Libye : bataille du «Croissant», autour de l’exportation du pétrole

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« Illégal !», fulmine le gouvernement de Fayyez Al-Sarraj. Au terme d’une offensive de cinq jours, son rival, le maréchal Khalifa Haftar a repris les villes Ras Lanouf et Al Sedra et ses terminaux pétroliers stratégiques pour l’acheminement de l’or noir vers l’Europe, les Etats-Unis et la Chine. Mais sa décision de les placer sous la tutelle du gouvernement rival fait jaser en Libye et même au-delà.

« Aucun pétrolier ne sera autorisé à accoster dans les ports de l’Est sans la permission de la National Oil Corporation (NOC)». Sauf que la NOC, la compagnie pétrolière à laquelle fait allusion le général Ahmed al-Mesmari, porte-parole de l’Armée nationale de libération (ANL) dirigée par Khalifa Haftar, n’est pas celle du gouvernement reconnu.

Compagnie de Tripoli face à la compagnie de Benghazi

« Toutes les installations pétrolières sécurisées par l’ANL (Armée nationale libyenne) sont remises à la Compagnie nationale de pétrole issue du gouvernement provisoire (de l’est) et présidée par Faraj al-Hassi», précise le gradé proche de l’homme fort de l’Est libyen.

Désormais en Libye, deux compagnies pétrolières se font face dans ce qui porte en toute apparence les traits d’une bataille pour le contrôle de l’or noir libyen. A la faveur d’une offensive de cinq jours la semaine dernière, les hommes de Khalifa Haftar, ont repris Ras Lanouf et Al Sedra, deux sites stratégiques pour l’acheminement du pétrole vers les ports et leur exportation vers des clients potentiels qu’ils n’ont pas encore trouvé. En avril 2016, des forces de la Cyrénaïque avaient tenté de vendre du pétrole sans l’aval du gouvernement Al Sarraj. Ce dernier avait obtenu l’arraisonnement du navire qui transportait 300.000 barils d’or noir.

En face, la National Oil Corporation (NOC), la « vraie », celle du gouvernement d’union nationale de Fayyez Al-Sarraj, gérait jusque-là les exportations de brut libyen. Et elle est furieuse de voir le monopole de cette gestion lui échapper, qui plus est, par la force d’une décision unilatérale. « Les exportations par des institutions parallèles sont illégales et échoueront comme elles ont échoué par le passé », réagit Mustafa Sanallah, le patron de la NOC (basée à Tripoli).

Se confondant en mises en garde par rapport aux clients tentés de commercer avec une « NOC parallèle», Mustafa Sanallah a joué la carte de la communauté internationale.

« Les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sont très claires : les installations pétrolières, la production et les exportations doivent demeurer sous le contrôle exclusif de la NOC (de Tripoli) et sous la seule supervision du gouvernement d’union nationale », ajoute-t-il.

OPA de Haftar sur le pétrole libyen

On connaissait la bataille pour le leadership politique entre Fayyez Al-Sarraj et Khalifa Haftar. On soupçonnait avec certitude une bataille pour le contrôle du « croissant pétrolier ». Sans pincettes, c’est désormais à une bataille pour le contrôle du commerce de l’or noir. Sous le prétexte que l’argent du pétrole servirait au financement de terroristes que ses hommes combattent, la décision de Khalifa Haftar gruge le gouvernement reconnu d’une part importante de l’unique ressource dont la Libye dispose pour se remettre de ces années de chaos.

Son OPA malicieuse sur le pétrole libyen montre non seulement l’impuissance d’un gouvernement « soutenu» et reconnu par la communauté internationale, réduit à des déclarations de condamnation pendant que son rival se renforce notamment en richesses. Elle menace aussi la paix dans la région et l’espoir de remettre la Libye sur les rails.

Les espoirs  des négociations de Paris, fin mai, qui ont poussé vers l’établissement d’un calendrier pour organiser des élections, rédiger ou refondre la constitution et réinstaller l’administration, risquent d’être enterrés. La décision de Khalifa Haftar en est une violation flagrante. Même si le texte n’avait recueilli aucune signature, les délégations préférant discuter avec leur base avant de l’entériner, cette compagnie pétrolière parallèle dénote d’une certaine inconstance dans la démarche du maréchal.

Au-delà, elle démontre également l’affirmation de son autorité dans une Libye où il n’a recueilli aucune légitimité légale mais dont il fait la pluie et le beau temps. Peut-être a-t-on également l’indice que son calcul est beaucoup plus guidé par la rentabilité que la nécessaire paix d’une Libye terrassée par la guerre.

 

Source : La Tribune Afrique

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