Afrique du Sud-USA : la réforme agraire de Ramaphosa dans le collimateur de Trump

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Le ton continue de monter entre l’Afrique du Sud sur la réforme agraire qu’entend mettre en œuvre le président Cyril Ramaphosa. Après que le président Trump ait demandé à son secrétaire d’Etat, Mike Pompéo, d’enquêter sur des allégations de meurtres d’agriculteurs, le gouvernement américain a promptement réagit en dénonçant une ingérence américaine.

C’est pour l’heure, une guerre larvée à coup de tweets mais qui peut prendre une nouvelle tournure, que se livrent le gouvernement sud-africain et le président américain Donald Trump.

La pomme de discorde, la réforme agraire que le gouvernement sud-africain envisage de mettre en œuvre depuis des années et que le nouveau président, Cyril Ramaphosa, est décidé d’engager sur fonds de calculs électoraux à l’approche du prochain scrutin présidentiel pour désigner le successeur de Jacob Zuma.

Après que le président américain, Donald Trump, ait annoncé, mercredi 22 Août dans un tweet comme à son habitude, avoir demandé au secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, « d’étudier de près les saisies de terres et d’exploitation agricoles en Afrique du Sud », ainsi que « le massacre à grande échelle de fermiers », le gouvernement sud-africain a aussitôt réagit. Dans un tweet posté ce jeudi 23 Août, ce dernier a réfuté les accusations du président américain qu’il qualifie d’erronée. « L’Afrique du Sud rejette totalement cette perception étroite qui ne cherche qu’à diviser notre nation et nous rappelle notre passé colonial » a indiqué le gouvernement sud-africain qui a réitéré vouloir « accélérer le rythme de la réforme agraire d’une manière attentive et inclusive ».

Dans un communiqué publié par la suite par le Département de la coopération et des relations internationales (DIRCO), le chef de la diplomatie sud-africaines, Lindiwe Sisulu, a déclaré avoir « pris note des commentaires malheureux sur twitter du président des États-Unis d’Amérique, Donald J. Trump, sur la redistribution des terres et les allégations de massacre ».

« Il est regrettable que le tweet soit basé sur de fausses informations » a poursuivi la ministre qui a chargé son cabinet de convoquer l’ambassade des États-Unis à Pretoria aux fins d’obtenir des éclaircissements sur la question. Des échanges avec le secrétaire d’état américain, Michael Pompeo, sur le sujet sont également annoncés, mais par voies diplomatiques et le ministre Sisulu a tenu à rappeler que l’Afrique du sud a de bonnes relations politiques, économiques et commerciales avec les États-Unis d’Amérique et que les voies diplomatiques restent ouvertes pour clarifier les questions d’intérêt mutuel.

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Réponse du berger à la bergère

Comme une réponse du berger à la bergère, le gouvernement sud-africain a promptement répondu à l’administration Trump. Il faut dire que le tweet du président américain fait suite à un reportage publié par la chaine américaine Fox News, ce mercredi 21 Août, sur l’épineux dossier de la réforme agraire ainsi que l’exploitation des terres en Afrique du sud. Dans le reportage, l’auteur rapporte ainsi que le président sud-africain Cyril Ramaphosa a entamé le processus « d’expropriation des terres de ses propres citoyens, sans compensations et uniquement en raison de leur couleur de peau ». Des propos qui sous-tendent explicitement que les fermiers blancs sont visés par les procédures d’expropriation qu’envisagent le gouvernement sud-africain comme l’a annoncé, le 1er août dernier, le président Cyril Ramaphosa. Il a en effet annoncé que son parti, le Congrès national africain (ANC), va engager une modification de la constitution afin de permettre l’expropriation de terres sans compensation. Le projet, s’il est adopté par le Parlement, va évidemment concerner fermiers blancs qui détiennent encore la plupart des terres sud-africaines, depuis la fin de l’Apartheid et malgré les réformes mises là jusqu’en œuvre mais dont les résultats sont encore insignifiants.

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Bien que certains analystes estiment que la mise en œuvre de cette nouvelle réforme sans compensation financière aux expropriés puisse engendrer un important manque à gagner à l’Etat ainsi que des risques d’échec, le président sud-africain qui est candidat au prochain scrutin présidentiel, est décidé d’aller jusqu’au bout de sa réforme. D’autant que les surenchères électorales et politiques amplifient les tensions sur cette problématique avec la proposition du parti des «Economic Freedom Fighters» de Julius Maliema, de nationaliser les terres, une réforme plus radicale que celle qu’envisage le gouvernement ANC.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement sud-africain élève le ton contre Donald Trump. En janvier dernier, le pays a tenu à réagir à travers le ministère des Affaires étrangères, sur les propos attribués à l’actuel locataire de la Maison Blanche, et qualifiant les pays africains de « pays de merde ». Si à l’époque, la tension est vite retombée, cette fois, le dossier au cœur de la discorde, risque d’aller au delà de cette guerre larvée à coups de tweets.

 

Source : La Tribune Afrique

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