Lutte contre la corruption en Afrique : des paroles, en attendant les actes !

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C’est le thème principal du 31e sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) qui a décidé de faire de cette année, celle de la lutte contre la corruption. A Nouakchott, il y a eu certes le rapport d’étape du champion de la question, le nigérian Muhammadu Buhari, ainsi que la prise de parole de plusieurs dirigeants africains mais aucune décision d’importance majeure n’a été prise.

Du déjà vu ! C’est largement le sentiment qui s’est dégagé à la fin des travaux du 31e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africain (UA) sur la question de la lutte contre la corruption. C’était pourtant sous le thème, «remporter la lutte contre la corruption, une voie durable vers la transformation de l’Afrique» que s’est tenu le sommet et la dernière journée du conclave des chefs d’Etat a été d’ailleurs consacré à ce fléau qui «entrave le développement du continent» selon les mots mêmes de l’hôte du sommet, le président Mohamed Ould Abdelaziz. Autant dire que les attentes étaient immenses au sein de l’opinion africaine d’autant que l’année 2018 a été placée par l’UA comme celle de la lutte contre la corruption. Un engagement politique fort donc mais qui n’a malheureusement pas abouti à des décisions concrètes si ce n’est le rappel des conséquences sur l’agenda de transformation économique de la corruption, «le pire mal de l’Afrique» selon Muhammdu Buhari, commis par ses pairs pour chapeauter le processus d’atténuation du fléau.

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Le président nigérian a d’ailleurs présenté un bilan à mi-parcours de ce qui a été fait depuis le dernier sommet d’Addis Abeba de janvier dernier au cours duquel les dirigeants africains se sont engagés à faire de cette problématique une priorité. A l’évidence, le bilan est assez maigre vu qu’aucune avancée notable qui va au-delà des réunions ou engagements n’a été enregistrée. «Alors que nous continuons de commémorer l’année africaine de la lutte contre la corruption, le fléau des flux financiers illicites continue de remettre en cause nos acquis et nos aspirations inscrits dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine et des Objectifs de développement durable des Nations Unies» a mis en exergue le président nigérian qui a plaidé pour plus d’engagement de la part des Etats et surtout un renforcement de la coopération et des échanges des bonnes pratiques entre les pays du continent.

Rapatriement des fonds illicites, un autre défi pour le continent

Dans son rapport, le chef de l’Etat nigérian a plaidé pour le rapatriement des avoirs volés et placés dans des comptes à l’étranger tout en insistant sur la nécessité de mettre fin aux complexes et difficiles formalités et procédures juridiques. De l’avis de Buhari, qui se base sur l’expérience qu’il est en train de mener dans son pays mais qui reste confronté à d’énormes obstacles, c’est aussi un enjeu majeur dans le cadre de la lutte contre la corruption.

Des échanges ont certes été menées durant le huis-clos et la présentation du rapport et des mesures ont été annoncées à travers des résolutions adoptées à la fin du sommet. Elles visent notamment à créer un mécanisme de suivi permettant la lutte contre la corruption à l’intérieur des Etats et à l’échelle transnationale mais devant le peu de volonté politique sur le terrain, ces mesures s’annoncent comme de nouvelles promesses en l’air. C’est du reste ce qu’a presque avoué le président de la Commission de l’UA, Moussa Mahamat-Faki, en soulignant que la lutte contre la corruption est un combat difficile et qui requiert surtout un engagement permanent de tous les acteurs concernés. Le président de la commission de l’UA a estimé aussi nécessaire de rappeler aux dirigeants africains que le combat contre la corruption doit être global si l’on tient compte du fait qu’en 2018 encore la corruption prive l’Afrique de près de 50 milliards de dollars chaque année. «Tous les pays africains sont concernées, d’une manière ou d’une autre, à des échelles plus au moins grandes» a ajouté l’ancien premier ministre tchadien qui se veut pragmatique et surtout pédagogue pour ne pas effleurer les sensibilités.

«La corruption est un phénomène général et non pas uniquement africain, et le processus de lutte contre ce fléau, sur lequel l’UA travaille en étroite collaboration avec les Etats membres, est extrêmement difficile. C’est un combat de tous les jours et qui concerne tout le monde d’où la nécessité d’une coopération renforcée entre les administrations nationales des pays africains et les institutions financières pour notamment lutter contre les flux financiers illicites» a estimé Moussa Faki-Mahamat lors de la conférence de presse de clôture du sommet.

Des paroles en attendant des actes

Plusieurs dirigeants africains ont été invités à s’exprimer sur le sujet comme c’est le cas de ceux du Maroc, du Burkina, de l’Algérie, du Mozambique ou de l’Egypte. C’est ainsi que s’exprimant au nom du président Abdelaziz Bouteflika, le premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, a mis en avant le fait que «la corruption n’est pas une triste singularité africaine comme veulent le faire croire certains discours tenus ici et là ». D’après lui, «malgré les limites objectives qui pèsent encore sur ses moyens, l’Afrique peut s’honorer d’avoir pris à bras le corps la lutte contre la corruption, ce crime dangereux pour le développement et même pour la stabilité de nos pays».

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Le roi du Maroc, a également inscrit son message dans la même tendance. Dans un discours prononcé en son nom par Nasser Bouritta, le chef de la diplomatie chérifienne, Mohammed VI a fait observer que «la corruption, ce n’est pas seulement un problème moral ou éthique, puisqu’elle a aussi un coût économique, qui grève le pouvoir d’achat des citoyens, et notamment des plus pauvres. Dans certains secteurs d’activité, elle représente 10% du coût de production». Le souverain marocain a en effet fait remarquer que même si, dans le combat que mène le continent contre la corruption, certains pays africains obtiennent de meilleurs résultats que d’autres, parfois plus développés, «la dynamique en cours, masque malaisément une réalité moins radieuse». «Trop d’entraves et de difficultés, minent encore les efforts, qui conduiront à l’émergence» a fait souligner Mohammed VI pour qui parmi ces obstacles majeurs, «se dresse le mal endémique de la corruption, qui ronge nos sociétés».

«La corruption n’est pas une fatalité africaine. La lutte contre ce fléau doit être érigée en priorité, car il s’agit du plus grand obstacle au développement économique et social, et à l’épanouissement de notre jeunesse. Le bien de nos peuples passe par la prévention et la responsabilisation de tous les acteurs de nos sociétés. Ce chantier nécessite un engagement politique sincère : il est possible de faire face à la corruption grâce aux efforts soutenus de l’action publique, et à la nécessaire implication civique. Pour cela, nous nous devons de mettre en cohérence les paroles et les actes à chacun de nos rendez-vous», a adressé le roi Mohammed VI à ses pairs du continent.

De la parole aux actes, c’est aussi le vœux pieu des africains alors que malgré quelques avancées dans certains pays et des initiatives «coup d’éclat», le mal continue de progresser. Au regard du maigre bilan de Nouakchott, on est encore loin de la coupe aux lèvres ce qui ne surprend pas certains commentateurs qui font remarquer que même les cas de corruptions rapportées par ses membres, n’ont pas eu de suite appropriée au niveau de la Commission. C’était le cas, il y a quelques semaines, des révélations faites par un membre du conseil consultatif de l’UA en charge de la lutte contre la corruption qui a préféré quitter le navire après avoir dénoncé des pratiques de corruption au niveau de certains organes relevant de l’institutions continentales comme le NEPAD ou le Parlement de l’UA. Cela veut tout dire…

 

Source : La Tribune Afrique

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