Centrafrique : Me Timoléon Kokongo qualifie de cinéma l’audience de la Cour criminelle de Bangui

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BANGUI, le 18 Janvier 2018(RJDH)— De la ligne de défense de l’accusé Rodrigue Ngaïbona alias Andjilo en passant par l’affaire Modeste Bria, le sentiment de Me Timoléon Kokongo est tranché. C’est du cinéma parce que selon lui, il y a des gens qui sont cités à comparaitre qui se trouvent à 5 km de la Cour et sont jugés par contumace alors que la gendarmerie, la Minusca sont présentes. Position exprimée dans une interview accordée au RJDH à Bangui.

RJDH : Maitre Timoléon Kokongo, bonjour

TK : Bonjour !

RJDH : Vous êtes Avocat au barreau de Centrafrique, dites-nous, vous qui suivez aussi le procès de la session criminelle quelle lecture vous faites de ce procès.

MTK: Je fais une lecture comme un acteur de justice, un acteur engagé même si faute de temps je n’ai pas pu avoir le dossier pour m’impliquer activement devant cette session de la Cour criminelle. Ma lecture, c’est d’abord le sentiment du citoyen comme tout le monde, Prenons le cas de l’assassinat du Magistrat Bria, on a eu comme l’impression que c’est une mise en scène.

C’est d’abord cela qu’on cherche par obligation à démontrer que la justice est en train de travailler mais, on n’a pas été au fond des choses. Surtout qu’on sait qu’on nous a dit pendant ce procès que l’un des accusés des personnes suspectées présumées coupables de l’assassinat du magistrat est là et vit au kilomètre 5 alors que c’est à moins de 5 kilomètres de la Cour d’Appel de Bangui qu’ils sont.

Et  voilà, on fait un procès pendant que ce monsieur nous écoute comme tout le monde à la radio. Il doit se moquer  de tout ce cinéma qui est retransmis à la radio. Je pense que pour l’image de la justice ou on rend la justice soit on la rend pas. A cet aspect-là comme tout citoyen je suis déçu. J’ai comme une certaine amertume. Maintenant  nous avions le procès Andjilo, il est présent, les victimes sont présentes, les Avocats sont là et donc nous avons eu cette forme de rigolade avec Andjilo avec sa stratégie de défense « je ne sais pas, non je ne suis pas au courant, je sais rien… ».

C’est aussi comme une mise en scène. On se demande bien de quelle  justice il s’agit? Certainement comme Avocat je me dis que c’est une ligne de défense. Ayant appris que l’accusé Andjilo ne sait ni lire ni écrire, un bon analphabète, certainement avec les faits qui pèsent lourd ses Avocats lui ont conseillé le mutisme.  “Tu ne sais rien, tu ne dis rien’’. Pour que nous dans nos plaidoiries, on essaie de te tirer d’affaire. Mais si c’est  ça, on n’œuvre pas non plus.  Puisque la justice c’est quoi après les faits les violences et tout ça, c’est pour que la paix revienne pour qu’on puisse colmater les fissures et panser les plaies. Maintenant quand un accusé  vient à la barre et fait comprendre qu’il ne prend rien au sérieux, je pense à ce niveau que la justice est piétinée voilà le sentiment que j’ai.

RJDH : Vous qualifiez de cinéma, de mise en scène ce qui se passe aujourd’hui au prétoire, mais pensez-vous qu’à l’allure où vont les choses est ce que la vérité finira par jaillir pour que les auteurs intellectuels et les victimes puissent être identifiés et la responsabilité des auteurs établie?

TK : l’enjeu de la justice effectivement, c’est cette confrontation, car le Procureur poursuit et à ce niveau-là on parle de la présomption d’innocence. On réunit les éléments des faits, les policiers, tout le monde a travaillé et si vous dites le dossier est mal ficelé, je n’en sais rien parce que je ne suis pas entré en possession dudit dossier par ce qu’il y a des gens qui sont cités et qui sont impliqués et qui n’ont pas été auditionnés. On les a mis de côté, on n’est pas allé au fond des choses. C’est possible que les dossiers soient mal montés. Mais l’essentiel c’est que quand l’accusé comparaît, qu’il y ait cette confrontation.

Qu’il s’explique, se justifie et qu’il se défende s’il est tout seul ou avec d’autres personnes. C’est dans cette joute-là que la contradiction entre le Procureur Général, représentant la société et les Avocats des victimes qui défendent leurs intérêts particuliers, et les Avocats de la personne poursuivie. C’est ce travail-là qui permet de faire éclater la vérité. Or là, si on vient et que l’on se livre comme à une plaisanterie, quelle vérité va éclater ?

RJDH : Mais les juges peuvent pousser à la manifestation de la vérité, Maître 

La vérité c’est celle qui est dans le dossier du Procureur Général mais cela peut être des présomptions de culpabilité alors que le principe est la présomption d’innocence. Donc on est en train de jouer à l’envers. Ce sont les présomptions de la part du parquet général qui vont être retenues par les jurés et on va statuer là-dessus.

C’est vrai, nous savons qu’il y a eu des exactions. Est-ce que c’est Andjilo vraiment qui était à l’origine de tous ces crimes ? Bénéficie-t-il de l’appui d’une autre personne ? C’est tout cela qu’on devrait chercher à établir.

Il a dit qu’il a reçu mandat du peuple. Mais quel peuple ? Certainement, il y a eu des gens derrière lui qui lui ont fourni des armes. Il n’a pas agi seul certainement. On lui reproche l’association de malfaiteurs. Mais il est tout seul devant le parquet. Il était associé avec qui ? Où sont ces gens ?

RJDH : Maître, un fait majeur de ce procès c’est le fait que certaines personnes se sont constituées pour l’applaudir même dans la salle du prétoire. A y voir de près, est-ce une régression de la justice aujourd’hui?

T.K : Non ! Je pense que cela a transparu pendant cette audience-là concernant le cas Andjilo. Il dit qu’il a reçu mandat de libérer le peuple qui était martyrisé et violenté par la coalition Seleka. On lui a demandé de quel peuple il a reçu le mandat ? Il n’a pas répondu. Andjilo a des sympathisants. On a dit qu’on a même surpris quelqu’un là-bas avec une grenade sur lui. Vous voyez ! Il y a des gens qui sont même prêts à mourir pour la cause qu’il défendait parce que ça leur a servi directement. Tout le monde ne peut pas être contre Andjilo. Ceux qui le soutiennent peuvent s’exprimer mais on est en train de le juger pour les crimes crapuleux qu’il a commis et non pour ses actes de bravoure.

Ce n’est pas dans une salle d’audience que les gens doivent venir applaudir quelqu’un qu’on est en train de poursuivre. On peut le faire dans la rue mais non dans une salle d’audience. Des mesures ont été prises dans ce sens pour éviter ce genre d’incident.

RJDH : Oui Maître ! Le Procureur Général a requis une peine de perpétuité avec travaux forcés. Est-ce trop dur ou c’est clément  comme peine selon vous ?

T.K : Il a argumenté. Normalement dans le système anglophone, on devait cumuler les peines qui sont prévues puisqu’il y a plusieurs chefs d’accusations. Au départ, c’était six (6) que le Procureur Général a ramenés puisqu’il y a des infractions connexes qui se résument en une seule. Il y en a deux aussi qui sont fondus dans les quatre pour lesquels il a demandé la peine des travaux forcés. C’est son entendement. Certainement la loi le dit. Il aurait pu demander aussi la peine de mort comme il a tué de sang-froid et on aurait pu demander sa mise à mort. Le Procureur Général ne l’a pas voulu mais qu’il reste là pour qu’il travaille pour la société pour un peu réparer le tort qu’il a causé.

Mais le Procureur Général, lui, n’est pas juge. Il est poursuivi pour le compte de la société et est l’Avocat de cette société surtout de corps social dans son ensemble : l’Etat. Mais il appartient aux juges qui vont apprécier et aux jurés qui sont là. C’est eux qui vont donner le verdict et c’est cela qui va compter.

RJDH : Maître Timoléon Kokongo, je vous remercie !

TK : C’est à moi de vous remercier.

Propos recueillis par Jean Fernand Koena

Source : RDJH

RDJH

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