« Paquinou », retrouvailles et réconciliation chez les Baoulé en Côte d’Ivoire

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Pendant cette fête, rendez-vous incontournable de la première ethnie ivoirienne (20% de la population), les Baoulé qui ont migré à Abidjan, dans les zones agricoles ou même à l’étranger, reviennent dans leurs villages.

Ripailles, musique, danses, messe chrétienne et cérémonie traditionnelle sont au programme mais aussi palabres, réunions familiales et coutumières pour régler les litiges et préparer l’avenir.

Assounvoué est situé à une 40 km de Yamoussoukro, devenue capitale de Côte d’Ivoire grâce au plus célèbre des Baoulé Felix Houphouet-Boigny qui a présidé le pays de 1960-1993.

Pendant Paquinou, le village passe de 3.200 habitants à plus de 4.000.

César Salia, 40 ans, infirmier à Grand Bassam fait partie des 64 personnes qui ont trouvé place vendredi dans un bus affrété à partir d’Abidjan par la « mutuelle » (Mutuelle de développement économique et social Assounvoué).

« On ne revient pas les mains vides. Il faut que ce soit une fête », explique-t-il. Il a acheté « pagnes, victuailles, savon, boissons ».

En tout, César a dépensé 40.000 F CFA (60 euros) « sans compter les enveloppes (argent liquide) pour la famille », dit-il . « On se prépare à l’avance. ça coûte comme des funérailles mais là, on dépense dans la joie! ».

Une manne qui fait les affaires des supermarchés, commerçants et importateurs divers qui notent des pics de consommation comme à Noël ou pour le Ramadan.

Quatre heures plus tard, la nuit tombée, une petite foule accueille le bus dans la seule allée bitumée du village: cris de joie, larmes de bonheur, embrassades.

De nombreux cabris et moutons observent placidement sans se douter que, pour beaucoup d’entre eux, ces effusions sont synonymes d’un passage prochain à la marmite en compagnie d’agoutis (rongeurs de brousse), de biches ou de poulets…

« Il faut bien accueillir la famille. Certains jeunes ne sont jamais venus au village. Il faut leur donner envie de revenir », affirme Akissi Pkassa, en coupant une tête de poulet à côté de bassines de viande marinée, d’oignons et de bananes. Elle prépare le festin pour une cinquantaine de personnes, entourée d’une demi-douzaine d’autres femmes.

Le samedi matin, dans une autre cour, d’autres femmes préparent l’attieké brassant inlassablement la semoule de manioc d’un geste mille fois répété.

Samedi, c’est aussi la journée des palabres. On se réunit pour discuter et régler les différends qui vont de litiges financiers aux problèmes de couple en passant par des jalousies ou des promesses non tenues…

Sous un arbre, une famille est en pleine discussion. Un fils raconte qu’il ne revenait plus au village et n’appelait plus par « manque de moyens ». Sa mère se demande si sa conversion chrétienne fait qu’il la considère ainsi que les villageois comme des « sorciers ». Les deux se réconcilient en se tombant dans les bras, sous les applaudissements.

‘Paquinou, c’est la joie

Le doyen prend ensuite la parole pour demander aux jeunes de construire une maison supplémentaire sur la concession. « La famille s’est agrandie. On manque de place ».

Dans une autre cour, une famille discute de la chefferie du village. Ismael Kouacou Kouadio, un conseiller d’éducation à Abidjan, a été nommé chef du village. Normalement, sa famille doit être unie derrière lui pour que son « règne » commence sous les meilleurs auspices. « Le tour de notre famille est venu. C’est ce que nos aïeux nous ont appris. Que ceux qui s’y opposent soient foudroyés », lance un membre.

« Paquinou, c’est pour régler nos différends », explique Florent Konan Kouamé, président de la Mutuelle et employé des Sodefor (Eaux et Forêts) à Abidjan. « On est né avec nos traditions et les Occidentaux sont venus », dit-il soulignant le mélange entre les traditions ancestrales et la religion chrétienne.

« On a vu pendant la guerre ici (crise politico militaire qui a fait 3.000 morts en 2010-2011). Au final, on finit toujours par s’asseoir pour discuter. Il vaut mieux discuter avant qu’après ».

Pendant le week-end pascal, le village va aussi se réunir pour que les notables informent les villageois de la situation judiciaire de deux conflits fonciers qui les opposent à deux villages voisins dans un pays où les terres agricoles sont de plus difficiles à trouver.

« Les réunions servent aussi à discuter avec les jeunes qui sont en ville. On leur donne des conseils pour leur éviter la drogue, l’alcool, le banditisme. Paquinou, c’est la cohésion sociale », résume-t-il.

Dimanche après une nuit de danse et fête avec une boite de nuit en plein air, on accueille le masque « Goli », qui n’est présenté que lors de grandes occasions.

Un danseur avec un masque en tête de buffle et cornes aux couleurs des Baoulé rouge-blanc-noir, une chevelure en rafia et une peau de bête, court dans tous les sens aux sons des tambours. Il « bénit » ainsi le village.

Cesar a prévu une dernière cérémonie: son mariage avec Mireille la mère de ses enfants. « On profite que tout le monde soit là. Paquinou c’est la joie ».

Avec AFP

Source : VOAAfrique

VOAAfrique

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