Tchad : après la constitution, Deby veut mettre de l’ordre dans les partis

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Parmi les ordonnances du Conseil des ministres de ce jeudi 31 mai 2018, il y en a une qui a particulièrement focalisé l’attention. Le président de la toute nouvelle Quatrième République, entrée en vigueur début mai, a amorcé le vaste chantier de la réforme des formations politiques. Objectif affiché : réduire leur nombre «fantaisiste» mais aussi assurer une plus grande représentativité des sensibilités politiques. Mais est-ce le seul projet ? Le doute est permis.

Pour défendre la nouvelle réforme que fait prospérer le gouvernement depuis le Conseil des ministres de ce jeudi 31 mai 2018, Madeleine Alingué a endossé son habit de porte-parole de l’équipe gouvernementale. La mosaïque de près de 200 partis et micro-partis au Tchad est l’un des arguments du gouvernement. Mais la porte-parole a insisté sur les motivations de la création des formations politiques. «Il n’est de secret pour personne que certains partis politiques se créent dans le seul but d’obtenir la subvention impartie par l’État au fonctionnement des partis politiques. Le constat de cette triste réalité a été affirmé et condamné au forum national inclusif», commente Madeleine Alingué.

68 articles, 11 titres pour organiser les partis

Depuis la réunion gouvernementale de ce 31 mai 2018, Idriss Deby a décidé de remettre de l’ordre dans la pléthore de partis politiques tchadiens par la création d’une charte d’organisation de ces formations. Composée de 68 articles répartis sur 11 titres, le nouveau texte fera référence pour la création, la vie, l’organisation et le déploiement géographique des partis politiques, sous la supervision du ministère en charge de l’Administration du territoire.

Dans le détail, pour être conformes à cette nouvelle réglementation, les partis politiques devront avoir une permanence dans au moins 10 des 13 provinces du Tchad dans un délai fixé à un an. Un  déploiement géographique pour une meilleure représentativité des populations. Les conditions d’âge ont été révisées puisque l’âge minimal pour être chef de parti a été fixé à 30 ans par le nouveau texte. D’un autre côté, le ministère de l’Administration du territoire dispose de six mois pour traiter les dossiers qui lui sont exposés. En contrepartie, il peut prononcer la dissolution de tout parti qui se sera abstenu de participer à une élection majeure, deux fois de suite.

Après la nouvelle constitution presque entérinée aux forceps, Idriss Deby, devenu hyper-président depuis la mise en place des institutions de la Quatrième République, engage donc la réforme de la vie des partis, à quelques mois seulement de législatives prévues au mois de novembre 2018. Le mandat des députés actuels était expiré depuis juin 2015 mais une loi en avait prolongé la durée.

Législatives en vue

Des élections qui pourraient bien être précédées d’une réforme du Cadre national de dialogue politique (CNDP), chargée de préparer les élections. Une idée qu’Idriss Deby lui-même a fait prospérer lors de ses consultations avec les partis politiques. Tout est donc mis en place pour assainir le paysage politique tchadien encombré par des partis que l’on juge pléthoriques pour ne pas dire gênants.

Avec cette nouvelle loi d’encadrement des partis politiques, il n’est pas exclu que les partis les plus critiques, les transhumants dénonçant le régime, soient rayés de la carte lorsque l’épée de la suspension par le ministère de l’Administration territoriale ne constitue pas un moyen assez dissuasif pour ne pas franchir les limites fixées par le premier président de la Quatrième République.

Tout comme la mise en place de la Quatrième République, l’on s’achemine vers un parlement sans débats contradictoires, vers un paysage politique presque sans opposants, pour faire passer le bon-vouloir du monarque présidentiel. En maître absolu ou presque, Idriss Deby semble décidé à régenter, seul, tout le pays. Depuis le Palais Rose de N’Djamena.

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Source : La Tribune Afrique

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