Burundi: un référendum pour donner le pouvoir absolu à Nkurunziza

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Quelque 4,8 millions d’électeurs sont attendus entre 06h00 (04h00 GMT) et 16h00 pour s’exprimer sur cette réforme qui consacre définitivement la dérive totalitaire du pouvoir observée ces trois dernières années.

Si elle est adoptée, la Constitution autorisera M. Nkurunziza, 54 ans et au pouvoir depuis 2005, à briguer deux mandats de sept ans à partir de 2020. L’issue du vote ne fait guère de doute tant les voix discordantes ont été étouffées.

La campagne référendaire a été marquée par des enlèvements, meurtres et arrestations arbitraires, selon des organisations de défense des droits de l’Homme, qui dénoncent également l’absence de réel débat démocratique.

« Le processus n’a réuni aucun des critères permettant de garantir sa crédibilité. Il a été ponctué d’injonctions, de menaces, d’intimidations et de répressions », a déploré Tchérina Jerolon, responsable adjointe du bureau Afrique de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH).

Le projet de révision a été condamné par la communauté internationale, dont l’Union européenne, premier donateur de ce pays, l’un des plus pauvres au monde, les États-Unis et l’Union africaine. Mais ces critiques n’ont pas suffi à infléchir la position du régime burundais.

– Répression brutale –

Le Cnared, la principale plateforme de l’opposition en exil, a appelé au boycottage. A ses yeux, le texte, qui introduit des modifications d’ampleur, bouleverse l’architecture institutionnelle du pays, en signant « l’arrêt de mort » de l’accord de paix d’Arusha.

Signé en 2000, il avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile (plus de 300.000 morts entre 1993 et 2006), en instaurant un système de partage du pouvoir entre les deux principales ethnies, Hutu et Tutsi. Il spécifie qu’aucun président ne peut diriger le Burundi plus de 10 ans.

Les partis d’opposition intérieurs et la coalition d’indépendants Amizero y’Abarundi (Espoir des Burundais) sont aussi opposés à cette réforme. Mais ils appellent à voter non, craignant des représailles s’ils se prononçaient en faveur de l’abstention, plus que tout redoutée par les autorités.

Ce nouveau texte vise surtout à entériner la mainmise totale sur les institutions du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, et à concentrer encore plus le pouvoir exécutif dans les mains du président Nkurunziza.

Depuis sa candidature à un troisième mandat en avril 2015, contestée par l’opposition, la société civile et une partie de son camp, il a mené une répression brutale, qui a fait au moins 1.200 morts et plus de 400.000 réfugiés.

La population vit dans la hantise des deux bras armés du régime: le Service national de renseignement (SNR), qui dépend directement du président, et les Imbonerakure, la ligue de jeunesse du CNDD-FDD.

La Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur les exactions commises. Et l’opposition n’a de cesse de dénoncer la dérive autocratique et mystico-religieuse d’un dirigeant qui dit avoir été choisi par la volonté divine.

– ‘Ni sécurité, ni démocratie’ –

L’accord d’Arusha prévoyait « le respect de la minorité politique, le partage du pouvoir mais aussi un encadrement du pouvoir de la majorité », relève Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

« (Il) donnait aux Tutsi la sécurité et aux Hutu la démocratie. Mais on sait maintenant que depuis 2015, il n’y a plus au Burundi ni sécurité ni démocratie (…) C’est pour ça que l’accord d’Arusha est déjà mort, et le référendum n’est que l’officialisation de son décès. »

Pour cette consultation capitale, le pouvoir a prévu un fort déploiement sécuritaire, afin d’empêcher les groupes rebelles de la perturber. Le week-end dernier, des hommes armés non identifiés et aux motivations inconnues avaient ainsi tué 26 personnes dans le nord-ouest du pays.

M. Nkurunziza est loin d’être le seul dirigeant africain à avoir révisé la Constitution pour se maintenir au pouvoir. La pratique est répandue sur le continent et dans la région des Grands Lacs en particulier.

Au Rwanda, Paul Kagame, homme fort du pays depuis 1994, a été réélu président en 2017 grâce à une semblable réforme. En Ouganda, la limite d’âge pour devenir président a été changée en 2017, pour permettre à Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, de se représenter en 2021.

Avec AFP

 

Source : VOA Afrique

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