Accusations de corruption : comment Cheikh Tidiane Gadio a échappé aux poursuites

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Le privilège de notoriété sans doute. De Dakar à Kampala, en passant par N’Djamena, chaque minute du feuilleton judiciaire a été suivie de très près jusqu’au dernier épisode. Près de dix mois après l’ouverture de la procédure, l’affaire des accusations de corruption visant Cheikh Tidiane Gadio s’est soldée par un abandon des charges. La justice américaine a décidé ce vendredi 14 septembre 2018 de lever son assignation à résidence et de retirer la plainte à son encontre. L’ancien chef de la diplomatie sénégalaise a désormais plus de liberté de mouvement. Comment en est-on arrivé à ce dénouement judiciaire pour cette obscure affaire de corruption et de blanchiment pour lesquels il risquait jusqu’à 20 ans de prison ?

Au sortir de son audience de ce vendredi 14 septembre 2018, Cheikh Tidiane Gadio ne cache pas son soulagement. Selon une confidence d’un membre de son entourage à La Tribune Afrique sur sa première réaction, «il est ravi que justice ait été faite dans son cas». Et la délectation n’est en rien feinte.

Gadio, le témoin assisté ?

La justice américaine vient de lui notifier l’abandon définitif d’une longue liste d’accusations, où se côtoient le «blanchiment d’argent », la «corruption» ou encore le «fourre-tout» judiciaire de violations de la Foreign Corrupt Practices Act, la loi américaine anti-corruption. Des crimes punis d’au minimum 20 ans de prison par la loi américaine.

«Nous sommes extrêmement reconnaissants que l’affaire contre Dr Gadio ait été résolue. Dr Gadio a hâte de continuer à coopérer avec les autorités américaines avant de retourner au Sénégal pour continuer à servir le peuple sénégalais et à poursuivre activement l’implantation de la paix et de la sécurité dans la région du Sahel», fanfaronne Me Sean Hecker, avocat de Cheikh Tidiane Gadio, dans une déclaration à la presse.

Les ressorts de la libération de son client sont ailleurs. Débutée en décembre 2017, la procédure judiciaire à l’encontre de l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères semblait être un interminable ballet de répétition. Plusieurs fois programmées, les audiences avaient fini par être reportées. Motif invoqué par le parquet du District sud de New York : faire avancer des négociations sur un accord de coopération avec la justice américaine. Il semble que ces négociations aient débouché sur un accord écrit qu’il a signé ce vendredi 14 septembre 2018.

Quel est donc le contenu de ce deal d’abandon des poursuites? Comme dans des procédures américaines de ce type, un voile de secret entoure les conditions discutées. Tout juste sait-on que «le gouvernement américain a levé les charges contre [Cheikh Tidiane Gadio]», comme le confie une source proche du dossier ayant requis l’anonymat. En échange, l’ex-chef de la diplomatie d’Abdoulaye Wade de 2002 à 2009, «avait accepté de partager et continuera de partager des informations vérifiées avec les procureurs américains et éventuellement avec la justice». Un statut de témoin assisté donc pour résumer. Les informations que va fournir Cheikh Tidiane Gadio seront relatives au cas de Patrick Ho Chi-Ping.

Patrick Ho, plus gros poisson que Gadio

Arrêté un jour avant Gadio, Patrick Ho Chi-Ping semble être le gros poisson que la justice américaine voudrait prendre dans ses filets. Ce mandataire de la CEFC China au moment des faits, croule sous le poids de huit accusations de corruption et de blanchiment d’argent pour lesquelles il est incarcéré aux Etats-Unis.

La justice américaine tente de démanteler le système de rouerie financière supposée qu’il aurait monté pour soudoyer de hauts fonctionnaires en échange d’avantages commerciaux pour des entreprises. A 69 ans, cet ancien ministre de l’Intérieur de Hong Kong est mis en cause dans le versement d’un pot-de-vin de 500.000 dollars à Sam Kutesa, l’actuel ministre ougandais des Affaires étrangères, en échange de concessions pétrolières. La même somme aurait permis de soudoyer Yoweri Kaguta Museveni d’Ouganda.

Un épilogue pour un feuilleton judiciaire new-yorkais suivi à Dakar, N’Djamena, Hong Kong avec pour décor l’univers sulfureux du monde des affaires. Arrêté le 17 novembre 2017 et inculpé trois jours plus tard, Cheikh Tidiane Gadio y tient le mauvais rôle d’entremetteur présumé. Contacté en 2014, Cheikh Tidiane Gadio aurait reçu deux virements de 200.000 dollars pour jouer le rôle d’intermédiaire pour le compte Patrick Ho Chi-Ping, mandataire de CEFC China Energy.

En novembre 2014, selon la trace d’un échange de mails entre Gadio et Ho, le premier aurait proposé au second de remercier le président Idriss Deby en lui adressant un «joli paquet cadeau financier». Selon l’acte d’accusation, il s’agirait d’un pot-de-vin de 2 millions de dollars versés au président tchadien par Gadio en échange d’avantages commerciaux pour le compte de la CEFC China Energy, une société de Shanghai dirigée par Ye Jianming. C’est la trace des deux virements qui éclabousse l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères.

Sous les accusations de ceux qui inscrivent la procédure dans le cadre d’une guerre économique américano-chinoise, le Bureau de Robert Khuzami, procureur du district sud de New York, a préféré un arrangement à un procès interminable. Cheikh Tidiane Gadio s’en tire à bon compte. Les charges retenues contre lui s’évaporent. Pas l’ombre du scandale.

 

Source : La Tribune Afrique

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