Zimbabwe : audition retardée pour Robert Mugabe dans «l’affaire des diamants»

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A une quarantaine de jours des élections générales dont la présidentielle du 30 juillet prochain, Emmerson Mnangagwa n’a pas voulu s’accommoder de cette demande d’explication où il risque de se compromettre lui ou ses nouveaux proches. Le Parlement acquis à sa cause lui enlève cette épine de la route qu’il s’est tracée vers le State House, le palais présidentiel. L’Hémicycle a décidé de suspendre l’audition de Robert Mugabe dans l’affaire dite «des diamants». Mais le «Vieux Bob» est loin d’être tiré d’affaire.

Pour le Parlement, cette renonciation n’est pas synonyme d’abandon. Au contraire, elle n’est que temporaire pour ne pas provoquer une tempête à l’approche des élections générales du 30 juillet 2018. «Une nouvelle commission sera constituée après les élections et ce sera à elle de décider de le convoquer ou non», confie anonymement un député au micro de nos confrères de l’AFP.

Renonciation temporaire

A l’approche d’une élection par laquelle il doit légitimer son pouvoir par les urnes après son putsch déguisé en «transition assistée», Emmerson Mnangagwa ne veut pas d’interférence sur la crédibilité et la transparence d’un scrutin passé à la loupe par les investisseurs et la communauté internationale.

Le Parlement, où règne la Zanu-PF dont il tient les rênes, lui a balisé le chemin. L’institution renonce à auditionner son prédécesseur dans l’affaire dite des «diamants perdus». Après plusieurs reports de l’audience, la commission parlementaire dirigée par Temba Mliswa sursoit à attraire le président retraité pour s’expliquer devant les députés. Temporairement seulement !

La commission demandait à «Camarade Bob» de venir expliquer comment 15 milliards de dollars de revenus issus de l’extraction de diamants ont pu s’évaporer sous son magistère de trois décennies. C’est l’ancien président lui-même qui avait déploré cette perte en avançant ce chiffre lors de son 92e anniversaire en 2016. Un dossier qui est venu hanter la retraite anticipée de force de l’ex-président.

L’autre explication

En surface, le Parlement lance tous les indices d’un attachement à un principe de reddition des comptes tout en jouant les gardiens de la quiétude d’un scrutin-test. Mais à y voir de plus près, l’explication peut se trouver ailleurs. Avec l’approche des élections, Mnangagwa se méfie bien de la capacité de nuisance de «bête blessée» dans son orgueil du «Vieux Bob». Lui qui a provoqué un embrouillamini dans la Zanu-PF avec une photo aux côtés du général Ambrose Mutinhiri, annoncé comme son poulain pour la présidentielle de 2018.

Qu’il garde le silence, qu’il le susurre à ses rares proches, Robert Mugabe, surnommé «Old Croc» (vieux crocodile) doit conserver une rancune de crocodile pour son ex-poulain, devenu chef à la place du chef. Tout comme pour ces nouveaux courtisans de son successeur dont il goûte peu la «trahison». Tirer de sa retraite, «Old Croc» qui se dorait au soleil de Borrowdale, quartier huppé au nord d’Harare où il vit retranché depuis sa chute, peut troubler les eaux politiques en cette période de pré-campagne électorale.

Si l’ancien président se met à émettre des déclarations impliquant son prédécesseur ou ses proches, l’affaire pourrait entacher l’honorabilité de ceux qui tiennent actuellement les rênes du pays. Rompu à un jeu politique qu’il a mené pendant 30 ans, Mugabe pourrait vite attiser les contrastes et faire éclater les alliances et les serments pour déclencher un séisme politique. Pour éviter tout cela, Emmerson Mnangagwa a joué la sagesse en retardant la convocation du retraité nonagénaire. Après des élections dont il est assuré de sa victoire, il pourra se pencher sur le cas de son ex-mentor.

 

Source : La Tribune Afrique

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