Centrafrique : Gaston Mackounzangba qualifie de tardif l’orientation du pays vers la Russie et appelle à la diversification de la diplomatie

0
83

BANGUI, 4 Janvier 2018(RJDH)—Gaston Mackounzangba, président de l’Action Républicaine pour le Progrès a qualifié de tardif l’orientation du pays vers la Russie. Il critique la désorganisation de la majorité présidentielle et parle de la santé de son parti. Avis exprimé dans une interview accordée au RJDH ce 2 janvier 2018 à Bangui.  

RJDH : Monsieur Gaston Mackouzangba, bonjour !

G.M : Bonjour !

RJDH : Je rappelle que  vous êtes ancien ministre et président du parti Action Républicaine pour le Progrès (ARP). L’année 2017 vient de s’achever et une nouvelle perspective  de l’année 2018 s’annonce. Quelle analyse en faites-vous et quelles sont vos projections pour l’année 2018 ?

G.M : Comme on le dit, les années passent mais ne se ressemblent pas. Cette année a été sans doute difficile. Même le président l’a reconnu surtout sur le plan sécuritaire. Vous avez pour preuve les nombreux incidents sécuritaires dans l’arrière-pays même à Bangui, Bangassou, Kembe, Gambo, Kabo et Batangafo etc.qui sont les faits des groupes armés qui exercent des exactions sur la population civile. Et quand je dis que l’année est difficile parce que je note en ce qui concerne la population qu’il y a aujourd’hui, si l’on croit aux chiffres donnés par les Nations Unies, 2 millions de personnes qui vivent en dehors de chez eux ou sont à l’extérieur de la RCA. Ça c’est le signe d’une tragédie nationale. Donc cette année-là illustre bien cette situation.

RJDH : Qui est responsable de cette situation chaotique alors que l’on vient fraichement d’accéder au retour à l’ordre constitutionnel ?

G.M : Quand le président Touadera a été élu, je fus l’un des ceux qui avaient appelé à son élection. Parce que j’ai toujours milité pour l’alternance démocratique. Lorsqu’il a été élu, pour nous, son élection marquait le retour à la légalité constitutionnelle et il y avait l’espoir que ce retour allait faire place à un gouvernement fort pour restaurer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire, restaurer les Forces Armées Centrafricaines dans leur mission régalienne de protection de la population, des frontières et des ressources naturelles aujourd’hui bradées. Hélas ! Cet espoir est un peu déçu puisque l’Etat a failli. Il n’est pas trop fort et n’a pas les moyens de sa politique pour restaurer ne fut-ce que la sécurité et l’autorité souveraine de l’Etat. Mais cette autorité est contestée par quelques groupes armés comme vous le savez.

RJDH : Donc selon vous, pour que 2018 soit meilleure, il va falloir renforcer  le gouvernement ou donner une nouvelle dynamique pour qu’il soit fort.

G.M : D’abord je dis qu’un Etat ou un gouvernement républicain repose d’abord sur une armée robuste, forte, disciplinée, professionnelle, formée et placée sous un haut commandement qui dispose de l’efficacité pour conduire sa mission régalienne. Mais un Etat comme le nôtre ne reposant pas sur une armée comme je l’ai décrit, c’est comme une maison que avez bâtie sur du sable mouvant. Dès qu’il y un moindre ouragan, la maison est emportée.

RJDH : Dans une interview accordée à nos confrères de RFI, Noureddine Adam, le chef rebelle qui sème le désordre à l’intérieur du pays, a qualifié le président d’assassin et de criminels. Comment analysez-vous cela ?

G.M : Mais comme vous le constatez, Noureddine Adam ne se comporte pas en démocrate républicain. Il se comporte en un hors-la-loi qui ne respecte pas le président de la République qui est quand même élu et qui jouit de la légitimité populaire issue des urnes. Il faut le traiter comme tel. Un hors-la-loi qui insulte un président et qui le traite d’un criminel alors il y a pas plus criminel que lui. Ça il faut le traiter comme tel.

RJDH : Mais dans la réponse du Premier ministre devant l’Assemblée nationale, il a dit que la réponse face à Noureddine est le retour de l’autorité de l’Etat alors que l’autorité de l’Etat est défiée à Birao, fief de Noureddine Adam…

G.M : Je vais parler le langage de la rue. Quand vous demandez à un Centrafricain citoyen lambda, il vous dira qu’il faut aller arrêter ce lugubre personnage et le traduire devant les instances judiciaires. Mais l’Etat n’est pas fort pour aller l’arrêter. A l’époque de Bokassa, Bokassa dirait : « je vais aller à Birao arrêter cet énergumène-là». Mais est-ce que aujourd’hui, notre Chef d’Etat ou le Premier ministre peut dire cela ? Je ne le pense pas.

RJDH : Donc aujourd’hui, vous êtes un peu déçu de la prestation du gouvernement en matière sécuritaire vis-à-vis des groupes armés ?

G.M : Oui ! Je suis déçu simplement parce que le gouvernement n’est pas encore fort, son autorité n’est pas encore ressentie sur toute l’étendue du territoire national. Comme vous venez de l’évoquer, Noureddine Adam continue de contester à la limite la légitimité du pouvoir en place. Face à cela, il faudrait que l’Etat se montre un peu plus robuste pour affirmer son autorité aussi bien à Bangui notamment au Km5 et dans l’arrière où les gens souffrent énormément.

RJDH : Monsieur Makouzangba, aujourd’hui la Centrafrique s’oriente vers la Russie pour doter l’armée d’armes de guerre et autres matériels. Cette orientation, comment vous la percevez-vous ?

G.M : Je pense que c’est tardif. Nous sommes un Etat souverain et la souveraineté appartient au Chef de l’Etat qui dirige la diplomatie du pays. C’est lui qui est le chef de la diplomatie centrafricaine. Nous avions dit qu’en tant qu’Etat souverain nous avons toute la latitude de traiter avec tous les Etats du monde.  Nous avons même une coopération militaire avec la Chine et si aujourd’hui nous nous levons pour le faire, il faut que nous assumions notre souveraineté. Ça c’est une diplomatie de la souveraineté.

RJDH : Beaucoup sont ceux qui craignent que les armes par la Russie ne soient pas détenues par  l’armée et que ce serait entre les mains de la Minusca ? Comment voyez-vous cela ?

G.M : Non ! D’abord les craintes sont justifiées. Quand vous voyez la faiblesse de l’Etat, la faiblesse de ses moyens, il y a lieu de s’inquiéter. Notamment sur les endroits où seraient gardées ces armes et ces munitions et pour éviter que ces armes ne tombent entre les mains des ennemis. C’est ce qui s’était passé à l’époque de Bozize. L’armée a volé en éclats face à la horde des éléments de la Seleka. Donc il y a à craindre que ces armes ne puissent tomber entre des mains ennemies. Il y a des raisons pour que des gens aient des inquiétudes.

RJDH : Monsieur Gaston Makouzangba, vous êtes président du parti ARP. Quel est l’état de santé de votre parti aujourd’hui?

G.M : Je crois que nous sommes au même niveau que tous les partis. La situation sécuritaire de notre pays en réalité ne favorise pas l’animation de la vie politique. Comment vous pouvez aller à Birao où règne l’insécurité ?

La sécurité conditionne l’animation de la vie politique, économique et sociale.

RJDH : Mais comment pouvez-vous animer aujourd’hui décemment la vie politique dans un contexte aussi instable car au moment où vous  faites aujourd’hui une animation de la vie politique extra-parlementaire, on ne vous entend pas?

G.M : Mais oui ! Grâce à vous l’animation de la vie politique ne se fait pas qu’à l’Assemblée. Vous savez il y a des pays qui ont des grandes formations politiques représentées par exemple aux Etats-Unis au Congrès ou au Sénat.

Mais il y a des petits partis politiques qui ne sont pas représentés au Congrès ni au Sénat mais qui pèsent dans les élections. Donc si on n’est pas audible à l’Assemblée nationale, on l’est grâce à vous et à travers le micro que vous nous tendez. Ça c’est une autre manière d’animer la vie politique. On peut animer la vie politique par des meetings, des conférences de presse et par des interviews que vous me faites aujourd’hui.

RJDH : Vous êtes membre de la majorité présidentielle et aujourd’hui cette majorité peine à prendre forme. Quel est l’état de votre relation avec Faustin Archange Touadera et Mathieu Simplice Sarandji ?

G.M : J’avoue que je suis de la majorité mais je ne comprends pas trop bien  le statut actuel de cette majorité. A l’époque j’étais parti sur l’idée de faire l’union sacrée. Je pensais qu’on allait donner un contenu, une forme, une structure à cette union consacrée pour qu’on voit comment évolue cette majorité-là. Personnellement je vous le dis, c’est avec regret, je ne vois pas le tour et les contours de cette majorité.

RJDH : Monsieur Gaston Makouzangba, je vous remercie.

G.M : C’est moi qui vous remercie.

Propos recueillis par Jean Fernand Koena

Source : RDJH

RDJH

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here