RDC : « La nouvelle génération d’entrepreneurs veut développer le Congo Tech » [Interview]

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La première édition du Congo Business Forum, organisée par le Congo Millenium Business Forum (CMBC) -réseau de professionnels et d’experts issus de la diaspora congolaise- s’est tenue le 30 juin dernier à Paris. L’événement a accueilli hommes d’affaires et investisseurs, membres de la diaspora congolaise à travers le monde et «amis» de la République démocratique du Congo (RDC) pour discuter des opportunités qu’offre le monde des affaires dans ce pays d’Afrique centrale. Jean Ishaku, cofondateur et CEO de Black Fahrenheit -une agence de conseil en communication événementielle basée à Paris- et président du CMBC, revient pour La Tribune Afrique, sur cet événement, évoque la nécessité de faire émerger les champions congolais et nous éclaire sur la méticuleuse question de l’environnement des affaires dans le contexte socio-politique actuel en RDC. Interview.

La Tribune Afrique : Vous avez organisé le 30 juin à Paris la première édition du Congo Business Forum. Quelle est la symbolique derrière le choix de cette date ?

Jean Ishaku : L’attachement à la date du 30 juin fait écho en chacun de nous. C’est le jour où conscients de ce que nous sommes en tant que peuple, nous avons décidé de prendre notre destin en main pour écrire un nouveau chapitre de notre histoire, celui de l’Indépendance. Une prise en main qui passe d’abord par la responsabilité. C’est ce que nous voulons concrétiser et valoriser avec le Congo Business Forum. Responsabiliser les professionnels et milieux d’affaires de la diaspora et, ensuite, construire une vision concertée. La RDC est et demeure un pays aux multiples ressources et opportunités. C’est un pays de résilience et de réinvention. Et c’est également cette dynamique que nous portons au sein du CMBC.

Quels sont les objectifs de l’événement ?

Déjà, le Congo Business Forum a pour ambition de devenir un rendez-vous important. L’événement poursuit trois objectifs à savoir favoriser la coopération économique multilatérale en mettant l’accent sur le potentiel économique de la République Démocratique du Congo. Il est toujours bon de rappeler que de par sa taille, la RDC est le pays le plus peuplé de l’espace francophone. Autant dire que sur les deux aspects, ses atouts ne sont plus à démontrer.

Le deuxième objectif est de soutenir la dynamique entrepreneuriale. Les PME, PMI et Start-ups sont le socle d’un tissu économique stable. Il est donc primordial de venir en appui à la création, à la gestion et au développement des entreprises. La viabilité de ces projets engendrera inéluctablement une croissance inclusive pour les Congolais et les pays de la sous-région.

Enfin, le dernier objectif poursuivi est de définir et organiser le rôle de la diaspora. Cet aspect est central. Les Congolais sont fortement établis en Europe et en Amérique. Il s’agit donc de faire de cet ancrage un atout majeur pour l’essor de la République Démocratique du Congo. Cela va impliquer de : créer des coopérations «gagnant-gagnant», positionner le secteur privé comme un partenaire économique majeur, faire appel à l’expertise de la diaspora et imposer le Congo Business Forum comme un événement de poids pour les investisseurs.

Cette première édition visait à poser les bases de cette nouvelle dynamique et sensibiliser, les différentes plateformes sur l’importance de créer des synergies et de définir une vision commune. Elle très satisfaisante sur bien des points. Le contenu, les échanges et la participation attestent que nous sommes sur la bonne voie. Le thème de l’investissement est au cœur des préoccupations des Congolais et de la diaspora. Ainsi adresser ce point était plus que d’actualité. Naturellement, on ne peut pas balayer tous les aspects en un seul jour. C’est la raison pour laquelle nous comptons proposer de nouvelles rencontres au cours de la prochaine saison et nous donnons déjà rendez-vous en 2019 pour le second Congo Business Forum qui aura lieu à Bruxelles.

«La population congolaise est souvent caricaturée. Or, il existe une majorité discrète, formée et travailleuse établie dans beaucoup de pays à travers le monde et qui manifeste aujourd’hui cette ferme volonté d’entreprendre ou d’apporter son capital humain.»

L’entrepreneuriat congolais est relativement peu connu sur la scène internationale. La conférence est donc un moyen de mieux faire connaitre les champions congolais du monde des affaires…

En effet, très peu d’entreprises et de capitaines d’industries congolaises s’illustrent à l’international. Nous travaillons pour leur permettre d’intégrer les normes internationales et de pouvoir dans le futur concourir au niveau régional et continental.

La population congolaise est souvent caricaturée. Or il existe une majorité discrète, formée et travailleuse établie dans beaucoup de pays à travers le monde et qui manifeste aujourd’hui cette ferme volonté d’entreprendre ou d’apporter son capital humain. C’est pour porter la voix de cette majorité que le CMBC existe. L’intérêt est double : d’une part faire prendre conscience du potentiel du pays et d’autre part, permettre au milieu des affaires d’identifier les partenaires fiables et compétents.

Quels sont les secteurs d’activité qui intéressent le plus les entrepreneurs et investisseurs congolais en ce moment ?

Les entrepreneurs Congolais pour une bonne partie s’intéressent au secteur des services : la communication, le marketing, l’évènementiel, les ressources humaines, le secteur bancaire pour en citer quelques-uns.

Avec une activité naissante mais une dynamique qui demande à être accompagnée financièrement, la nouvelle génération travaille pour développer la Congo Tech. En effet, le digital prend de l’ampleur avec des structures et initiatives qui se multiplient à l’instar de WapiMed, Lumumba Lab, Start IT Congo, Congo iHub, Silikon Bantu, Eteyelo Services, Konnect et Kinshasa Digital.

Plus largement, ce sont les secteurs de l’agriculture, du développement durable et de la construction qui séduisent de plus en plus. Le salon Expo Beton qui fait la promotion des investissements dans le domaine de la construction et dont la prochaine édition se tiendra mi-septembre à Kinshasa en est une illustration.

«Malgré le statu quo politique et le calendrier électoral, le business ne s’arrête pas.»

La RDC est classée 182 sur 190 pays à travers le monde dans le rapport Doing Business 2018. Un classement pas très encourageant pour les investisseurs. Comment susciter leur intérêt en dépit de telles études sur l’environnement des affaires ?

Ce que ce classement ne dit pas, c’est combien d’affaires se font loin des radars ? Cependant, nous sommes conscients du challenge qui nous attend pour convaincre les sceptiques. Malgré le statu quo politique et le calendrier électoral, le business ne s’arrête pas. Et c’est ce que nous tentons de démontrer avec le Congo Business Forum. Avec nos différents partenaires, nous faisons un travail de sensibilisation auprès des organismes de promotion de l’investissement, auprès des pouvoirs publics, des chefs d’entreprises et des investisseurs locaux pour promouvoir un meilleur climat des affaires en RD Congo.

Notre pays est une terre d’opportunités unique au monde. Il dispose de différentes caractéristiques souvent méconnues :  deuxième «poumon de la planète» avec sa forêt équatoriale qui contient une biodiversité unique ; deuxième bassin fluvial du globe qui a un potentiel hydro-électrique de 100 000 mégawatts ; 80 millions d’hectares de terre arable dont moins de 10% sont exploités -ce potentiel agricole pourrait nourrir toute l’Afrique, l’Europe, les Etats-Unis et le Canada combinés- ; territoire aux projections démographiques insolentes aujourd’hui peuplé de plus de 80 millions d’habitants, dont 65% a moins de 25 ans ; sous-sol regorgeant plus de 1 100 minéraux et métaux précieux répertoriés dont l’uranium, le cuivre (10% des réserves mondiales), le cobalt (65% des réserves mondiales), le diamant, l’or et le coltan qui représente 75% des réserves de la planète. Ces ressources minières sont estimées à presque 24 billions de dollars américains.

La République Démocratique du Congo est donc un marché colossal que beaucoup d’entreprises multinationales ne peuvent ignorer et où tout reste à construire. Pour les entreprises intermédiaires, il y a des opportunités dans tous les domaines d’activités. Il est possible d’apporter son expertise et son savoir-faire et ainsi contribuer au développement. Le pays s’est doté récemment d’une législation pour faciliter les investissements privés étrangers. Il a également mis en place des coopérations économiques avec des nombreux Etats dont ceux de l’Union Européenne, les Etats-Unis, le Japon, la Chine, la Turquie et j’en passe.

En conclusion, les agences de notation et organisations internationales font le travail pour lequel elles sont financées, analyser des données et octroyer des notes pour classer un pays selon leurs propres critères.  De leur côté, les entrepreneurs se battent pour développer l’économie d’un pays et faciliter le quotidien de millions de Congolais qui aspirent à une meilleure qualité de vie.

Notre action vise à encourager toute personne qui souhaite investir ou apporter son capital humain en République Démocratique du Congo. Pour ce faire, nous mettons en place des dispositifs et un réseau pour préparer au mieux et accompagner les uns et les autres dans leur démarche.

A votre avis, quelles urgences le pays devrait-il régler en vue d’améliorer son positionnement dans ce type de classements très consulté à l’échelle mondiale ?

Le principal défi, qui effectivement relève de l’urgence, est l’investissement dans le capital humain. Mettre le Congolais au cœur des préoccupations en favorisant l’éducation des jeunes et des femmes, et la formation plus généralement.

Le transfert des compétences est un élément clé pour redresser le pays. En effet, les entreprises ont besoin d’une main-d’œuvre qualifiée pour garantir la pérennité de leurs activités. En parallèle, c’est poursuivre les efforts pour créer un climat des affaires fiable et gagner la confiance des partenaires du Congo. Les pouvoirs publics gagneraient à aller encore plus loin, en développant par exemple le partenariat public privé (PPP).

 

Source : La Tribune Afrique

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