Le numérique pour le développement international  : le cas des langues [Tribune]

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La croyance des entreprises dans l’importance du numérique pour le développement international abouti à un résultat inattendu … 4 entreprises sur 5 dans le top 800 français du panel de l’Observatoire du Développement International réalisé fin 2017, estiment que le capital humain ne sera pas leur principal facteur clé de succès à l’international ! Alors les robots et l’IA plus forts que les femmes et hommes des entreprises ? Non ce n’est pas aussi simple mais les progrès des dernières années peuvent apporter des solutions inespérées.

Vers une uniformisation culturelle et linguistique en interne ?

Dans l’enceinte d’un groupe internationalisé, la culture d’entreprise peut vouloir remplacer de plus en plus la culture locale au travail et permet à des acteurs d’horizons, de formation et de langue maternelle différente de coopérer au sein de la même entreprise. Celle-ci se transforme en facteur interne d’intégration : l’ensemble des entités, dans le monde entier, sont fédérées par des objectifs et des valeurs communes, sans pour autant se substituer aux spécificités locales cependant.

Il est donc clair qu’au-delà des progrès du numérique, de la robotique ou de la blockchain, le capital humain de l’entreprise devra être suffisamment fort pour fédérer des ensembles de plus en plus hétérogènes, au-delà des cultures, croyances et même au-delà des langues. D’ailleurs, les entreprises françaises interrogées le disent indirectement en considérant que la langue de travail principal sera l’anglais pour 80% d’entre elles, ce qui suggère une certaine « homogénéisation » des échanges et des pratiques. Les entreprises perçoivent le numérique comme un facteur permettant de renforcer la culture « interne ». Il y a d’ailleurs au sein des entreprises une dichotomie forte. La plupart d’entre-elles estiment que le numérique sert à aller à l’international en respectant les différences culturelles, linguistiques des clients … En interne c’est l’inverse. Il permet de réduire ces différences et doit même, si possible, les gommer en permettant une plus grande uniformisation. L’objet ici n’est pas de porter un jugement de valeur sur cette double tendance mais de noter cet usage opposé dans le cadre du développement international.

Et si la traduction en temps réels changeait la donne ?

Toutes les entreprises ne prennent pas cette direction et certaines au contraire proposent d’utiliser le numérique comme moyen de moins uniformiser les différences internationales y compris en interne. Un cas d’usage à suivre sera la capacité à utiliser les progrès de la traduction en temps réel qui pourrait avoir un impact essentiel : chacun pourrait s’exprimer dans sa langue maternelle en utilisant le vocabulaire le plus précis possible. L’anglais ne serait plus une condition nécessaire à une intégration internationale réussie.

La traduction dite en temps réel est encore au stade expérimental et nécessite de maîtriser simultanément 3 étapes devant être exécutées pour chaque groupe de mots prononcés en quelques dixièmes de secondes et avec un niveau de qualité élevé :

  • reconnaissance vocale et analyse du discours,
  • traduction faisant appel à une mémoire de traduction et des règles
  • rendu en synthèse vocale, en s’appuyant sur des processus et des techniques de génération automatique de textes (certaines métaphores ou comparaisons ou expressions ayant un sens clair dans une langue, mais sans traduction littérale possible dans d’autres langues)

En temps-réel, ou quasi-temps réel, le système doit aussi idéalement donner un état de la qualité supposée, c’est-à-dire calculée, de la traduction. Cet état se mesure par le taux d’erreur de mots, l’unité de mesure classique pour mesurer les performances d’un système de reconnaissance vocale.

En cas de doute, un mot peut être ajouté en surimpression vocale pour signifier à l’auditeur que plusieurs traductions sont possibles. Un signal sonore ou visuel peut donner une indication de probabilité de bonne traduction, mais limite en même temps considérablement l’effet instantané de la traduction.

La traduction en temps réel a donc longtemps été considérée comme techniquement impossible étant donné les moyens informatiques et logiciels alors disponibles, mais des recherches très poussées ont permis récemment à Google de mettre au point un traducteur universel. La firme californienne a en effet développé une paire d’écouteurs sans fils qui pourrait traduire jusqu’à 40 langues différentes en temps réel et même aider à répondre directement. Baptisés Pixel Buds, ces bijoux de technologie peuvent en effet décoder des phrases et permettre à leurs utilisateurs de comprendre la langue de son interlocuteur : Il suffit pour cela de toucher les écouteurs et d’activer l’assistant Google, disponible également sur le dernier smartphone de la marque. Google Translation offrirait alors une traduction plus ou moins cohérente en temps réel − ou du moins suffisamment rapidement pour tenir une conversation, d’après les concepteurs.

Une autre manière de travailler à l’international

Cet exemple ne doit pas être considéré comme anecdotique, il peut être l’illustration dans quelques années du numérique facilitant les échanges et transactions internationale sans uniformiser les différences culturelles. Un beau défi en perspective pour les entreprises.

Si elle fonctionne techniquement, la traduction temps réel présentera plusieurs avantages. Elle ne fera plus de l’absence de la maitrise de plusieurs langues un frein … Nous avons encore croisé des entreprises françaises se privant de talents à l’international sous prétexte qu’ils ne parlaient pas le … français. A l’inverse pour des français non bilingues anglais, cela ne fermera plus la porte par exemple à des formations MBA ou certains emplois. Dans certains cas où des traducteurs sont utilisés cela permettrait de se passer d’une présence humaine tiers qui peut gêner la qualité de l’échange voire poser des problèmes de confidentialité. Bien entendu, deux conditions sine qua non sont liées à un bon usage de cette technoloige : le non enregistrement par les outils des échanges et la qualité de la traduction notamment quand les subtilités linguistiques sont trop complexes.

La traduction en temps réel sera un atout pour les entreprises pour les discussions de tous les jours, opérationnelles, la maitrise des langues étrangères restera cependant requise au moins pour deux dimensions. D’une part, cette maitrise sera nécessaire dans le champ des négociations et des contrats car des subtilités de la langue peuvent avoir un impact considérable (le cas de certaines résolutions des Nations Unies l’illustre). D’autre part, la maitrise d’autres langues est aussi le moyen d’accéder à d’autres cultures et donc ne doit pas être abandonné. Comme souvent, il ne faudra pas prendre cette avancée technologique comme un changement absolu mais comme une aide pour améliorer le travail et la productivité. Tout comme le conducteur d’une voiture sans chauffeur devra maitrisé le code la route, le manager avec son oreillette de traduction devra pouvoir reprendre le contrôle linguistique.

 

Source : La Tribune Afrique

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