Centrafrique : la rupture touaderanienne à  l’épreuve de la gestion du pouvoir

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Même si les dirigeants centrafricains n’ont pas habitué à  laisser leurs mémoires écrites lorsqu’ils quittent le pouvoir, leurs compatriotes n’ont pas, par contre, la mémoire courte. Quel Centrafricain a aujourd’hui oublié le discours d’investiture du Président Faustin Archange TOUADERA lors de son intronisation comme président de la République au stade 20 mille places le 30 mars 2016 ? Le nouveau locataire du Palais de la Renaissance s’était alors engagé, devant la nation entière, avec un visage fermé, grave et triomphant, à  pratiquer une politique de rupture, de lutte contre l’impunité et contre toutes les mauvaises pratiques.

Après 2 ans et 6 mois de gestion du pouvoir, et à  2 ans et 6 mois de la fin son mandat, le voilà  confronté à  la réalité de la gestion du pouvoir d’État.

Que constate-t-on ?

Face aux promesses et réalités, le Président Faustin Archange TOUADERA, aujourd’hui appelé par ses intimes TOUADERAKOV, s’est révélé plutôt un CONSERVATEUR de l’espèce qu’on a toujours connu en Centrafrique. Plusieurs choses peuvent prouver cela.

Pourquoi avait-il prôné la rupture?

Il avait crié haut et fort « rupture avec le passé » parce qu’au moment où il dirigeait le gouvernement de Bozizé, il était sous-traité et malmené par certains ministres puissants et parents à  son maître Bozizé. Il ne pouvait limoger et/ou sanctionner des pratiques malsaines de certains de ses ministres et d’autres cadres de l’État nommés directement par Bozizé. Il gérait le réseau des jeunes qui diffusait les messages de haine contre la France.

Lors de son intronisation en mars 2016, il croyait pouvoir y mettre fin. Peine perdue. Aujourd’hui au pouvoir, ces mêmes pratiques demeurent et s’intensifient sous son consentement tacite. Comment un Président peut prôner la rupture :

S’il nomme des membres des groupes armés au gouvernement alors qu’il avait juré de respecter la loi fondamentale ?
S’il n’arrive pas à  prendre la décision de nommer un remplaçant du ministre de l’Administration du Territoire ? Le général WANZET ne peut continuer à  assurer l’intérim d’un aussi important Département ministériel. Un intérim n’est-il pas limité dans le temps ?
S’il n’arrive pas limoger son ministre des Affaires étrangères qui s’est livrées dans la vente des passeports diplomatiques et en sus, lui tient ostensiblement tête, lui et Simplice Mathieu Sarandji alias SMS et qui ne se cache pas de les narguer et de les traiter d’incompétents ?
S’il n’a pas le courage de sanctionner les auteurs des scandales politiques au sommet de l’État. Personne n’a oublié l’affaire de la sexta du ministre MBOLI FATRANE qui avait défrayé la chronique et choqué les Centrafricains. Non seulement il n’a pas été blâmé, mais a même malheureusement été reconduit à  ses fonctions lors du dernier remaniement par TOUADERA et SMS au grand dam de l’opinion choquée. Personne n’a oublié encore l’affaire des gémissements sexuels dans le bureau du ministre Maxime KAZAGUI, lesquels roucoulements avaient indisposé les collaboratrices dont les bureaux jouxtent ceux du ministre. Le ministre est toujours en fonction. En plus des scandales sexuels, d’autres sont venus s’ajouter : le scandale des détournements financiers du ministre des Transports Théodore JOUSSO avec la bénédiction et complicité de SMS ; les pots-de-vin souvent versés au Directeur de Cabinet Firmin NGREBADA et à  d’autres membres du gouvernement ; la pratique mafieuse qu’il entretient avec son conseil personnel MAHAMAT jusqu’à  son arrestation au Cameroun avec un important stock de pierres précieuses.
S’il en été coupable d’une pratique digne de Poutine en envoyant un de ses barbouzes Kokaté enregistrer son ancien challenger Anicet Georges Dologuélé ?
S’il laisse faire et encourager ses griots tels que Didatien Kossimatchi à  s’attaquer, injurier voire accuser sans fondement les hommes politiques ?
S’il fait tout pour obstruer les enquêtes visant son proche tel que Sani Yalo dans l’affaire de son coup d’État manqué en Guinée Équatoriale;
S’il use de son pouvoir pour freiner des quatre fers la procédure des biens mal acquis lancée en son encontre depuis 2014 ?
S’il n’arrive pas se séparer de son Simplice Mathieu Sarandji qui pourtant est grandement impopulaire et détesté dans le pays, mais qui est prêt à  tout pour manœuvrer et rester 5 ans à  la Primature comme si cette fonction était devenue un mandat présidentiel ou législatif ?
S’il n’arrive pas coopérer dans l’enquête relative à  l’assassinat des 3 journalistes russes à  Sibut et surtout de donner instruction fermes à  son ministre de la Justice à  tout faire pour brouiller la piste ?
S’il n’arrive pas s’émanciper du clan des 0% pour faire confiance à  d’autres fils du pays capables de travailler pour le pays sans calcul.
On se rend compte aujourd’hui que la rupture dont parlait TOUADERA, c’était uniquement la rupture avec la France pour se jeter dans les bras des Russes. La suite est connue. Des mercenaires de la société Wagner envahissent progressivement le pays jusqu’à  occuper de force, la demeure familiale de l’Empereur Bokassa à  Béréngo. En 8 moins de présence sur le territoire, ils ont pris le contrôle de l’ensemble des zones diamantifères et forestières du pays. Même celles sous contrôles des rebelles, ils y sont. Ensemble avec eux, ils exploitent; ils leur paient des taxes. En huit mois de présence, ils ont exécuté froidement leurs frères russes venus enquêter sur leurs faits et gestes dans le pays.

Quand on regarde tous ces exemples non exhaustifs, on voit que TOUADERA n’est pas l’homme de la rupture. Celle-ci est compromise par des scandales politiques, sexuels et financiers au sommet de l’État qu’il n’arrive pas à  sanctionner. Rien n’a attendre de la part du peuple.

Vivement fin 2020 pour le premier tour des élections générales, le premier tour de la dernière présidentielle s’étant tenue en décembre 2015. C’est vrai que TOUADERA est à  2 ans et six mois de la fin de son mandat. Mais vu que les candidats seront en précampagne dès janvier 2020, il ne reste en réalité à  TOUADERA que 1 an et six mois pour pratiquer sa rupture et espérer obtenir de nouveau la confiance du peuple déjà  impatient et dans l’attente d’en découdre.

Ce ne sont pas les pirates informatiques russes déjà  mobilisés qui voleront la victoire annoncée du peuple contre un Président complice de l’impunité au sommet de l’État, protecteurs de son clan, de ses amis même les plus véreux, des repris de justice qu’il maintient dans les hautes fonctions.

Gisèle Moloma

Source : abangui.com

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