Contre Boni Yayi, des «mesures coercitives» qui pourraient embraser Tchaourou et Savè

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Même cloîtré dans sa résidence du quartier de Cadjéhoun depuis 42 jours, terrassé par une santé déclinante selon ses avocats, Thomas Boni Yayi se refuse à faire de son combat politique, un baroud d’honneur. Sans doute l’ancien président béninois espère-t-il que ses missives envoyées à certains présidents ouest-africains, les médiations secrètes ou les appels publics de la société civile nationale et sous-régionale fassent entendre raison à un Patrice Talon presque imperméable aux interjections de mansuétude. Désormais, le sort judiciaire pourrait franchir une nouvelle étape avec l’audition de l’ancien locataire du Palais de la Marina que la justice semble déterminée à conduire à terme avec en toile de fond les violences à Tchaourou et Savè.

Le glaive judiciaire au-dessus de la tête de Thomas Boni Yayi, c’est désormais Elon’m Mario Mètonou qui le brandit. Dans sa conférence de presse de ce lundi 18 juin, le jeune et fringant procureur de la République près le Tribunal de première instance (TPI) de Cotonou a directement mis en cause la responsabilité de l’ancien président béninois dans les violences post-électorales du 1er et 2 mai.

Ces deux jours ont été marqués par une série d’échauffourées en marge de manifestations notamment à Cotonou pour dénoncer des législatives auxquelles aucun parti d’opposition n’a pu participer en vertu du nouveau Code électoral.

«Implication personnelle» de Boni Yayi dans les violences post-électorales

Quelque 64 personnes avaient été interpellées pour la détérioration d’édifices publics. Majoritairement militants ou sympathisants des des Forces cauris du Bénin émergent (FCBE) qui avaient fait bloc aux alentours du domicile de Boni Yayi, encerclé par la police, elles ont été inculpées d’«incitation direct d’attroupement non armé et de participation à un attroupement armé» dans le cadre d’une enquête pendante devant la justice.

«Des interrogations et des pièces au dossier, il résulte une implication personnelle de l’ancien Président de la République Monsieur Boni Yayi. Tenant ainsi compte de ces déclarations et pièces, le magistrat instructeur a décidé d’entendre Monsieur Boni Yayi», indique Mario Mètonou dans sa déclaration. Jusqu’ici, les deux tentatives pour auditionner l’ancien chef de l’Etat se sont heurtées au mur d’un niet catégorique des avocats et de leur client. A la première convocation pour être auditionné à son domicile, prévue le 7 juin, Aubert Kodjo, le président du quatrième cabinet d’instruction du TPI, chargé de l’enquête, avait été éconduit. Ses avocats avaient par la suite envoyé un certificat médical pour justifier cette audition manquée.

Deux auditions manquées, un mandat d’amener, une situation qui s’envenime

Celle du 12 juin n’a également pas eu lieu, l’ancien président ayant évoqué un voyage à l’étranger pour des examens médicaux. «Le refus de M. Boni Yayi de se prêter aux questions du juge d’instruction en dépit de la prévenance et de la délicatesse observée à son égard a conduit à présent le juge à envisager à son encontre la mise en œuvre de mesures coercitives», menace cette fois-ci le procureur. En clair, l’ancien président devra être amené de force pour déférer à sa convocation par le juge.

Une option qui pourrait faire envenimer la situation déjà compliquée de Thomas Boni Yayi. L’infortune de leur mentor, cloîtré dans sa résidence de Cadjéhoun depuis 42 jours, s’est mue en violents affrontements entre ses partisans et forces de l’ordre à Tchaourou, sa ville natale et à Savè. Deux personnes sont mortes de tirs à balles réelles. Pour l’heure le glissement d’un combat politique à un combat judiciaire ne semble pas décourager Boni Yayi. Sans doute connait-il assez certains présidents de la Cédéao et en dehors à qui il a écrit personnellement afin qu’ils pèsent dans ce qu’il considère comme un acharnement contre sa personne.

Source : La Tribune Afrique

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