dans cet entretien avec «La Tribune Afrique», il revient notamment sur les ambitions de ses entreprises sur le Continent, ainsi que les projets d’envergure en cours.

La Tribune Afrique : Avec Vista Bank, vous ambitionnez de renforcer votre présence à travers le Continent, avec notamment de nouvelles implantations. Quels pays viserez-vous en priorité ?

Simon Tiemtoré : En tant qu’entité panafricaine offrant des services financiers dédiés à la promotion de l’inclusion financière, l’objectif de notre Groupe bancaire, Vista Bank, est d’être établi dans 15 pays d’ici 2025. Notre priorité sera de couvrir d’abord l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Nous nous tournerons ensuite vers le marché d’Afrique centrale, cela nous permettra d’avoir une empreinte dans les trois régions économiques majeures : la ZMAO, l’UEOMOA et la CEMAC que nous croyons être des régions stratégiques de croissance et de développement sur le Continent. Nous savons que nous n’avons pas forcément besoin d’être partout, car nous couvrons le Continent à travers des partenariats mis en place avec d’autres institutions financières.

Vista Bank se veut être essentiellement une banque digitale. Quels sont selon vous les enjeux du développement de ce type de banque en Afrique dans les années à venir ?

L’économie digitale est aujourd’hui le principal moteur de croissance et de compétitivité. Les progrès de la technologie et l’économie numérique opèrent de profondes mutations dans les habitudes de consommation des Africains et surtout dans les rapports avec leurs banques et autres établissements financiers. Les enjeux sont donc énormes. Vista Bank travaille étroitement avec des partenaires comme Visa pour créer des produits numériques innovants adaptés au contexte africain.

Par ailleurs, nous accompagnons beaucoup de fintechs en Afrique aujourd’hui et travaillons en tant que partenaires pour la création et la dissémination de nos nouveaux produits. Il est préférable de nouer des partenariats pour développer des concepts ensemble, afin de mieux servir la clientèle. Et pour ce faire, il faut aussi que nous, en tant que banque, ayons ce mindset de fintech, être assez souple, assez agile, avoir une capacité de réactivité très rapide pour pouvoir analyser l’évolution du marché et des besoins des clients et adapter les idées novatrices pour mieux les servir.

Où en est le projet du turc Ayka Addis Textile dont Lilium Capital est l’un des arrangeurs ?

L’usine d’Ayka Textile que nous sommes mandatés d’arranger avec Afreximbank avance très rapidement. Les différentes étapes pour la mise en place de l’usine sont en train d’être finalisées. Toutes les parties travaillent ensemble de façon à faire avancer les choses. Les banques ont donné leur accord pour accompagner le projet. Donc côté financement, les choses sont mises en place. Du point de vue administratif et technique, les choses sont mises en place pour que le projet soit effectivement lancé dans les meilleurs délais. Il faut souligner que le projet aura un impact qui sera ressenti par l’ensemble du pays et créera directement et indirectement plus de 50 000 emplois.

Quel est l’apport de Lilium Capital sur les 200 milliards de FCFA nécessaires ?

Dans ce projet, Lilium Capital et Afreximbank sont mandatés comme les lead arrangeurs. Nous avons fait un tour de table avec des banques internationales dont Afreximbank, la Banque africaine de développement et des banques locales, dont Ecobank, la Bank of Africa, Coris Bank et la Société Générale pour financer le projet. C’est un projet d’envergure internationale, dans le sens qu’il aura des implications pour le Burkina et la sous-région ouest-africaine. J’en profite pour remercier toutes ces banques qui nous ont fait confiance dans le cadre de ce projet.

Qu’en est-il du projet d’usine pharmaceutique à Ouagadougou dans lequel vous êtes investisseur ?

Sahel Pharma Industrie est une unité industrielle de production pharmaceutique. Nous y sommes impliqués en tant qu’investisseurs et nous sommes en partenariat avec plus de 200 pharmaciens qui avaient porté ce projet jusqu’à ce que nous les rejoignions. Evidemment, l’industrie de la santé et dérivés est un secteur stratégique et très important pour le Burkina Faso et la sous-région. C’est ce qui nous a poussés à analyser ce projet et voir dans quelle mesure nous pouvions nous y engager en tant qu’investisseur. De ce côté aussi, les financements ont été conclus et nous sommes en train de boucler la partie administrative et technique. Nous allons pouvoir le démarrer dans les plus brefs délais.

Lilium Capital reste désormais le seul en lice pour le rachat de la banque commerciale du Burkina depuis le retrait de Coris Bank. Le deal vous revient-il finalement ?

Nous sommes toujours en négociation. Nous avons pris note du retrait de Coris Bank et nous continuons d’être engagés avec la Banque commerciale du Burkina pour mener à bien ce projet.

On voit que Lilium Capital est assez concentrée sur le Burkina Faso. Quelle est votre stratégie d’investissement à travers le Continent ?

Nous ne sommes pas concentrés sur le Burkina Faso. Lilium a deux activités principales : banque d’affaires et capital investisseur. Nous intervenons dans ces deux cadres dans plusieurs pays. Au niveau de notre activité de banque d’affaires, nous intervenons dans plusieurs pays, y compris le Burkina Faso. Je suis Burkinabé et il va de soi que nous contribuons à l’essor économique du pays comme on le fait et continue de le faire dans d’autres pays. Il est vrai que le Burkina Faso vient naturellement, vu que je suis Burkinabé et que j’ai grandi au Burkina, mais nos activités s’étendent partout sur le Continent.

Au niveau de l’activité capital investisseur, notre stratégie est de nous focaliser prioritairement sur les institutions bancaires, financières et d’assurances. Nous regardons également l’industrie de transformation comme le secteur pharmaceutique, la transformation des produits agricoles et autres. Sélectivement, nous sommes intéressés par des investissements qui apportent de la valeur ajoutée aux économies des pays. Nous essayons à travers notre expertise de voir où nous pouvons apporter de la valeur ajoutée dans nos investissements, dans des secteurs qui sont clés au développement de l’Afrique.

Quelle est la particularité de l’investissement en Afrique selon vous ? Quels sont les facteurs qui restent un frein à l’investissement ?

L’Afrique subsaharienne est un marché en plein essor. Au cours des dix dernières années, les pays africains ont connu une croissance économique soutenue. L’explosion de la démographie -l’Afrique représente 16% de la population mondiale et ce taux devrait atteindre 25% en 2050, mais également une urbanisation galopante -56% de la population concernée d’ici 2050- justifient l’engouement des investisseurs nationaux et étrangers vu les besoins en investissements de long terme en infrastructures, services financiers, énergie, éducation, transport, agroalimentaire, santé ou encore en  communication.

Le facteur majeur qui reste un frein à l’investissement en Afrique et à la croissance est le déficit en infrastructures : énergie, communication et transport, etc. Il faudrait développer le marché des capitaux pour déployer les ressources à long terme afin de combler ce déficit en infrastructures. Il serait intéressant par exemple de mutualiser la capacité des fonds de pensions africains -qui disposent de plus de 400 milliards de dollars- qui s’appuierait sur la garantie d’institutions comme la BAD, Africa50 et Afreximbank pour permettre de déployer sur le long terme les ressources de ces fonds de pension pour investir dans l’infrastructure et combler le déficit.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes financiers africains qui ambitionnent également de se lancer sur le marché des capitaux et de l’investissement ?

Il faut qu’ils se donnent du temps. Le temps, c’est acquérir l’expérience et tisser des relations. Deux choses qui peuvent être acquises en travaillant dans une banque, dans un fonds d’investissement, pour un fonds de pension, ou tout simplement dans un domaine lié au secteur. Aujourd’hui, plein de jeunes veulent se lancer dans ce milieu, mais la vérité doit être dite : il faut être patient, prendre le temps d’acquérir de l’expérience, étoffer ses connaissances, constamment apprendre, se créer un network et obtenir la confiance du marché. C’est très important.

Il faut que les jeunes financiers mutualisent leur expérience pour créer ensemble une entreprise ou une startup. Dans mon cas, je ne l’ai pas fait tout seul et je ne conseillerai à personne de le faire tout seul ; ce n’est pas possible ! Il faut une équipe derrière et il faut des associés et collaborateurs qui vous font confiance ; des mentors qui vous suivent et qui sont disposés à vous prodiguer des conseils ou vous ouvrir une ou deux portes pour pouvoir mettre en place ce type d’entreprise. Nous avons une superbe équipe -collaborateurs, conseillers, consultants, mentors, etc.- qui nous permet aujourd’hui de réaliser notre stratégie d’investissement en Afrique.

Propos recueillis par Ristel Tchounand

 

Source : La Tribune Afrique

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