Centrafrique : Pourquoi la femme centrafricaine reste-t-elle si silencieuse?

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Dans la célèbre œuvre comique du grand dramaturge grec Aristophane au Ve siècle avant notre ère, une belle femme athénienne du nom de Lysistrata exaspérée par la bêtise des hommes ayant engendré des dégâts humains et matériels lors de la guerre du Péloponnèse, avait réussi à  convaincre les femmes de toutes les cités grecques à  se refuser à  leurs maris (grève de sexe, guerre de sexe, boycott de sexe…) pour exiger la paix et mettre fin aux hostilités meurtrières opposant Athènes et Sparte. Histoire banale, mais cet exemple continue d’être suivi dans le monde et plus particulièrement en Afrique par les femmes libériennes en 2003, par les femmes kenyanes en 2009 pour exiger la paix lors des crises postélectorales puis en 2012 par les femmes togolaises qui exigeaient l’entente entre l’opposition et le parti au pouvoir. Ces cas cités parmi tant d’autres montrent jusqu’où peuvent aller les femmes et leur imagination dans leur lutte pour réclamer la paix, la tranquillité, la cohésion sociale, l’entente quand leurs nations se sentent en danger mettant aussi en danger l’avenir de leurs enfants. Alors que dire de l’implication profonde pour un retour à  la paix de la femme centrafricaine première victime de la barbarie que connait ce pays du cœur de l’Afrique?

Après la récente opération sécuritaire SOUKOULA au Km5, M. Parfait ONANGA patron de la MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique) a échangé avec les femmes responsables et membres de diverses associations du 3e arrondissement de Bangui ayant pour objectif d’écouter et recueillir leurs préoccupations, un des chemins pour une accalmie de cette crise. Tout part d’un message qu’il a posté le 25 avril 2018 sur sa page officielle twitter https://twitter.com/parfait_onanga/status/989270744860364802 qui se lit par:

…..La voix des femmes, la voie de la paix, de la raison et de l’espoir. Écoutons-les davantage!…

Ce message si simple écrit et envoyé officiellement au monde par un homme important dans le processus de résolution de la crise et du maintien de la paix en Centrafrique est une manière internationale très criante de demander encore plus à  la femme centrafricaine de s’impliquer sérieusement dans le processus de paix. Et aussi de demander au gouvernement d’associer les femmes dans les pourparlers visant à  faire prendre conscience aux ennemis de la paix de la conséquence néfaste de leurs actes brutaux sur l’avenir de cette nation qu’ils prétendent défendre.

Nous savons tous que la Centrafrique en son caractère constitutionnellement laïc contient beaucoup d’associations féminines, de l’Organisation des Femmes de Centrafrique (OFCA) à  l’Association Action des Femmes pour le Progrès en passant par L’Association Femme debout de Centrafrique (musulmanes et chrétiennes) ou l’Association des Femmes Juristes de Centrafrique (AFJC).

Ces structures féminines regroupent un nombre important de femmes centrafricaines œuvrant dans différents domaines qui peuvent bien peser ou avoir un mot à  dire dans le processus de paix en cours en Centrafrique. Il reste toujours possible de crier haut et fort que les femmes et les enfants restent les premières victimes (les violences sexuelles et enrôlements des enfants) de cette tragédie au pays de ZO KWE ZO. Des initiatives probantes visant à  rassembler et accompagner les femmes centrafricaines ont été prises, nous nous rappelons et félicitons encore ces jours de 29 et 30 aoà»t 2017 ou un atelier de renforcement de capacités a été organisé à  Bangui à  l’intention de trente (30) femmes membres et responsables des organisations féminines. Cet atelier organisé par la MINUSCA et la Coordination des Réseaux des Femmes Leaders pour la Paix en Centrafrique avait pour objectif de réfléchir sur une stratégie d’implication des femmes dans le processus de paix. Ce serait souhaitable et bénéfique que ces genres de rencontres s’organisent incessamment à  l’endroit de toutes les femmes centrafricaines sans tenir compte de bornes religieuses ni sociales.

Au sortir de la fête des Mères 2018 célébrée autour du thème: « Mères, actrices de la paix et de la cohésion sociale dans la famille et la communauté.», la situation de la femme centrafricaine reste précaire et dangereuse. Un silence un peu pesant dans ce sens nous interpelle tous à  défendre les intérêts de la nation en augmentant le niveau d’implication de la femme. Durant ce jour du 27 mai 2018, dans son allocution, la première dame Mme Brigitte TOUADERA s’est interrogée : « …comment célébrer la fête des Mères dans ces actes habituels ? Comment avoir le cœur à  la fête quand ce sont les mamans et les enfants qui paient le fort prix?… » . Puis de continuer en exhortant ces sœurs et filles centrafricaines par ce terme : «… Je vous exhorte à  saisir cette occasion (fête des Mères NDLR…) pour rappeler à  nos enfants l’importance de la paix dans une famille, dans une communauté, dans un pays… » Le gouvernement a toujours essayé de mettre devant l’avis des victimes, dont les femmes dans les négociations menées sans relâche dans l’espoir de faire revenir à  la raison ces fils du pays qui ont préféré prendre les armes pour se faire entendre. La nomination de Mme Noà«lle KOYARA à  la tête du Ministère de la Défense nationale et de la Reconstruction de l’Armée est la preuve de la confiance faite par le présent locataire du palais de la Renaissance de Bangui M. Faustin TOUADERA à  la femme centrafricaine dans sa capacité à  être debout dans les situations de crise et à  participer activement dans sa résolution.

Toutes les grandes vieilles civilisations du monde ont laissé des traces de l’exigence de la protection et du respect de la femme et des enfants lors des crises guerrières, mais il est malheureux de voir des femmes et des enfants maltraités dans cette crise fratricide centrafricaine.

Le vide que laisse la mort des pères de famille dans le cœur des femmes et des enfants est insoutenable et insupportable. Beaucoup de familles sont séparées ou devenues orphelines à  cause des violences perpétrées quotidiennement. Il est temps que toutes les femmes centrafricaines se lèvent comme une seule femme sans barrières politiques, ethniques, religieuse… pour dire : stop au massacre du Centrafricain hypothéquant l’avenir de ses enfants !!!

Nous soutenons et croyons aux propos de Mme Gladys ATINGA la Conseillère Genre de la MINUSCA : ….Afin de permettre aux femmes de s’exprimer comme il se doit, nous nous emploierons à  mettre à  leur disposition tous les outils possibles…

Par cet article nous dévoilons notre désir de voir toutes les femmes centrafricaines unies, réunies, ensemble main dans la main à  défendre pacifiquement, loyalement leur pays pris en otage. Nous voulons les voir mener des actions concrètes dans le but de ramener les protagonistes autour d’une même table pour continuer à  discuter afin de trouver une porte de sortie pouvant mettre fin à  cette situation qui leur a enlevé déjà  de milliers de maris et des enfants. L’heure de rester pleuré à  la maison ou passer des heures dans des salles climatisées pour des ateliers est révolue, faites-vous entendre par des actions non violentes et concrètes pour l’avenir de Centrafrique. Que tu sois musulmane, chrétienne ou animiste…centrafricaine, tu dois savoir que tu es accompagnée par le gouvernement et ses partenaires internationaux. Cette barbarie qui ne finit pas t’a été exigée et cela est un danger pour l’avenir de tes enfants alors exige avec force sa fin.

Force à  la femme centrafricaine première victime d’une guerre inutile !!!!

Urbain TABEMARA

Source : abangui.com

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