Érythrée-Ethiopie : le temps de la paix !

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Vingt ans que les braises d’un conflit incendiaire, devenu latent par la suite, ont couvé sous les cendres. Mais depuis l’annonce de la visite d’une délégation érythréenne à Addis-Abeba, l’Ethiopie et son voisin l’Erythrée ont montré les prémices d’une marche pressée vers la paix entre les deux pays de la Corne de l’Afrique. Et les signaux envoyés sont très loin d’un effet d’annonce.

«Historique !», le mot est partout. Ce mercredi 27 juin, lorsqu’à la tête d’une délégation de haut niveau, Osman Saleh, chef de la diplomatie érythréenne, effectue ses premiers pas sur le tapis rouge du tarmac de l’aéroport d’Addis-Abeba, en compagnie d’Ahmed Abiy, le Premier ministre éthiopien, l’image porte en effet une certaine charge symbolique. Depuis l’accord de paix de 2000, une rencontre officielle entre les deux pays n’était jamais arrivée. Il faut remonter à vingt ans ou plus pour voir une rencontre au sommet entre responsables des deux pays.

Pourparlers historiques pour entériner la paix

Aux côtés d’Osman Saleh en ce début d’après-midi, Yemane Gebreab, conseiller spécial du président Isaias Afwerki, ainsi que plusieurs ministres et conseillers. Cette délégation érythréenne est venue préparer les pourparlers pour entériner la paix entre l’Ethiopie et l’Erythrée, en conflit depuis 1998 sur la délimitation de leur frontière commune terrestre, aujourd’hui sous administration onusienne. Comment en est-on arrivé là ?

Haile Mariam Dessalegn, son prédécesseur qui a voulu porter le projet, a finalement jeté l’éponge face aux réticences internes. Lorsqu’il prend sa succession, Ahmed Abiy a vu dans la concrétisation de la paix non seulement un succès diplomatique pour son pays, mais aussi la rançon d’une popularité déjà établie pour son image personnelle. Il a alors poussé dans ce sens. Puis, il a finalement tendu la perche au voisin

En face, Isaias Afwerki, président de l’Erythrée, a pris le temps de tourner la proposition dans tous les sens. Au bout de quinze jours de réflexion avec ses cercles proches, il attrape la main tendue de l’Ethiopie qui, en signe de bonne volonté, a rétrocédé, sous la contestation, la ville de Badme, à cheval sur les deux pays, là où en 1998, le conflit a éclaté. Mais ce n’est que la fin du film.

Pour remonter aux origines du conflit, il faut faire un flashback vers 1998. Cette année-là, à l’aube du mois de mai à Badme, alors sous contrôle éthiopien, les troupes érythréennes décident d’envahir cette région désertique au confluent du Tigré -où vivent les Tigréens. La réplique de l’Ethiopie déclenche une guerre, avec des incursions et prises de villes des deux côtés, qui durera deux années jusqu’à l’accord de paix d’Alger en 2000 sous l’égide de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA, devenue UA), après que le conflit a fait plus de 100 000 morts.

Badme, le prix de la paix ?

Depuis, l’accord d’Alger, qui prévoit une zone-tampon sous contrôle de l’ONU, n’a été appliqué que partiellement, ce qui a installé entre les ex-belligérants une situation de guerre latente, matérialisée par des accusations de part et d’autre. L’ONU a depuis pris le relais pour faire aboutir la paix, puis une décision de la Cour d’arbitrage de La Haye a fait le reste.

Entre-temps, les deux pays ont mis sur place en 2005 une commission internationale mixte et indépendante de délimitation de la frontière. Lorsque celle-ci a rendu ses conclusions en 2002, les deux pays ont indiqué vouloir les appliquer à la lettre, mais ils ont traîné des pieds. Lorsqu’il arrive au pouvoir, Ahmed Abiy exhume le dossier et décide de respecter l’accord. C’est le début de la paix entre les deux pays de la Corne de l’Afrique. La sous-région souffle.

Tout n’est pas fini. Il faudra aller au-delà des réticences et des passions que suscite cette signature annoncée de la paix. Côté éthiopien, les colonnes entières de soldats englouties pour récupérer Badme sont vues comme un vain sacrifice, si le pays rétrocède cette ville. En somme, la trahison d’une «cause nationale». Du côté de l’Erythrée, on imaginait mal perdre cette ville, qui plus est lorsque la commission et la Cour de La Haye lui ont donné raison.

Avec les pourparlers, la réalité et le droit semblent l’avoir remporté sur la passion et le national-patriotisme. Les vieux différends se tassent doucement et la paix semble vouloir définitivement répandre ses bénéfices entre Asmara et Addis-Abeba.

 

Source : La Tribune Afrique

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