RCA, le compte n’y est pas encore  ! [Tribune]

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Demain sera que la somme de nos démissions et autres atermoiements. La RCA empêtrée dans une crise sans fin où exactions et autres innommables ont été le lot de la population. Les Nations-Unies présentes montrent qu’elles n’ont une lecture précise des enjeux. Cette situation résulte d’une absence de prise de conscience des politiques sur les racines de la crise. Le pouvoir en place dirige le pays comme si ce drame n’avait existé et qu’il ne suffisait que de … Les différentes formules essayées n’ont donné de résultat à telle enseigne que la dernière trouvaille est d’organiser un énième dialogue de la dernière chance. Pourtant celui de 2014 était déjà qualifié de dernière chance.

Après que la Russie, profitant de certaines dispositions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, ait fourni à la RCA des armes en dépit de l’embargo inique décidé par ce même conseil de sécurité. Le pouvoir en place a commencé le redéploiement de l’armée centrafricaine dans certaines villes du pays.

Mais des régions importantes du pays sont restées hors du contrôle de l’Etat dans le Sud-est, le Centre-est, le Nord-est et voire le Nord-ouest. Par leur nature, ces régions précitées convergent sur trois particularités majeures : la première est qu’elles sont toutes frontalières, la seconde est qu’elles regorgent des matières premières exploitables immédiatement ; et la troisième, l’intervention onusienne inefficace et inadaptée y joue un rôle direct et essentiel, sans compter la main tchadienne qui concentre les différentes ingérences étrangères.

Les forces d’agression (les groupes armés) contre la RCA en général, et les forces d’ingérence en particulier essaient sans relâche de créer un environnement dramatiquement hostile à la RCA en lui traçant des lignes rouges pour l’empêcher de tenter de libérer sa terre et son peuple… Le dernier reportage de France24 tient à signifier à la RCA que le reste du territoire contrôlé par les groupes armés au profit de l’étranger ne peut être restitué à l’Etat Centrafricain qu’en accord avec ses puissances extérieures via leurs proxys que sont les groupes armés et les pays frontaliers…

Absence de positionnement de l’Etat : un message clair est nécessaire

Pour autant, la RCA est confrontée à des carences inimaginables en pareilles périodes ; ce, de la part de ses dirigeants et de l’ensemble de la classe politique. Cette assertion pourrait être confortée par ces quelques interrogations : la RCA, à travers ses dirigeants, s’est-elle donnée la mission de libérer le territoire quels que soient les obstacles et les difficultés ? A-t-elle préparé une stratégie de libération spécifique à chaque circonstance et adaptée à chaque zone (sous domination des groupes armés) ? Jamais le chef de l’Etat Centrafricain n’a manifesté distinctement sa volonté de libérer le pays. Par contre il n’a cessé de tenir des positions éloignées et ambiguës. Il plaide le dialogue sans préalable avec les groupes armés. Il récuse sournoisement le dialogue initié par l’Union Africaine pour encourager un autre initié à Khartoum…

Avec ces ambivalences, la RCA fait nourrir les spéculations et monter les enchères. Avec de telles perspectives, les citoyens Centrafricains des zones sous contrôle des groupes armés ne peuvent y trouver les signes encourageants pour se mouvoir sans craindre la réaction des rebelles. Et du coup, l’environnement incubateur à une prétendue partition ne paraît plus répulsif, acceptant même la présence des groupes armés. Les civils longtemps abandonnés par le pouvoir de Bangui ne se sont senti opprimés par ces groupes armés ; et donc difficile de manifester leur attachement à la citoyenneté centrafricaine et au gouvernement légitime depuis Bangui.

Des alternatives ?

La RCA pour disposer de sa terre et de son peuple dans toute sa diversité doit faire sa mue pour donner de la clarté dans son approche de la crise. Des points saillants doivent concentrer de la vigueur et de l’ambition

  • Le contrôle des préfectures du Sud-est doit être total accompagné du retour de l’administration et des différentes activités tant économiques que sociales. Ceci permettra de rassurer les différentes populations « en conflit » et mettra la pression sur la présence rebelle dans les régions du Centre-est du pays. Une telle possibilité est une question de temps, relativement court.
  • L’impératif de bâtir une politique sociale globale et surtout susceptible d’être adaptée à la spécificité de chaque région en cohérence avec leur passé avec la république.
  • Trouver des mécanismes à la fois légaux, régionaux et voire internationaux pour la démolition du pont d’intervention « tchadien » à l’intérieur du Centrafrique. Le dialogue prôné par l’Union Africaine – en réalité, initiative tchadienne – est en vrai une nouvelle impasse que le pays-proxy tente de cacher en la faisant endosser par cette institution, mais en même temps la sabotant en multipliant les contacts avec des personnalités honnies de la population centrafricaine car considérées de responsables en grande partie de la crise.
  • Un autre point faisant partie de la stratégie est de briser l’isolement de la RCA. Le point de passage frontière avec le Tchad et le Soudan était favorable aux forces d’agression. Toujours avec une approche internationale, trouver les mécanismes susceptibles pour contrôler ces points de passage des groupes armés et des armes à l’intérieur de la RCA pour lui nuire. Ces frontières devront être transformées en une sorte de portail économique bénéficiant, à la fois aux trois pays (Centrafrique-Soudan-Tchad) ; Le corridor avec le Cameroun sert de bouffée d’oxygène mais peut vite se muer en goulot d’étranglement et du régime, et du pays. Ainsi penser l’ouverture de la RCA via ses flancs Sud et voire Est pour parer à de telles éventualités.
  • Le message le plus important est le message militaire de détermination à adresser au Tchad et compagnie pour signifier que la RCA ne craindra une bataille pour libérer les régions frontalières en commençant par les régions Centre. Pourtant, les autorités militaires et politiques ont échoué à envoyer ce message. L’échauffourée entre les FACA (en provenance de Bangui et à destination de Bangassou) et les éléments de l’UPC à Bambari est un incident inacceptable profitant aux groupes armés. Jamais il ne devrait y avoir négociation entre les forces régulières et les rebelles de l’UPC pour traverser Bambari, qui d’ailleurs devrait être le lieu de tous les défis à relever servant de message de détermination à envoyer aux différents groupes armés ; il ne serait vain de rappeler que Bambari est la deuxième ville importante de la RCA.

Le monde est en pleine mutation géopolitique. Cette mutation risque d’entraîner la fin de certains pays avec leurs contours connus. Chaque Etat doit renforcer ses bases si elles existent ; dans le cas contraire en créer en sanctuarisant chaque recoin du territoire et sacralisant la population dans toute sa diversité. Cette approche paraît être une montagne difficile à gravir et révèle que les comptes n’y sont encore pour que la RCA redevienne un Etat à part entière. Aujourd’hui elle n’est qu’un ensemble de territoire gorgé de richesses où la population n’est que du détail, pis du bétail…

 

Source : La Tribune Afrique

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