Centrafrique : Les deux ans de Faustin Archange Touadera est un échec à mi-mandat selon Crépin Mboli-Goumba

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BANGUI, le 30 Mars 2018(RJDH)—Faustin Archange Touadera n’a pas une vision claire de l’Etat et son bilan n’est qu’un bilan d’échec patent a indiqué Crépin Mboli-Goumba dans une interview accordée au RJDH dans le cadre du bilan de deux ans du président de la République.

RJDH : Bonjour Me Crépin Mboli-Goumba :

CM : Bonjour :

RJDH : Il y a deux ans, jour pour jour, que Faustin Archange Touadera a pris les rênes du pouvoir. Aujourd’hui quel bilan faites-vous de sa gestion de la chose publique ?

Me Crépin Mboli-Goumba : Je pense que parler de célébration d’un triste anniversaire, ce serait un jeu de mots. Nous savons très bien que deux ans après l’investiture du président de la République, les Centrafricains sont déçus au-delà de 63% des Centrafricains qui lui avaient fait confiance ; c’est la quasi-totalité des Centrafricains qui vivent dans la misère et l’insécurité et surtout dans la désillusion.

Je voudrais passer en revue les nombres qui sont, pardonnez-moi, flagrants et qui dénotent de l’échec patent du président Faustin Archange Touadera. Quand il a pris les rênes du pouvoir, 65% du territoire étaient sous occupation des groupes armés. Aujourd’hui c’est 80%. Il y a plus de 600 000 Centrafricains réfugiés ;  il y a plus de 600 000 Centrafricains qui sont des déplacés et il y en a plus de la moitié qui n’arrive pas à manger à sa faim. Ces compatriotes dépendent de la communauté internationale quand on sait que cette communauté internationale n’a pas la Centrafrique comme priorité.

Alors on peut parler du programme politique du chef de l’Etat dont le maitre mot était la sécurité. Or nous constatons chaque jour que nos compatriotes meurent plus que jamais. Pendant la transition, le décompte macabre était de 3000 personnes assassinées ; aujourd’hui nous en sommes à plus de 7000.Donnez-moi une seule raison pour laquelle on doit célébrer cet anniversaire. J’ai vu beaucoup de T- shirts ; j’ai vu beaucoup de déclarations triomphalistes ; j’ai l’impression que les gouvernants ne vivent pas dans la République et sur la terre des Hommes, terre remplie de misère et des pleurs des Centrafricains.

RJDH : Vous qualifiez d’échec le bilan de Touadera alors que celui-ci a déclaré qu’il  ne s’agit pas d’identifier les problèmes mais de chercher à les résoudre ensemble !

CM : Je voudrais tout simplement rappeler au président Faustin Archange Touadera que c’est lui qui a été élu et le peuple ne saurait abdiquer pour une période de cinq ans. Il dit qu’il a besoin de tout le monde et en même temps il exclut ceux qui ne sont pas de son bord, c’est une belle contradiction mais ce n’est pas la dernière fois. En réalité les mots n’ont pas de sens dans sa bouche,  n’ont pas de contenu.

On nous parle de lutte contre la corruption alors que les faits nous disent le contraire. J’ai suivi comme vous le discours du président Faustin Archange Touadera qui commémore ses deux ans au pouvoir ; j’ai suivi aussi le compte d’apothicaire et à la fin je me suis demandé si c’est la RCA qu’il décrivait ! C’est-à-dire si on cite dans son bilan la réhabilitation d’un commissariat c’est qu’on n’a rien à donner aux Centrafricains. Il faut un pays ambitieux ; il faut une grande nation et pour ça, il faut la sécurité naturellement. Or qu’est-ce qu’il fait pour l’instant ? Il s’est transformé en charmeur de serpent parce qu’il a prétendu désarmer les cœurs. Or ce ne sont pas des enfants de chœur qui ont pris les armes. Je ne parle pas de nos compatriotes qui ont pris les armes parfois pour des raisons fondées et qui disent que leurs préfectures respectives ont été abandonnées. Je pense ici, à la Haute Kotto, à la Vakaga et au Bamingui Bangoran. Pour ceux-là, il faut résolument discuter avec eux et trouver des solutions. Il y a une autre catégorie qu’on appelle des mercenaires qui n’ont rien à voir avec le pays et qui pillent chaque jour que Dieu fait, qui violent nos compatriotes qui sont abandonnés dans la forêt.

RJDH : La réponse de Touadera sur cette question est claire, il refuse la guerre car la guerre conduit à la ruine et que par contre il privilégie les négociations!

CM : Je crois que dans une nation au-dessus de tout doivent régner la loi et l’ordre et la quête de la loi et de l’ordre est fondamentale. Il a été élu pour ramener la sécurité par tous les moyens de droit. La guerre et les moyens de coercition font partie des moyens que les constitutionnalistes ont mis à la disposition d’un Etat et donc des gouvernants. Comme on est au bord du dialogue, il y a une rupture de consensus. Il appartient à l’Etat donc à la force légitime de ramener la paix. On n’a jamais gagné la guerre comme au septième coup de trompette le mur de Jéricho s’écroule, c’est bien en mettant en place une armée républicaine forte. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé au président Faustin Archange Touadera de discuter avec nos compatriotes qui ont pris les armes. La conséquence immédiate, c’est que cela isolerait les mercenaires et avec ces compatriotes qui ont pris les armes qui viendront appuyer les FACA et le peuple et dans cette adhésion. Nous allons reconquérir l’intégralité de notre territoire.

Donc le président il ne sait pas où il va. Il n’a pas de vision claire de l’Etat, ce qui fait la force de l’Etat. Si aujourd’hui je pille les Centrafricains, je ne suis pas Centrafricain et quand j’écoute le premier Centrafricain élu pour cinq ans dire qu’on ne viendra pas vous déranger, c’est pour dire quand vous aurez fini de piller, de violer, de brûler des maisons, de détruire les villages, c’est vraiment cette façon de vivre à la centrafricaine, veuillez bien accepter d’arrêter de vous-mêmes. C’est un terrible aveu pour ceux de nos compatriotes qui sont dans la forêt, qui nous écoutent et qui comptent sur lui comme ces 62%. Donc tous les Centrafricains étaient convaincus que la sécurité allait revenir. Nous sommes en mi-mandat, c’est tout ce qu’il trouve à nous dire ? C’est très grave !

RJDH : Mais vous êtes praticien de droit, dans son bilan Faustin Archange Touadera a fait mention de la justice alors qu’il y a deux semaines son premier ministre avait diabolisé l’appareil judiciaire le traitant de ne pas avoir bonne presse devant l’opinion. Comment trouvez-vous ce son discordant au niveau de l’Exécutif sur cette question de réforme de la justice ?

C.M : Je voudrais vous répondre en praticien du droit. Il y a dans la constitution ce qu’on appelle la séparation des pouvoirs.

Le Président de la République est le chef de l’exécutif. Le pouvoir judiciaire est incarné par le premier Président de la Cour de Cassation. Il faut donc une séparation de pouvoirs. C’est ce régime qui a mis au pas certains magistrats. Il vous souvient que nous avions été accusés, nous de l’opposition, d’avoir financé les troubles et assassinats qui arrivent dans l’arrière-pays, contre le bon sens le plus élémentaire.

Mais quand nous avons saisi la justice de notre pays à l’époque pour demander que l’opportunité soit offerte à nos accusateurs de fournir les preuves, des consignes fermes avaient  été donnés pour que jamais il n’y ait l’audience. Et  à ce jour, il n’y a jamais eu d’audience.

Vous ne pouvez pas verrouiller la justice, pervertir son fonctionnement normal, la priver  des moyens élémentaires et par la suite vous plaindre de son fonctionnement. Il y a quelque chose qui ne va pas. Moi, je crois que la justice est au cœur de toute société civilisée et je l’ai toujours répété. Si j’avais un choix à faire entre tous les pouvoirs, je mettrai la justice au-dessus de tout.

Parce que quand on a fini de rédiger une constitution, c’est la justice qui protège les faibles. La justice doit être rendue au nom du peuple. Malheureusement même la conception de l’indépendance de la justice, le Président et son régime n’ont rien compris.

RJDH : Maître Crépin Mboli-Goumba, aujourd’hui deux ans, jour pour jour, la question de la réconciliation inter-centrafricaine reste une problématique majeure. Comment voyez-vous après deux ans l’élan des Centrafricains vers la réconciliation avec eux-mêmes ?

C.M : L’impulsion devrait venir évidemment du Président de la République. Et c’est tout à fait affligeant de voir que ce n’est pas une préoccupation. Le Président de la République, il y quelques jours, a pris un décret mettant en place un comité de pilotage Vérité, Justice Réconciliation. Il n’y a pas eu de discussion au préalable donc il n’y a pas eu de consensus.

Mais pire, le Président a écarté l’opposition et a enrôlé les membres de sa majorité ; on s’est posé la question s’il s’agissait de réconcilier sa majorité avec elle-même. Alors comment voulez-vous parler de réconciliation si dans nos gestes les plus élémentaires, on n’arrive pas à intégrer de consensus et de dialogue c’est un processus mort-né parce que d’autres parties de la population ne sont pas impliquées dans cette quête de paix. J’ai perdu tout espoir, donc un jour ce régime à qui, il reste un an de vie pourrait nous ramener la paix. Dans le comportement de tous les jours, rien ne laisse augurer une volonté qui puisse pousser les Centrafricains à la réconciliation des Centrafricains avec eux même.

RJDH : Me Crépin Mboli-Goumba, je vous remercie !

CM : C’est moi qui vous remercie !

Propos recueillis par Jean Fernand Koena

Source : RDJH

RDJH

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