Ethiopie-Erythrée : à Djeddah, un accord de paix pour enterrer la «guerre des cousins»

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En moins de trois mois, le retour de la paix s’est accéléré. Les spectaculaires actions de rapprochement ont enterré un conflit vieux de vingt ans avec la réconciliation entre l’Ethiopie et Érythrée. Résolus à prolonger leur entente retrouvée, les deux voisins est-africains, devenus des ex-ennemis, vont définitivement entériner la paix par un accord qui sera signé, ce dimanche 16 septembre à Djeddah en Arabie-Saoudite.

«Bois léché par le feu est prompt à s’embraser», édicte un proverbe éthiopien. Fin 2016, le conflit entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique était proche de l’embrasement. Mais sur les braises d’un conflit vieux de vingt ans, l’Ethiopie et l’Érythrée ont décidé de verser la paix.

La paix pour «cimenter les relations positives»

 Ahmed Abiy, le Premier ministre éthiopien, et Isaias Afwerki, le président érythréen, ont à peine déposé leur stylo de signature de la «déclaration conjointe de paix et d’amitié» signée à Asmara début juillet. Ces stylos, les deux dirigeants vont les reprendre ce dimanche 16 septembre 2018 pour signer, selon les termes de l’ONU, un «accord supplémentaire aidant à cimenter les relations positives».

La cérémonie de signature est organisée en marge d’une rencontre au sommet entre Abiy et Afwerki, sous l’égide du roi Salmane d’Arabie Saoudite. Antonio Guteres, le SG de l’ONU, Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA, ont reçu leurs cartons d’invitation à la cérémonie.

Entre la déclaration d’amitié et l’accord de paix qui viendra entériner le retour de la paix, la réconciliation s’est scellée par des actes de rapprochement économico-politiques. Aux visites diplomatiques entre Asmara et Addis Abeba, les ambassades fermées depuis 1998 ont été rouvertes, les liaisons aériennes ont été rétablies, un bateau éthiopien a même fait son entrée la semaine dernière dans un port d’Erythrée, sans compter la réouverture de la frontière.

Un retournement spectaculaire de situation qui tranche avec la situation d’il y a quelques mois. Avant l’élection d’Ahmed Abiy, Premier ministre de l’ethnie Oromo, les dirigeants éthiopien et érythréen ne s’étaient pas officiellement rencontrés depuis le déclenchement d’un conflit frontalier en mai 1998. Cette année-là, les deux pays se disputent sur une frontière de 1 000 km et autour de villages à cheval sur cette ligne, dont Badmé, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.

Deux signatures pour une image historique

Pendant deux ans entre 1998 et 2000, la «guerre des cousins» comme elle fut surnommée sera fratricide avec des incursions, des attaques et des bombardements de part et d’autre. Lorsqu’en 2000 les belligérants signent un premier accord de paix et acceptent qu’une commission onusienne retrace les limites de la frontière, les deux ans de guerre auront laissé derrière eux plus de 80 000 morts.

En 2002, les conclusions de la commission, qui attribue Badmé à l’Erythrée, sont rejetées par Addis-Abeba. Les «cousins» ne se parlent plus. La guerre se transforme en conflit larvé qui a manqué de dégénérer à nouveau fin 2016 avec des déploiements massifs de troupes à la frontière, avec quelques accrochages. Les nerfs sont surchauffés. C’est Ahmed Abiy qui va les refroidir.

A 42 ans, pressé de réussir là où tous ses prédécesseurs tigréens (ethnie dont la région jouxte Badmé) se sont laissé emporter par la fibre nationaliste, Ahmed Abiy amorce le rapprochement. Ce ne sont ni la tentative d’assassinat en juin 2018, ni les pressions de forces centrifuges qui l’ont dissuadé de sceller la réconciliation avec une image hautement symbolique. Le 8 juillet 2018 à l’aéroport d’Asmara, il serre dans ses bras Isaias Afwerki, l’ennemi. C’est dire que l’image n’en sera que plus historique lorsque les deux hommes apposeront leur signature au bas de l’accord de paix.

 

Source : La Tribune Afrique

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