Khalifa Sall : libération retardée des grilles de la « Bastille sénégalaise »

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A la lecture du verdict, ses partisans ont parcouru le visage de Khalifa Sall, drapé dans son grand boubou blanc gominé. Pas la moindre grimace du maire de Dakar qui a écouté sans réagir au verdict du juge Demba Kandji qui le renvoie derrière les grilles de la cellule spéciale de la prison urbaine de Rebeuss, surnommée la «Bastille sénégalaise». La bataille judiciaire devrait se prolonger dans le prétoire de la Cour Suprême pour une libération que beaucoup jugent presque «impossible».

L’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO, un des derniers espoirs de voir Khalifa Sall libre, s’est heurté au «non» du juge Demba Kandji. Le 1er Président de la Cour d’Appel a passé outre cette décision de la juridiction sous-régionale pour renvoyer le maire de Dakar derrière les barreaux pour continuer à purger la peine de 5 ans de prison et les 5 millions de FCFA d’amende qui lui ont infligés en première instance.

Kandji passe outre le «vice de procédure» de la CEDEAO

Et pourtant, le 29 juin dernier, la Cour de Justice de la CEDEAO avait rendu un verdict condamnant l’Etat du Sénégal à verser 35 millions de FCFA à Khalifa Sall à titre de dédommagement. La Cour basée à Abuja répertoriait dans son jugement, une détention arbitraire, une violation des droits et de l’immunité parlementaire de l’édile de la capitale.

Un «vice de procédure» que la défense a vite fait de verser au dossier pour réclamer la libération de Khalifa Sall, soulever des exceptions de nullité et même demander un renvoi du procès. En face, les avocats de l’Etat, même s’ils soutenaient le paiement du dédommagement infligé par la CEDEAO, estimaient que la juridiction basée à Abuja ne pouvait s’ingérer dans les affaires dépendantes de la justice sénégalaise.

Dans la salle d’audience numéro 4 du Tribunal de Dakar, rythmée par les huées et les cris de galvanisation, le juge Demba Kandji, qui a parfois usé de son pouvoir pour faire évacuer une partie du prétoire, a finalement tranché en faveur du maintien en détention de Khalifa Sall. Même s’il reconnaît «le caractère obligatoire et exécutoire des arrêts de la Cour communautaire au Sénégal», Demba Kandji estime dans son jugement que «la Cour de justice de la CEDEAO ne peut se substituer aux juridictions nationales car ce n’est pas une Cour d’appel fédérale».

Emprisonné à la «Bastille», Khalifa Sall dans les starting-blocks de la présidentielle

De la salle d’audience où il était entré avec confiance dans son grand boubou gominé blanc immaculé, Khalifa Sall en est ressorti avec un aller express derrière les barreaux de sa cellule spéciale de Rebeuss, la prison urbaine la plus peuplée du Sénégal. Tout n’est pas perdu pour autant.

Les avocats de Khalifa Sall vont introduire un pourvoi en cassation. Les prétoires de la Cour suprême seront donc les derniers champs de la bataille politique, judiciaire et médiatique pour la libération de Khalifa Sall. A l’approche de la présidentielle du 24 février, l’enjeu est hautement politique.

S’il caresse un rêve présidentiel, Khalifa Sall, après avoir osé la dissidence au PS d’Ousmane Tanor Dieng, l’allié de Macky Sall, devra, comme pour les législatives 2017, mener sa campagne pour la conquête du Palais de la République depuis… sa cellule carcérale. Une équation que ces équipes de campagne avaient résolue en le faisant élire député. Pour l’heure, en jouant la montre grâce à la multiplication des recours, des exceptions de nullités, ses avocats ont réussi à positionner leur clients sur l’échiquier politique pour la présidentielle de 2019. En l’état actuel de la procédure, Khalifa Sall peut encore prendre place dans les starting-blocks de la Course au Palais.

Sept mois séparent les Sénégalais de la présidentielle 2019. Il faudra plus ou au moins autant de temps aux juges de la Cour suprême pour rendre un verdict qui pourrait invalider définitivement la candidature de Khalifa Sall. Mais pour qui sait la promptitude de la justice sénégalaise à accélérer les dossiers qui lui sont présentés, toutes les hypothèses se conjuguent au conditionnel. Tout comme le dernier espoir d’une libération presque impossible de Khalifa Sall des grilles de Rebeuss qu’on surnomme la « Bastille sénégalaise».

 

Source : La Tribune Afrique

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