Centrafrique : interview exclusive du Professeur Gaston Mandata Nguéerékata sur la situation sécuritaire dans le pays

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Dans une interview exclusive sur CNC, le Professeur Gaston Nguerekata revient longuement sur le désarmément des milices autodéfenses du quartier PK5, et plus généralement sur la situation politique du pays.

Voici le résumé de son interview :

Professeur GMN,

La première quinzaine du mois d’Avril est riche en rebondissement. Il y a eu la tentative de désarmement du KM 5 qui a coûté la vie à un casque bleu Rwandais, et aussi l’arrestation d’un Adjudant-chef du contingent Gabonais de la MINUSCA soupçonné de vendre des munitions de guerre au PK5. Que pensez-vous de cette évolution de la crise Centrafricaine ?

GMN: L’opération de désarmement du Km5 est légitime et justifiée. Elle répondait en outre au vœu d’une bonne partie de la population prise en otage par certains groupes dits d’autodéfense, en réalité des racketteurs et autres bandits de grands chemins dont la place est en prison. Elle visait aussi, cette opération, à restaurer l’ordre dans ce quartier qui est le poumon économique de la capitale, hélas devenu une prison à ciel ouvert pour de nombreux compatriotes. Etait-elle bien préparée? C’est une autre question. En tout cas, il est inadmissible qu’un quartier de la capitale soit transformé en un Etat dans un Etat. Naturellement nous déplorons la mort du casque bleu Rwandais comme celle de nos compatriotes et présentons à cette occasion nos condoléances à leurs familles. Quant au soldat Gabonais, il est à souhaiter que la Minusca prenne toutes les mesures qui s’imposent pour que des actes aussi graves ne soient plus commis par ses éléments. Le gouvernement doit veiller à ce que les sanctions prévues par les conventions internationales qui autorisent la mission de la Minusca soient appliquées avec la plus grande rigueur contre ce petit voyou. Par ailleurs, le jeune conducteur de taxi-moto qui l’a dénoncé est un héros et doit être traité comme tel. Mais parlons encore de la Minusca. Quel est son véritable rôle en RCA ? Lors d’un échange que j’ai eu le mois dernier avec un haut responsable de cette organisation, celui-ci d’affirmer avec un air condescendant que tant que la Minusca serait en Centrafrique, il n’y aurait pas de crimes de masses. Mais à ma question de savoir combien de morts il fallait pour constituer un crime de masses, la réponse devenait évasive, comme lors de mon dernier débat sur la Voix de l’Amérique avec le fameux Porte-Parole de la Minusca qui avoua implicitement l’incapacité de leurs troupes à remplir leur mission, à savoir ramener la paix en RCA. Chers compatriotes, face à l’insécurité galopante, surtout en province ces dernières semaines, sachons que seuls les fils de Centrafrique mettront leurs vies en danger pour nous. Il n’en serait autrement.

2°/ La présence Russe s’accentue à Bangui. Que pensez-vous de cette coopération agissante dont les centrafricains veulent connaitre les clauses du traité, du pacte ou de la convention qui nous unit?

GMN: Nous sommes un pays souverain et donc libre de nouer des relations avec les autres nations du monde. Coopérer avec les Russes n’est pas nouveau. Rappelez-vous, au milieu des années soixante dix, de nombreux secteurs, en particulier celui de l’éducation et de l’échange culturel en général, avaient bénéficié de l’appui technique de l’ex-Union Soviétique. Nous avions une coopération agissante qui avait abouti notamment à la formation de nombreux cadres scientifiques et techniques en Centrafrique comme en Union Soviétique. Qui ne se souvient pas de ces brillants Professeurs Soviétiques de mathématiques et de sciences dans nos écoles, qui avaient notamment fait la gloire de la Faculté des Sciences ? En matière de défense et de sécurité, nous avons de grands défis à relever et la Russie pourrait jouer un rôle important et utile aux côtés de nos partenaires traditionnels et historiques. Rassurez-vous, je ne crois pas un seul instant que par ce renouveau de la coopération avec la Russie, nous renions de facto nos liens avec nos amis de toujours, en premier lieu les pays d’Afrique Centrale et la France, ainsi que les Etats-Unis d’Amérique, la Chine et l’Union Européenne. Il faut cesser de fantasmer sur la présence de forces étrangères dans notre pays. Ce sont nos soldats, nos fils, et seulement nos fils, qui doivent être en première ligne pour nous libérer durablement du terrorisme, du voyoutisme et de cette barbarie importés d’ailleurs.

3°/ Homme politique et enseignant, votre dernier passage à Bangui a été également marqué par de nombreuses descentes à l’université de Bangui. Dites nous en quoi consistaient ces fréquentes visites?

GMN: Mon dernier voyage en Centrafrique était essentiellement académique. Il était inscrit dans le cadre de ma mission de “Research Professor” pour le compte de l’Académie Mondiale des Sciences (TWAS) axée sur le renforcement des capacités de recherche de la Faculté des Sciences. Nous avons ouvert un programme doctoral en Mathématiques. Deux étudiants travaillent sous ma direction. La très bonne nouvelle est que l’un deux, Monsieur Enoch Roger Oueama-Guengai, vient d’avoir son premier article accepté pour publication dans “Mathematical Methods in the Applied Sciences”, un très bon journal international à comité de lecture publié par John Wiley and Sons. Cet article que j’ai co-signé est intitulé “On S-asymptotically Omega-Periodic and Bloch Periodic Mild Solutions to Some Fractional Differential Equations in Abstract Spaces”.

Il ne s’agit donc pas comme vous le voyez, de Doctorats d’opérettes, bons pour les cartes de visite. Mes exigences pour mes thésards sont les mêmes que pour ceux que je forme ailleurs dans le monde.

Les collègues du département m’ont aussi fait le grand honneur de piloter le tout nouveau programme de Master 2 en mathématiques. J’ai eu le plaisir de donner le tout premier cours sur la théorie spectrale à huit étudiants qui me semblent tous avoir le niveau. Il est à espérer que certains s’engageront l’an prochain dans des études doctorales. Le pays a besoin de mathématiciens de bon niveau, pas seulement pour l’enseignement, mais aussi les secteurs de la vie nationale ou l’intelligence et la méthode sont particulièrement requises.

Mais mon plus grand bonheur avait eu lieu lors de mes nombreux entretiens avec les étudiants et élèves des filières scientifiques de la capitale. Des jeunes soucieux de leur avenir et surtout à la recherche de l’excellence, et qu’il faut encourager et encadrer efficacement.

Quel souhait pour la République Centrafricaine pour l’année 2018

GMN: La question sécuritaire reste la plus grande priorité. Nous sommes un état fragile, un pays meurtri par cette crise qui n’a que trop duré. Mon souhait est que tous, pouvoir comme opposition, musulmans, chrétiens ou animistes, filles et fils de Centrafrique, dans le respect des uns et des autres, nous soyons unis pour ramener la paix en Centrafrique. La stabilité des institutions, la franche collaboration entre les grands acteurs politiques, la paix et la sécurité sur toute l’étendue du territoire national, voilà ce qu’il nous faut pour 2018. Et que Dieu bénisse le Centrafrique.

Propos recueillis par Thierry Anatole Mebourou

Source : abangui

abangui

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