Avec le Congo Business Forum, des entrepreneurs veulent promouvoir les affaires en RDC

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Dans la dynamique d’entrepreneuriat et d’innovation que connaît l’Afrique ces dernières années, on entend très peu parler de la RDC. Le Congo Millenium Business Forum milite pour changer la donne. Ce réseau d’entrepreneurs et d’experts professionnels issus de la diaspora congolaise organise le 30 juin à Paris le Congo Business Forum, un évènement qui promeut les affaires en RDC. Qu’ils exercent à New York, à Paris ou à Bamako, pour eux, il est possible, même dans le contexte politique actuel, de réussir son business à Kinshasa.

«Investir au Cœur de l’Afrique», c’est le slogan du Congo Business Forum (CBF), dont la première édition aura lieu le 30 juin à Paris. Le choix de cette date est porteur de toute une symbolique, car celle-ci marque le 58e anniversaire de l’indépendance de la RDC. L’événement réunira des entrepreneurs et investisseurs d’origine congolaise et étrangère autour du monde des affaires en RDC. Au menu, plénières, tables rondes, workshops et networking.

Triple objectif

Derrière cette initiative qui se veut être, dans un futur proche, une grand-messe de l’investissement et de l’entrepreneuriat en RDC : le Congo Millenium Business Club (CMBC). Il s’agit d’un réseau d’entrepreneurs et d’experts professionnels issus de la diaspora congolaise qui fait la promotion des affaires dans ce pays d’Afrique centrale.

«Cet événement poursuit trois principaux objectifs à savoir favoriser la coopération économique multilatérale en mettant l’accent sur le potentiel économique de la RDC, soutenir la dynamique entrepreneuriale au niveau local et définir et organiser le rôle de la diaspora», explique à « La Tribune Afrique », Jean Ishaku, co-fondateur et président du CMBC.

Entrepreneur, Jean Ishaku a co-fondé et dirige -à Paris depuis près de huit ans- Black Fahrenheit, une agence de conseil en communication événementielle. Il raconte que l’idée d’un club d’affaires, puis d’un forum, tous deux dédiés à la RDC, est née d’une volonté de mettre au profit du développement de ce pays les «profils à fort potentiel» dont regorge sa diaspora, tout en y faisant participer «les amis du Congo désireux de contribuer à son développement économique et social».

Pour une action plus large et plus efficace, le CMBC a mis en place une organisation régionale afin de mieux toucher les différentes cibles. Noël K. Tshiani, président d’Agere Global -une société de conseil basée à New York qui travaille avec les institutions et les gouvernements des marchés émergents- mobilise au niveau du continent américain, particulièrement aux Etats-Unis et au Canada, ces deux pays concentrant presque l’ensemble de la diaspora régionale. «La majorité des professionnels et entrepreneurs congolais d’Amérique manifeste un fort intérêt à investir dans leur pays d’origine», déclare-t-il à La Tribune Afrique, soulignant au passage leurs investissements déjà réguliers en termes de transferts d’argent et de biens vers la RDC.

«Les risques, un frein ? Non !»

Mais quand on parle d’investir et d’entreprendre à Kinshasa ou à Lubumbashi, on ne peut éviter la méticuleuse question des risques. Et ça, Jacky Mizele en sait quelque chose. Banquier d’affaires depuis plus de douze ans, il est directeur d’exploitation de la filiale hongkongaise d’une multinationale bancaire. Chargé au sein du CMBC de mobiliser investisseurs et entrepreneurs en Asie, il a encore été confronté à la question, lors d’une récente rencontre dans le cadre des activités liées au Forum. Sa recette pour réussir un investissement en RDC : bien comprendre le marché et son contexte, évaluer les risques, s’en prémunir, investir avec tact, faire preuve de patience et construire de solides relations avec les acteurs locaux.

«J’explique aux gens que lorsque les risques sont élevés, si l’on a de quoi s’en prémunir, c’est à ce moment qu’il faut y aller. Parce qu’une fois cette période passée, ceux qui régneront seront les premiers arrivés et qui auront pris le temps de tisser des liens solides avec le milieu local des affaires», explique cet expert financier.

«Tout le monde se demande par exemple comment les Chinois font pour être partout en Afrique. C’est tout simplement parce qu’ils maîtrisent la stratégie d’investissements adaptée aux marchés de la région», poursuit-il avant d’ajouter : «Le Chinois sait prendre des risques».

Sur le plan international en effet, la RDC n’apparaît pas souvent comme une destination de rêve pour les investisseurs, surtout que la situation politique tarde à se stabiliser. Moins encourageant encore -et l’aspect politique ne saurait y être étranger- la RDC arrive à la 182e place sur 190 pays à travers le monde dans le Doing Business 2018 de la Banque mondiale. Cependant, dans ce rapport, excepté la hausse des prix des permis de construire, l’institution de Bretton Woods ne retient que des avancées : la simplification de la procédure de création d’entreprises, la création d’un guichet unique, la réglementation à huit heures du nombre d’heures de travail par jour.

«Avant d’y être, je ne voyais pas la RDC comme un pays où investir»

Économiquement, le pays -riche en minerais et très dépendant de l’industrie extractive- a beaucoup pâti de la chute des cours, voyant son PIB dégringolé à 2,4% en 2016, contre 6,7% en 2015, alors qu’il affichait l’une des plus belles croissances d’Afrique en 2014 à 9,5%. Après une légère embellie à 3,7% en 2017, les autorités congolaises, optimistes, pronostiquent une croissance autour de 4,2% en 2018. Cette reprise attendue a d’ailleurs motivé la Chambre de commerce franco-congolaise à organiser les 12 et 13 juin la semaine française à Kinshasa, visant à attirer davantage d’investissements français et congolais.

Pour le CMBC, un des leitmotivs du Congo Business Forum est de révéler au monde des affaires la RDC «telle qu’elle est, loin des problèmes électoraux, … comme le montre sans cesse la télévision internationale», confie Soleil Kiangudi. Français d’origine congolaise, il est rentré s’installer à Kinshasa en juillet 2017. Juriste, il est consultant auprès d’un cabinet d’avocats de la place et y a parallèlement installé Hermès Transit International Congo, filiale du français Hermès Transit International, spécialisé dans le transport international de marchandises.

«Il a moins de 7 ans, je ne voyais pas la RDC comme un pays où l’on puisse investir, tout simplement à cause de ce que nous montrent les médias à l’étranger. C’est au bout de deux séjours ici en 2014 et 2015 que ma vision des choses a complètement changé. Quand mes projets se sont précisés, ma famille et moi y avons déménagé», explique-t-il, soulignant qu’il est le prototype même de ce que le CMBC aimerait impulser au sein de la diaspora congolaise.

Logique solutionniste

Actuellement, le CMBC s’emploie à asseoir sa légitimité auprès des autorités du pays et s’est déjà rapproché des différentes institutions étatiques dédiées à l’investissement et l’entrepreneuriat. «Un des problèmes dans ce pays est celui des compétences, pas en termes de diplômes -parce que des diplômés il y en a- mais en termes d’expériences dans des domaines clés de développement. Et à cela, la diaspora constitue une réponse», estime Soleil Kiangudi. Noël K. Tshiani souligne d’ailleurs que «rien que pour les domaines de la technologie, l’éducation, l’agriculture, l’immobilier, l’énergie ou les services financiers, la diaspora congolaise d’Amérique constitue une ressource énorme».

Le CMBC se dit conscient du problème de financement auquel peuvent être confrontés les membres de diaspora prêts à rentrer démarrer un projet d’entreprise au Congo. Outre le travail que fait Jacky Mizele en Asie, Christian Kazumba mobilise dans toute l’Afrique francophone particulièrement les groupes bancaires et assureurs investis dans la région.

«La RDC accueille déjà des banques panafricaines et étrangères qui y exercent en toute quiétude et plusieurs autres vont arriver. On a par exemple Equity Bank du Kenya qui lorgne le marché congolais. Ces établissements vont être d’une part des sources de financement pour les porteurs de projets, d’autre part, de potentiels employeurs pour les Congolais de la diaspora en quête de nouvelles opportunités dans leur pays», explique ce patron des filiales burkinabè et malienne d’une société française spécialisée dans les services aux consommateurs. «Cela dit, plusieurs banques participeront à notre Forum», souligne-t-il.

Dans moins de dix jours à Paris, c’est fort de tous ces arguments que le CMBC tentera de convaincre investisseurs, entrepreneurs et acteurs du monde des affaires venus des quatre coins de planète à «investir au cœur de l’Afrique».

 

Source : La Tribune Afrique

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