Angola : après l’arrestation du patron de la FESA, l’étau se resserre autour des Dos Santos

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Sont-ils annonciateurs de jours pluvieux ? En tout cas, les nuages s’amoncellent dans le ciel judiciaire pour l’entourage de José Eduardo Dos Santos. Depuis son arrivée au pouvoir, la vaste campagne de lutte anti-corruption lancée par son successeur a conduit à l’arrestation d’Ismaël Diogo Da Silva, le président de la Fondation José Eduardo Dos Santos (FESA). Après l’arrestation du fils de l’ex-président et l’enquête lancée contre Isabel Dos Santos, puis l’arrestation de ce proche de l’ex-président, les Angolais hésitent entre acharnement partial et reddition des comptes.

Le nouveau maître de Luanda ne pardonne pas. Pour les affaires liées à des soupçons de corruption ou de concussion, les mis en cause doivent s’en expliquer devant la justice. Et une nouvelle arrestation d’un proche de José Eduardo Dos Santos est venue rappeler le nouveau leitmotiv de Joao Lourenço.

Depuis ce vendredi 28 septembre, Luanda bruissait de la rumeur de l’arrestation d’Ismaël Diogo Da Silva, amplifiée par un message Whatsapp largement repartagé. Le Bureau du Procureur y apporte une confirmation officielle. A 60 ans, ce haut fonctionnaire du ministère des Transports, président de la Fondation José Eduardo Dos Santos (FESA) est incarcéré depuis ce vendredi dans une cellule du pénitencier de Viana (à l’est de Luanda).

Après José Filomeno, un autre proche de Dos Santos

Cet homme de confiance de José Eduardo Dos Santos dont il présidait la Fondation destinée à la Science et à la culture, se croyait-il intouchable ?  Les multiples convocations servies par la police sont restées lettres mortes. «Il n’a pas répondu aux convocations du procureur général de la République pour clarifier les faits et avait déconnecté ses téléphones et changé de résidence», précise une source anonyme proche du Procureur qui s’est confiée à l’AFP.

Le bureau du procureur a lancé un mandat d’arrêt ce mercredi 26 septembre, en prenant soin de mettre en garde les citoyens contre les risques de donner refuge à un homme recherché. Ismaël  Diogo Da Silva a finalement été arrêté, puis transféré à la prison de Viana. Son arrestation s’inscrit dans le cadre d’une affaire de corruption qui a déjà conduit à l’arrestation de deux autres hauts fonctionnaires. D’abord celle d’Augusto da Silva Tomás, ministre des Transports qui a été démis de ces fonctions par Joao Lourenço et arrêté le 21 septembre dernier pour pratiques de détournement de fonds, de corruption et de blanchiment d’argent.

Ensuite celle de Rui Manuel Moita, ancien directeur général adjoint du secteur technique du Conseil national des Chargeurs (CNC), service de manutention supervisé par le ministère des Transports. Et c’est là que le scandale arrive. Tous les trois sont accusés d’avoir participé à un sombre montage qui aurait permis le détournement de 20 millions de dollars. Ismaël  a été  donc interpellé «pour répondre à un interrogatoire» dans le cadre de cette affaire.

Ces derniers temps, l’entourage des Dos Santos tremble devant les arrestations ou les rumeurs de futures arrestations. Depuis ce 24 septembre 2018, José Filomeno Dos Santos est incarcéré à la prison de Sao Paulo après son arrestation sur des soupçons de détournements de près de 500 millions de dollars du Fonds souverain angolais où il a été nommé par son père, avant d’être limogé par son successeur. Depuis, «Zedu», tel qu’on le surnomme, a entamé une grève de la faim qui a conduit à son transfert dans l’aile médicale de la prison.

Acharnement judiciaire contre les Dos Santos ou reddition des comptes ?

Les hommes du clan Dos Santos font les frais de la vaste campagne de corruption lancée par Joao Lourenço depuis son arrivée au pourvoir en septembre 2017, après le retrait de José Eduardo Dos Santos. Mais la face du dauphin docile qu’il affichait avant son entrée au Palais s’est brusquement métamorphosée. Le nouveau président a enfourché le cheval de la lutte contre la corruption. Après les révocations de proches que Dos Santos avait placés en «espions», Joao Lourenço a entrepris un grand nettoyage dans l’administration.

Mais pour l’heure, cette chasse aux «corrompus» ne semble toucher que des proches de José Eduardo Dos Santos. Isabel Dos Santos, la fille aînée de ce dernier, est sous le coup d’une enquête pour sa gestion de la Sonangol, la compagnie pétrolière nationale quand elle ne se débat pas avec un baroud d’honneur pour son empire économique. Sans oser publiquement poser la question, la presse et l’opinion s’interrogent déjà sur une possible arrestation de la «princesse Crésus» angolaise.

Un acharnement judiciaire contre les Dos Santos ? On serait tenté de le croire tant l’actuel président, lui-même issu du sérail, pourrait être éclaboussé par ces affaires ressorties des placards. Il se murmure même que par la frayeur des arrestations, Joao Lourenço tenterait de limiter l’influence de son prédécesseur en rassemblant autour de sa personne et incarner une nouvelle image. D’autres commentateurs sont plus mesurés: ils interprètent cette lutte contre la corruption comme le signe d’un changement profond dans la gestion du pays, induit par la pression des mouvements citoyens et des ONG internationales qui poussent à la reddition des comptes.

 

Source : La Tribune Afrique

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