RDC : Acquitté en appel, Jean Pierre Bemba ne repart pas libre de la CPI

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Le verdict a déclenché une scène de liesse au centre de Kinshasa, la capitale de la République du Congo. Faut-il pour autant se réjouir de l’acquittement en appel de Jean Pierre Bemba par la CPI alors qu’il lui était reproché des crimes de guerre et crimes contre l’Humanité dont la cruauté avait ému jusqu’aux juges de première instance? Le « Chairman», son nom de popularité bâti par ses partisans, ne repart pas tout de suite libre du pénitencier de Scheveningen où il avait passé dix années.

Sauvé par le vice de forme. Les 18 ans de prison dont il avait écopé en juin 2016 pour «crimes de guerre», «crimes contre l’Humanité» à la tête du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) et son bras-armé l’Armée de libération du Congo (ALC), la milice dont il tenait les rênes, se sont évaporés.

Culpabilité annulée à cause des erreurs de la première instance

Dans un arrêt rendu ce vendredi 8 juin 2018, la Chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI) a décidé, à la majorité de trois sur cinq de ses juges, d’acquitter l’ancien homme d’affaires devenu seigneur de guerre pour les crimes de sa milice, notamment des meurtres et viols en Centrafrique.

«La Chambre annule la déclaration de culpabilité de Jean-Pierre Bemba». Elle décide donc de prononcer «l’acquittement de l’accusé car les sérieuses erreurs commises par la chambre de première instance font entièrement disparaître sa responsabilité pénale», justifie la juge Christine Van Den Wyngaert à la lecture de l’arrêt.

Une annonce qui n’a pas manqué de déclencher quelques scènes de liesse au centre de Kinshasa où le retour de ce rival sérieux de Joseph Kabila, parti en exil après avoir échappé à un bombardement, est perçu comme une occasion d’avoir un homme de poigne face à l’homme du Palais de la Nation. Celui qui refuse de quitter le pouvoir malgré l’expiration de son dernier mandat constitutionnel. Dans l’attente du retour de son capitaine, le MLC devra encore prendre son mal en patience.

L’appel des sirènes du pouvoir?

Pour autant, l’ancien vice-président de la RDC, candidat à la présidentielle de 2006, «demeurera en détention eu égard à une autre affaire dans laquelle il a été déclaré coupable d’atteintes à l’administration de la justice, dans l’attente d’une décision de la Chambre de première instance», souligne l’arrêt rendu par les juges de la Cour basée à La Haye, aux Pays-Bas. Mais le verdict demande à la Chambre de première instance d’examiner la mise en liberté de l’ex-chef de guerre.

Pour le contexte, Jean Pierre Bemba a été interpellé en 2008 en Belgique sur un mandat d’arrêt international émis par la CPI. La juridiction basée à La Haye avait fini par le condamner en 2016 pour «crimes de guerre» et « crimes contre l’Humanité», notamment pour l’incursion en Centrafrique de son groupe rebelle accusé de viols en série et d’avoir décapité des pygmées et de pratiquer des pratiques anthropophages. Des crimes dont la «cruauté» avait été relevé par les juges en première instance.

Dans les prochaines semaines, Jean-Pierre Bemba pourrait repartir libre du pénitencier de Scheveningen, dans les faubourgs de La Haye où il aura partagé, pendant ses dix années de captivité, la même cour de promenade avec Laurent Gbagbo ou encore Charles Taylor. Après sa sortie, son destin pourrait prendre un autre chemin. A l’heure de l’incertitude en RDC, il pourrait répondre à l’appel des sirènes de la présidence qu’il a tant convoitée.

 

Source : La Tribune Afrique

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