Zimbabwe : le professeur Mthuli Ncube, un économiste chevronné au chevet d’une économie mal en point

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En nommant, vendredi 6 septembre dernier, l’économiste Mthuli Ncube, comme son ministre des finances, le président Emerson Mnangagwa a fait le choix d’un profil à l’expérience reconnue, pour remettre sur les rails l’économie du pays. Ancien économiste et ex vice-président de la BAD, ce diplômé de l’université de Cambridge et enseignant à celle d’Oxford au Royaume Uni, est un macro-économiste qui a eu à conseiller plusieurs institutions financières internationales ainsi que des Etats africains sur les questions de stratégie de développement économique. Autant dire, un fin connaisseur des immenses défis de l’économie zimbabwéenne très mal en point, et qui a besoin d’un véritable thérapie de choc pour retrouver son dynamisme.

L’homme qu’il faut à la place qu’il faut ! C’est l’appréciation qui s’est dégagée à la suite de la nomination, vendredi 6 septembre, de Mthuli Ncube, comme ministre des Finances du nouveau gouvernement zimbabwéen. En choisissant cet expert chevronné en économie, le président Emmerson Mnangagwa a donné un signal aux marchés et investisseurs internationaux, en droite ligne avec ses engagements de faire de la relance économique, une stratégie prioritaire de son mandat qui démarre.

« Un excellent choix au moment opportun. Félicitations à Mthuli Ncube nommé ministre des finances du Zimbabwe. Nous avons travaillé en étroite collaboration au groupe de la BAD où il fut vice-président et économiste en chef., avec un regard critique pour l’économie du Zimbabwe, de la région et du continent », a commenté l’ancien président de la BAD, l’économiste rwandais Donald Kaberuka, peu après l’annonce de la nomination.

Docteur en économie et finance de la prestigieuse université de Cambridge, au Royaume Uni, le professeur Mthuli Ncube est un spécialiste reconnu en économie, en finances et en politiques publiques avec une solide expérience dans le secteur financier privé, le monde universitaire et les politiques publiques. Il est ancien vice-président et économiste en chef de la Banque africaine de développement (BAD), enseigne à l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, et est membre du conseil du Forum des institutions monétaires et financières officielles (OMFIF), un organisme basé à Londres, ainsi que du Global Development Network basé à New Delhi, en Inde et à Washington. Comme consultant, il a conseillé divers gouvernements en Afrique sur la politique économique et les relations avec institutions financières internationales, en plus d’être auteur d’une quinzaine d’ouvrages économiques et en matière de développement des marchés financiers.

Un expert pour relancer la machine économique

C’est donc un fin connaisseur des difficultés conjoncturelles et structurelles des économies en voie de développement et notamment des pays africains, que le président Mnangagwa a fait appel pour relancer la machine économique du pays. Son expertise lui sera d’un grand secours pour établir le diagnostic d’une situation des plus critiques avec des indicateurs macroéconomiques dans le rouge depuis des années, qu’il va falloir assainir avant de se lancer dans la conquête d’investissements nécessaires pour retrouver une dynamique soutenue et durable et ainsi accélérer le rythme de croissance.

A ce sujet, son solide réseau et sa connaissance des institutions financières internationales, lui seront également d’un apport certain pour relever les défis multiples qui assaillent l’économie zimbabwéenne. Un lourd héritage de l’ère de l’ancien président, Robert Mugabe, à laquelle est venu s’ajouter des incertitudes économiques notamment la baisse des cours des matières premières ainsi qu’une absence de vision et de stratégie en matière de politique économique.

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L’une des priorités urgentes auxquelles, le ministre Mthuli Ncube entend d’ailleurs s’attaquer, c’est l’accélération du remboursement des arriérés dus par le pays à la Banque mondiale et à la BAD. C’est ce qu’il a indiqué ce lundi 6 septembre, à l’occasion de sa première conférence de presse au cours de laquelle il a souligné que cela est un préalable, avant qu’il ne s’attelle à l’élaboration d’un programme triennal visant à réduire les dépenses publiques.

Le Zimbabwe doit, en effet, à la Banque mondiale quelques 1,8 milliard de dollars, et sans le remboursement de cette dette ainsi que celle des autres partenaires financiers, aucune stratégie de reprise économique ne pourrait atteindre des résultats positifs.

Par la même occasion, il a annoncé que dans les prochains jours, le gouvernement va retirer du marché, les billets à ordre dans le cadre des mesures d’urgences destinées à réformer le marché financier. Le pays avait en effet abandonné sa monnaie nationale pour le dollar américain en 2009, après des années d’hyperinflation. En 2016, le gouvernement a introduit des billets obligataires en afin de réduire les graves pénuries de liquidités, lesquelles se sont toutefois aggravées alors que parallèlement, le marché noir continuait de prospérer. « Je vais être très clair sur le fait qu’il doit y avoir des réformes monétaires, car la politique monétaire actuelle ne fonctionne pas », avait-il d’ailleurs déclaré au quotidien gouvernemental, Sunday Mail, au lendemain de sa nomination.

Dans des propos rapportés par l’agence Reuters, Mthule Ncube a laissé entendre qu’il explorera trois options dont l’arrimage au rand sud-africain, le dollar américain comme monnaie unique avec le retrait du marché des billets obligataires, ou la réintroduction de l’ancienne monnaie locale, le dollar zimbabwéen. Toutefois, le ministre a reconnu que la monnaie locale ne serait introduite que lorsque le pays disposera de suffisamment de réserves de change et parviendra à une stabilité macroéconomique. Avec actuellement une couverture d’importation de deux semaines, selon les données de la banque centrale, une croissance en nette décélération et des défis sociaux immenses, le nouveau ministre des finances aura du pain sur la planche pour conduire à bon port la mission que lui a assigné le président zimbabwéen, celle de réussir le programme de redressement économique du Zimbabwe.

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Programme de réformes

Fort de ses atouts notamment son expertise qui fait consensus, le ministre des Finances, arrive en terrain connu. La preuve, le jour même de sa nomination, la Zimbabwe Broadcasting Corporation (ZBC), a publié sur son site, une tribune de Mthuli Ncube, dans laquelle il dresse une analyse succincte de la situation économique du pays ainsi que de ses solutions pour « la stabilité macroéconomique, l’assainissement budgétaire, et le renforcement de la confiance des investisseurs ».

« Le processus de création d’un environnement macroéconomique stable pour renforcer la confiance dans l’économie du Zimbabwe exige avant tout un cadre budgétaire clair au sein du ministère des finances, ainsi que le ciblage et le suivi des principaux indicateurs macroéconomiques. Deuxièmement, elle nécessite un processus d’assainissement budgétaire et une approche à moyen terme comme un horizon de trois ans pour la budgétisation. Troisièmement, cela nécessite une coordination institutionnelle entre le côté fiscal et le côté monétaire (avec la Banque de réserve du Zimbabwe). Enfin, les engagements externes et la visibilité auprès des principaux créanciers, des institutions financières internationale (IFI), des marchés financiers mondiaux et des partenaires du G20 seront nécessaires ainsi que la création d’un conseil consultatif économique international, par exemple, pour assurer la coordination institutionnelle est nécessaire », a décliné le professeur Mthuli Ncube, le nouveau ministre des Finances.

Tout un programme pour l’économiste, de qui il est attendu une thérapie de choc pour relancer la machine économique zimbabwéenne et qui a annoncé déjà, la création d’un comité de coordination macroéconomique entre le ministère des Finances, la Banque de réserve, mais aussi le ministère de l’Industrie, ceux du Commerce et du Travail ainsi que l’agence en charge des statistiques économiques, ZimStat, avec comme principale mission pour le cluster économique, de veiller à créer un environnement macroéconomique stable.

 

Source : La Tribune Afrique

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