Vincent Bolloré, des antichambres du pouvoir africain à la garde à vue

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Bien qu’attendue depuis la perquisition du siège de l’entreprise en avril 2016, la mise en garde à vue de Vincent Bolloré ce matin pour des soupçons de «corruption d’agents publics étrangers» a pris de stupeur le petit écosystème des acteurs du village franco-africain qui pensaient le milliardaire breton quasiment intouchable, tant son groupe se situe à la croisée d’intérêts stratégiques de l’Hexagone. Interrogé à Nanterre par les policiers sous l’autorité de l’incontournable juge Serge Tournaire, en charge de plusieurs dossiers politico-financiers ultra-médiatisés, Vincent Bolloré devra notamment s’expliquer sur des prestations en communication qui auraient été sous-facturées par sa filiale Havas aux présidents du Togo et de Guinée. La «Tribune Afrique» vous livre en exclusivité les dessous de la bataille judiciaire qui s’annonce.

Au cœur de l’instruction, il est reproché à Vincent Bolloré, selon un faisceau d’informations concordantes, d’avoir fourni, via le géant de la communication Havas, des prestations en communication dans le cadre des campagnes présidentielles de Faure Gnassingbé (Togo) et d’Alpha Condé (Guinée) qui auraient été très largement sous-facturées.

Selon l’hypothèse du magistrat instructeur, cette sous-facturation présumée -pour des services habituellement vendus à prix d’or- constituerait une forme de corruption déguisée pour l’obtention de concessions portuaires à Lomé et à Conakry, deux ports stratégiques d’Afrique de l’Ouest, où Bolloré aurait taillé des croupières à ses concurrents au cours des dix dernières années.

Des concessions opaques ?

Au Togo, l’affaire démarre en 2012 avec une plainte avec constitution de partie civile d’un concurrent du groupe Bolloré, Jacques Dupuydauby, qui affirme avoir été l’objet d’une tentative d’extorsion pour maintenir sa concession togolaise. Or, selon plusieurs éléments fiables consultés par La Tribune Afrique, le groupe de sociétés dirigé par Dupuydauby n’aurait été qu’un «faux nez» contrôlé indirectement par Bolloré pour contourner les règles de mise en concession au Togo qui l’empêchaient de candidater, étant également armateur et donc en position potentielle de conflit d’intérêts.

Dans ce cadre, Dupuydauby aurait utilisé ses fonctions de mandataire social pour détourner les parts sociales de la société togolaise titulaire de la concession au profit d’une société luxembourgeoise détenue par lui. Dupuydauby sera finalement condamné au pénal en Espagne, siège de la société mère appartenant à Bolloré, et au civil au Togo.

En Guinée, Bolloré obtient du président Alpha Condé, qui ne se cache pas de son amitié avec le milliardaire breton, la concession du terminal à conteneurs de Conakry en 2011, suite à la rupture du contrat de la société Necotrans qui disposait pourtant d’une concession de vingt-cinq ans. Ironie de l’histoire, cette même Necotrans finira par être rachetée pour une bouchée de pain en 2017 par Bolloré, suite à sa mise en liquidation judiciaire. De là à y voir une stratégie extrêmement élaborée pour affaiblir un concurrent et pouvoir le racheter plus tard, il n’y a qu’un pas que les nombreux adversaires du groupe franchissent allègrement…

Une cristallisation des adversaires de Bolloré ?

En effet, selon plusieurs sources proches du groupe Bolloré, «ces escarmouches judiciaires et les conditions d’octroi des concessions de Conakry et Lomé ont laissé des traces et ont poussé certains adversaires de Bolloré à tenter de monter un dossier contre lui, en s’attaquant à Havas, qui constituait le maillon faible de la stratégie de puissance de Bolloré en Afrique».

Ces dernières poursuivent :

«L’utilisation de Havas comme moyen de consolider ses positions en Afrique s’est avérée payante pour Bolloré sur le court terme. Mais d’un autre côté, elle a poussé ses adversaires à s’organiser et a conduit à la cristallisation d’alliances inattendues entre les acteurs des activités portuaires, mécontents de s’être fait éjecter, mais également les grands communicants concurrents qui ont vu l’arrivée d’Havas sur leur marché d’un mauvais œil, d’autant plus que cette dernière pratiquait un dumping des prix».

En clair, la stratégie très agressive du groupe Bolloré, qui aurait consisté à utiliser sa force de frappe en matière de communication comme soutien à son offensive portuaire, aurait coagulé les mécontentements, contribuant ainsi à accélérer l’instruction du juge Tournaire.

Ce dernier aura toutefois fort à faire pour pouvoir établir de manière concrète qu’il y a eu sous-facturation de la part de Havas, un groupe tentaculaire qui gère également la communication du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, ainsi que celle de plusieurs personnalités politiques africaines de premier plan. En effet, dans le domaine de la communication politique, les grands acteurs de ce domaine sont en règle générale assez discrets sur le montant de leurs honoraires…

 

Source : La Tribune Afrique

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