Dossier/Afrique centrale : Quand la CEMAC réinvente l’eau tiède

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Munich  – A quoi sert la CEMAC, la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale ? Une interrogation à se poser, tant cette espèce de dinosaure peine depuis sa création en 2000, succédant à l’UDEAC à se donner une crédibilité. A l’exemple du “passeport CEMAC” que les les six pays membres, (Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) mettront laborieusement 17 ans pour valider. ou encore du désormais fameux “air CEMAC”, dont aucun avion n’a jamais volé, une compagnie d’aviation qui n’aura vécu que de par les déclarations d’intention de ses initiateurs. un ridicule qui ne les aura pas tué.
De par son patronyme, la mission de la CEMAC consiste à œuvrer pour les populations vivant dans sa zone. Or de projets intégrateurs validés et appliqués ? Aucun ! De projets aboutis pour le développement des pays membres ? Aucun ! Mais des sommets nécessairement extraordinaires des chefs d’état paradant pour les photos ! A profusion. En Afrique, la CEMAC fait figure de « très mauvaise élève » en matière d’intégration sur le continent.

Patchwork d’économies d’inégales valeurs, essentiellement très pauvres, elle n’a jamais pris à bras le corps la nécessité d’harmonisation de ces économies, avec des mesures adaptées de péréquation.

LE MODÈLE TYPE DE L’USINE À GAZ
Financièrement parlant, la CEMAC est en cessation de paiement depuis belle lurette. Une faillite larvée datant de plus de 10 ans en arrière. En cause, les cotisations que les pays membres ne paient pas, et une sérieuse crise économique que les pays peinent à endiguer. A cela s’ajoute leur monnaie commune le F CFA, ou “monnaie de singe” sur laquelle ils n’ont pas de prise. C’est la France qui en contrôle la destinée, et pouvant la dévaluer à discrétion sans concertation des pays usagers. L’idée de la création d’une monnaie communautaire avait fait son chemin il y a une quinzaine d’années, mais vite étouffée par le Gabon.

La CEMAC a besoin d’argent, de beaucoup d’argent pour mener à bien les chantiers susceptibles de relancer l’économie exsangue de cette région, qui subit pleinement les effets de la chute des cours du pétrole, et pour niveler les différences.

Et à l’instar de sa grande sœur l‘Union Africaine, en faillite chronique également, elle cherche des financements en allant quémander de l’aide auprès de l’Union européenne.

FMI le repoussoir

Emprunter de l’argent au Fond monétaire international ? Pas question…. A priori.

A l’exception du Tchad et de la République centrafricaine, les membres de la communauté étaient progressivement parvenus à se passer du FMI, la Guinée équatoriale en tête. Car le FMI dans la région, c’est le souvenir horrible 30 ans en arrière, de privatisations en cascade de sociétés publiques, de vagues de licenciements et de réductions drastiques des dépenses publiques consacrées à la santé et à l’éducation.

Mais, il y a urgence pour les chefs d’état de la CEMAC à trouver une solution à la grave crise économique qui frappe durement leur zone. Du coup, obligation de faire volte face et se tourner malgré les réticences vers le Fonds monétaire international (FMI), et ouvrir avec lui des négociations pour conclure « à brève échéance » des programmes d’ajustement destinés à favoriser une relance « vertueuse et durable » de leurs économies, extrêmement vulnérables.

Dans le même temps, comme le rapporte “Jeune Afrique Economie” : “les réserves de change de la communauté n’ont cessé de se réduire dangereusement. Selon les données du FMI, elles s’élevaient à 5,9 milliards de dollars seulement en août 2016, contre 15,1 milliards en novembre 2014. Cette baisse s’est accélérée à la mi-2016, la région ayant perdu un peu plus de 1 milliard de dollars entre fin mai et fin août. En décembre, ces réserves pouvaient assurer à peine deux mois d’importations (le niveau minimum requis étant de trois mois).

Cette situation continue de faire planer un sérieux risque de dévaluation sur le franc CFA d’Afrique centrale, en dépit de la déclaration des chefs d’État à Yaoundé en décembre. Par conséquent, les ajustements qui seront demandés aux États peuvent apparaître comme un moindre mal. « Les réductions des dépenses [exigées par le FMI] provoqueront sans doute la grogne sociale. Mais, sans elles, le risque de dévaluation sera encore plus élevé, avec des conséquences politiques et sociales potentiellement plus coûteuses », estime Victor Lopes, économiste spécialiste de l’Afrique subsaharienne à la Standard Chartered Bank.”

Négocier avec la “terreur” mais plus en ordre dispersé, mais collectivement

Désormais, pour la Commission de la CEMAC, chaque état membre élaborera son programme individuel, mais dans un cadre de référence prédéfini par la communauté, et accepté par tous. Le 16 janvier 2017, à Brazzaville, les ministres des Finances de la Cemac ont élaboré puis transmis au FMI un document définissant les contours des négociations à venir.

Pour le camerounais Paul TASONG, le Commissaire en charge des affaires économiques, monétaires et financières à la Commission CEMAC : « Les chefs d’État veulent préserver les acquis sociaux et poursuivre leurs politiques d’émergence. Ils souhaitent que leurs programmes avec le FMI en tiennent compte et ne soient pas juste des documents conçus à Washington pour être appliqués dans nos pays. Le Fonds est lui-même conscient de son image et sait qu’il faut nous écouter davantage ».

Se livrer au FMI pieds et poings liés

La grave crise économique dans la zone CEMAC est devenue intenable. Durant ces deux dernières années, les six pays membres ont été confrontés à des déficits jumeaux (du budget et des comptes courants), conséquences de la chute de leurs recettes fiscales et de l’effondrement des revenus tirés de leurs exportations.

Dès lors, face au FMI, de quelle marge de manœuvre disposeront les États en urgent besoin besoin de liquidités ?

Mais le FMI rassure, comme rapporté à JA un de ses responsables : « Concrètement, les contreparties que nous demanderons vont beaucoup ressembler à ce qui a été mis en œuvre au Cameroun au début de l’année dernière. L’intervention du FMI a laissé des stigmates en Afrique, où le ratio entre l’apport financier et les efforts demandés est jugé encore trop important. C’est pour cela que nous réfléchissons à prêter des montants unitaires plus importants aux États. Et les financements qui seront octroyés dans le cadre de ces nouveaux programmes seront hautement concessionnels. »

Le réveil du monstre

Fin janvier à Bangui où l’organisation a retrouvé son siège après un intérim à Malabo, suite à la grave crise centrafricaine, la deuxième réunion du collège des commissaires s’est tenue, avec la tchadienne Haram Assil Fatima comme vice présidente de ce collège, et accessoirement belle sœur d’Idriss Deby, pour prendre de grandes décisions, afin de mettre en œuvre des projets pour le développement des pays membres.

Pour Haram Assil Fatima répondant à LNC : “On traverse un moment difficile. Et on est venu ici dans un contexte un peu difficile aussi. Les situations économiques de nos pays sont très très délicates, la situation de la CEMAC est une situation qui est très difficile également. Il faut qu’on puisse faire valoir la CEMAC. Qu’est-ce que la CEMAC fait ? Mettre l’accent sur les projets intégrateurs. Que les pays se retrouvent sur ce qu’on fait. Nous devons nous assurer que les décisions qui sont prises par les chefs d’état, comme celle de la libre circulation soient appliquées.”

Source : abangui

abangui

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