Union européenne : le « Davos du développement » s’attaque à la réduction des inégalités

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Organisées par la Commission européenne, les Journées européennes du développement (EDD) rassemblent la communauté du développement chaque année pour partager des idées et des expériences qui inspirent de nouveaux partenariats et des solutions innovantes aux défis les plus pressants du monde.

Les 18 et 19 juin, Bruxelles accueillera les Journées européennes du développement (JED) et deviendra pour 48h, la capitale mondiale du développement. Cette année, il sera question de lutte contre les inégalités. Plusieurs milliers de participants partageront leurs initiatives afin de « construire un monde sans laissé-pour-compte »

Les JED organisées par la Commission européenne représentent l’un des principaux rendez-vous des acteurs internationaux du développement qui seront réunis la semaine prochaine à Bruxelles, pour échanger sur leurs best practices, présenter leurs initiatives et nouer de nouveaux partenariats.

Près de 8.000 personnes venues de 140 pays, représentant 1 200 organisations, sont attendues dans la capitale européenne, pour réfléchir aux solutions les plus «innovantes» et «inclusives» en matière de réduction des inégalités, dans le cadre des quelque 130 sessions organisées pour cette 13e édition, qui reviendra sur les objectifs de l’Agenda 2030 et sur l’engagement de l’UE dans la lutte contre les inégalités. Depuis sa création en 2006, les JED ont rassemblé 66.850 participants, 4.500 organisations de 154 pays.

Parmi les personnalités attendues, des représentants d’organisations internationales (Banque mondiale, Fondation Mo Ibrahim, DEVCO, AFD, Bill & Melinda Gates Foundation, OIF, OCDE,…), des membres des Nations-Unies (OMS, IOM, UNHCR, UNESCO) ou des représentants gouvernementaux, s’exprimeront devant les 200 journalistes accrédités…

En 2018, la reine Mathilde de Belgique et la reine Letizia d’Espagne avaient toutes deux participé à la séance inaugurale des JED. Cette année, de nombreuses personnalités ont confirmé leur venue : des «Young leaders» aux ministres d’Etat, en passant par les bailleurs internationaux ou par des artistes internationaux.

Macky Sall, président du Sénégal ; Antonio Tajani, président du parlement européen ; Ursula Owusu Ekuful, ministre de la Communication du Ghana ; Roberta Rughetti de l’Amref ; Ifeyinwa Ugochukwu de la fondation Tony Elumelu ; Antonio Vitorino, DG de l’OIM ; Grete Faremo, directrice exécutive de l’UNOPS ; Kishvar Abdulalishoev de la Fondation Aga Khan ; Winny Byanyima, directrice générale d’Oxfam International ; ou encore Heather Adair-Rohani de l’OMS sont quelques-uns des nombreux participants attendus aux JED 2019.

Le Continent impose ses « Young leaders » aux JED

Une quinzaine de jeunes talents venus du monde entier, appelés «Young leaders», participeront aux débats et apporteront un regard neuf sur les solutions d’avenir. Les jeunes entrepreneurs s’entretiendront avec les acteurs mondiaux du développement ainsi qu’avec les experts de l’Union européenne (UE) pour présenter leurs projets identifiés aux 4 coins du monde.

Parmi eux, Sandra Ajaja, 23 ans, venue du Nigéria, la fondatrice de FemPower Africa s’emploie à enseigner le leadership, la technologie et l’entrepreneuriat féminin. Malgré son jeune âge, elle a accompagné la création de 52 entreprises et formé près de 2.000 personnes dans 3 pays d’Afrique subsaharienne.

Inota Cheta, boursière du «Mandela Washington Program», âgée de 26 ans et co-fondatrice de «She Entrepreneur», qui forme les femmes à la finance et au monde de l’entreprise, représentera la Zambie. A ce jour, près de 500 jeunes filles ont bénéficié de ses formations. De leurs côtés, les Ghanéens Aaron Atimpe (24 ans) et Akosua Peprah (26 ans) mais aussi la Congolaise Louison Mbombo (23 ans) de la RDC s’exprimeront sur le secteur de la santé, en particulier dans les zones rurales. Le Burundi (Judicaelle Irakoze), le Maroc (Yasmine Ouirhane), le Malawi (Rejoice Namale) et le Bénin (Inès Tatiana Hounjo) dépêcheront également leurs «jeunes pousses» à Bruxelles.

Agés de 21 à 26 ans, ils ont préalablement fait l’objet d’une sélection drastique, parmi 404 candidats répartis dans 99 pays. Les JED devraient leur apporter une plus large visibilité et leur donner l’occasion de s’illustrer auprès des pontes de la communauté internationale du développement. C’est un carton plein pour l’Afrique qui compte 9 des 15 talents sélectionnés cette année.

Aggravation des inégalités à l’échelle mondiale

Si la pauvreté a globalement baissé sur les deux dernières décennies, les inégalités se sont aggravées et ont fait apparaître des disparités considérables à l’échelle internationale. Selon l’OXFAM, l’année dernière les revenus des milliardaires ont augmenté de 900 millions de dollars, soit 2,5 millions par jour. En chiffres, 26 personnes possédaient autant que les 3.8 milliards d’habitants qui représentent plus de 50% des populations les plus pauvres au monde. Parallèlement, 262 millions d’enfants n’avaient toujours pas les moyens d’aller à l’école, tandis que chaque jour, 10.000 personnes mouraient, faute d’accès à des soins appropriés… L’organisation internationale a notamment déploré la sous-taxation des richesses dans certains pays où 10% des habitants les plus pauvres payent proportionnellement plus d’impôt que les 10% les plus riches.

Dans son dernier rapport sur la pauvreté et la prospérité de 2015 (le seuil de pauvreté est fixé à 1,90$ par personne et par jour, sur la base des taux de conversion 2011 en parité de pouvoir d’achat (PPA), la Banque mondiale estime que la pauvreté représente 10% de la population mondiale (soit 736 millions de personnes). En 25 ans, plus d’un milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté. Toutefois, il subsiste d’impressionnantes disparités et la moitié des populations les plus pauvres étaient l’an dernier, répertoriée en Afrique. A ce jour, près de 41% de la population d’Afrique subsaharienne vit en dessous du seuil critique. Une pauvreté qui a également augmenté dans la région MENA, passant de 2.7% en 2013 à 5% en 2015 (de 9,5 à 18,7 millions de personnes). Avec plus de 170 millions de pauvres répertoriés par la Banque mondiale, l’Inde totalise le plus grand nombre de démunis, soit 1/4 de la pauvreté mondiale, un chiffre qui devrait néanmoins diminuer au regard de la croissance indienne (prochain rapport de la Banque mondiale attendu pour 2020).

Comment construire un monde plus «inclusif» ? De quelle manière les inégalités impactent-elles le développement ? Ou encore, «comprendre les causes structurelles des inégalités» pour élaborer des politiques plus efficientes : telles seront quelques-unes des questions posées cette année. Les thématiques de l’entrepreneuriat féminin, du «Tech for Good», de l’environnement ou des migrations seront autant de sujets transversaux, qui devraient également s’imposer lors des prochaines JED.

Source : La Tribune Afrique

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