Gabon : le mauvais présage de Fitch pour Ali Bongo

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L’agence internationale de notation financière, Fitch, vient de revoir négativement le profil de risque du Gabon. En cause notamment, l’incertitude politique qui ne cesse de s’amplifier pour le pays mais aussi et surtout pour le régime d’Ali Bongo. A quelques mois des prochaines législatives attendues depuis deux ans, le chef de l’Etat gabonais a pris des mesures d’austérités anti-populaires qui risquent de se retourner contre lui.

L’avenir s’annonce des plus sombres pour Ali Bongo, à en croire Fitch qui vient de revoir à la hausse, l’ampleur des risques politique que courre le Gabon mais aussi le chef de l’Etat. Les dernières mesures d’austérités imposées, sous pression du FMI, par le  gouvernement ne sont pas de bon augure pour le locataire du Palais du bord de mer ! A moins de trois mois des élections législatives, fixées désormais au mois d’octobre après deux ans d’attente, les réductions opérées dans les salaires du secteur public ainsi que les mesures dites « de rationalisation budgétaire », ont amplifié les risques sur le profil pays mais aussi sur l’image du chef de l’Etat.

« Les réductions des dépenses publiques et l’incertitude sur le calendrier des élections législatives qui accusent déjà un retard, augmentent le risque de troubles au Gabon au cours des prochains mois » a annoncé Fitch dans une note d’analyse publié, cette semaine, et réalisé par BMI, sa filiale spécialisée dans l’analyse de risque pays, la veille stratégique et l’intelligence économique. Le rapport a toutefois été publié avant que les dates officielles des législatives ne soient dévoilé, mercredi 8 Août dernier. Pour l’agence de notation internationale, les mesures antisociales imposées, tendent également à altérer la popularité du chef de l’Etat dont la réélection, en septembre 2016, a été et continue d’être contestée.

« Les réductions budgétaires adoptées pour maîtriser la masse salariale publique vont probablement miner le soutien du président Ali Bongo Ondimba parmi l’élite politique, et renforceront probablement les chances de l’opposition de mener une campagne électorale compétitive », a estimé Fitch dans son évaluation de la situation ainsi que des perspectives pour le pays.

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Montée des risques politiques

« L’incertitude nuit au profil de risque » souligne l’agence internationale qui a révisé à la baisse, le score du Gabon dans son « indice de risque politique à court terme ». Sur une échelle de 100, il passe de 58,8 à 57,5 selon les propres estimations de Fitch. Si cet indice n’est qu’un outil interne élaboré à partir des propres critères de l’Agence et donc qui peuvent prêter à diverses critiques, les raisons elles, sont étayées par des faits et des prévisions assez pertinentes.

Selon Fitch, donc, «la stabilité politique restera précaire dans les mois à venir ». La genèse des dernières péripéties qui ont émaillés la vie politique gabonaise ces derniers mois, attestent de la montée en puissance de ces risques. C’est le cas notamment de la dissolution, le 30 avril par la Cour constitutionnelle, de l’Assemblée nationale ainsi que la démission du premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet. Si ce dernier a été reconduit par la suite, le pays n’a, à l’heure actuelle, pas de Parlement. Or pour les auteurs de la note, « la dissolution du pouvoir législatif renforce l’incertitude ». Depuis aussi, des crispations sont apparues entre une opposition qui ne cesse de se renforcer même si certains de ses cadres ont rejoint le camp du pouvoir. Pour Fitch, ces divisions au sein de l’élite politique du pays, notamment autour d’Ali Bongo, contribuent aussi à amplifier les risques sur l’avenir politique du chef de l’Etat.

En mauvaise posture, Ali Bongo tente de reprendre la main

Ce n’est pas la première fois que Fitch estime malsain, le climat politique qui règne à Libreville ainsi que la montée des risques pour le chef de l’Etat. Cette fois, pourtant, au-delà des risques politiques, c’est l’impopularité des mesures d’austérités qui risque de « compromettre le président Ali Bongo », lit-on dans le document.

« Le gel de recrutement dans la fonction publique présente un risque croissant de déclenchement de troubles. Alors que nous avions précédemment estimé que la participation de l’opposition au processus électoral avait réduit le risque de troubles à court terme, l’annonce inattendue du gouvernement, en juin, d’un effort important visant à réduire les dépenses que coûtent les salaires dans le secteur public, constitue un nouveau déclencheur potentiel », alerte Fitch.

Ali Bongo se trouve donc en mauvaise posture et ce n’est pas uniquement Fitch qui l’apprécie ainsi. A la contestation politique, est venu s’ajouter une fronde sociale qui est en train de prendre de l’ampleur. Plusieurs syndicats rejettent en effet les mesures d’austérités adoptées par le gouvernement et mettent sur le compte de la mauvaise gouvernance du pouvoir par le Parti démocratique (PDG), le parti présidentiel, la conjoncture engendrée par la baisse des cours du pétrole de 2014.

Le président Ali n’a certainement pas lu le rapport avant d’annoncer une opération de charme à l’endroit de l’opinion. Mais son camp semble bien en saisir les enjeux ainsi que les risques du contexte actuel qui est loin d’être favorable à l’image du président dans l’opinion. Une opportunité pour l’opposition qui pourrait engranger plus de voix et mettre le régime en cohabitation en cas de succès aux prochaines législatives. Le pouvoir tente en tout cas de reprendre la main comme en témoigne cette initiative prévue pour le 17 août prochain, date de la célébration de la fête nationale. Ali Bongo a décidé ce jour, d’échanger avec les citoyens sur les grandes préoccupations de l’heure à savoir l’économie, la politique et le social.

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Perspectives économiques en berne

En attendant, le contexte n’est pas sans affecter les perspectives économiques du pays qui est encore loin de sortir de la conjoncture malgré l’assistance financière du FMI et les résultats enregistrés dans la mise en œuvre de certaines réformes. « L’incertitude politique pèsera sur l’investissement », ont souligné les auteurs du rapport. Bien que le document s’est fortement appuyé sur une poursuite du vide législatif, Fitch estime que « les protestations et les troubles potentiels affaibliront la capacité du gouvernement à faire adopter des lois, tout en augmentant la probabilité que les partis d’opposition présentent un sérieux défi au PDG, au pouvoir ».

Selon le rapport, cela pourrait par exemple affecter la capacité du gouvernement à poursuivre la dynamique de réformes pourtant nécessaire pour diversifier l’économie du pays. C’est le cas par exemple de la réforme des lois sur les hydrocarbures, ce qui, selon l’ équipe Oil & Gas de BMI/Fitch, « est nécessaire pour soutenir les activités de l’exploration en amont ».

 

Source : La Tribune Afrique

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