Election à Madagascar : ces trois règles qui devraient inspirer la démocratie sur le Continent

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Les Malgaches sont convoqués aux urnes le 7 novembre prochain pour l’élection présidentielle. Hery Rajaonarimampianina va remettre en jeu son fauteuil que comptent lui rafler trois de ses prédécesseurs Andry Rajoelina, Marc Ravalomana et Didier Ratsiraka. Pourtant loin de l’agitation politique des 36 candidats autorisés à concourir par la Cour Suprême, l’élection malgache est cornaquée par trois règles démocratiques qui devraient inspirer d’autres pays du Continent.

L’année 2018 est une année très électorale. Avec peu de polémiques mais beaucoup de frayeur, Ellen Johnson a cédé l’Executive Mansion à George Weah, tout comme Julius Maada Bio a pris les rênes de la Sierra-Leone. Loin des embrouillaminis électoraux de la règle du parrainage au Sénégal, du relèvement de la caution au Bénin ou encore de la dime fixée par la Cour constitutionnelle du Gabon pour les contestations électorales.

Faute de consensus sur les règles du jeu, manœuvres dilatoires, manque de préparation, le Soudan a raté le virage et l’incertitude gagne la RDC sur la présidentielle du 23 décembre. Malgré les contestations, le Mali a confirmé Ibrahim Boubacar Keïta à Koulouba, le Zimbabwe a accroché la Grand-Croix présidentielle de Robert Mugabe au cou d’Emmerson Mnangagwa. Au Palais d’Etoudi, Paul Biya n’a pas encore terminé sa campagne à un septième mandat pour la présidentielle du 7 octobre 2018 qu’on pointe déjà comme une élection jouée d’avance.

Plus que les longs mandats, c’est justement les règles pour garantir une élection crédible, apaisée, fidèle à l’expression des urnes qui sont les plus grands défis des élections dites «africaines». Et pourtant à Madagascar, quelques petits ajustements, pas totalement suivis, pourraient inspirer la restructuration du système électoral et par glissement servir l’avancée de la démocratie africaine.

Démission du président-candidat

Une règle d’or pour ne confondre le candidat avec la fonction. Mais aussi pour que le locataire du Palais d’Etat d’Iavoloha n’utilise pas les moyens financiers et sécuritaires pour sa campagne en tant que candidat. La constitution malgache exige de tout président qui envisage de se porter candidat à sa propre succession de déposer sa démission de sa charge de président au moins 60 jours avant la tenue du scrutin présidentiel. Lors d’une cérémonie solennelle, après l’hymne national, le président fait une allocution publique pendant laquelle il annonce sa démission. Le président du Sénat, deuxième personnalité du pays, prend alors l’intérim jusqu’à l’élection d’un nouveau président. Cette règle a l’avantage de lever le voile sur les ambitions réelles du président sortant mais aussi de placer une autre personnalité dans le rôle d’arbitre entre les différentes institutions du pays.

L’argent de la campagne surveillé et retracé

A Madagascar, les candidats financent leur campagne sur fonds propres ou via des dons ou cotisations des membres du parti dont il porte l’étendard. Mais les comptes de campagnes sont surveillés et retracés à la loupe. Depuis avril 2018, la Commission de contrôle du financement de la vie politique est devenue le nouveau gendarme des comptes de campagne de tous les candidats à une élection à Madagascar.

Ces derniers sont tenus d’ouvrir un compte unique de campagne tenu par trois trésoriers. Ces comptes sont soumis à la surveillance du nouveau gendarme qui peut décider de contrôles inopinés et vérifier la conformité des recettes et des dépenses avec les fonds levés pour la campagne. Lors d’une rencontre avant le lancement de la campagne, cette «commission-lumière» éclaire les candidats sur ce qui est permis ou pas.

Même si aucun plafond n’est fixé sur les montants à dépenser, les prétendants ne peuvent pas accepter de dons ou financements issus d’Etats étrangers ou d’entreprises à participation publique. Les infractions à ces règles explicitées aux candidats, sous le contrôle de la société civile, sont rapportées à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la Haute Cour constitutionnelle qui prennent les sanctions en conséquence.

Une Charte de bonne conduite des candidats

Un comité paritaire s’est chargé de l’écriture de ce document élaboré sur après consultation de douze organisations de la société civile, de la Céni, du Conseil de réconciliation nationale ou encore de Transparency International. Sans être inscrite dans la constitution ou les lois du pays, la Charte de bonne conduite et d’intégrité des candidats est une grande avancée.

Avec 30 règles et 10 engagements à respecter par les candidats, libres de la signer et de la respecter ou non, la Charte entend insuffler de la probité, de l’apaisement et de la transparence au processus démocratique du pays. Entre autres, les candidats s’engagent à bannir de leur campagne et de leur attitude tout ce qui pourrait entraîner le pays dans une crise pré ou post électorale : achat de voix, discours discriminatoire, agressif ou incitant à la haine, dépenses ostentatoires… Une charte facultative mais vitale !

 

Source : La Tribune Afrique

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