Algérie : Ahmed Ouyahia passe sa première nuit à la prison d’El Harrach

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C’est un très court bandeau de la télévision publique qui a annoncé son incarcération à la prison d’El Harrach. Plusieurs fois convoqué pour répondre de faits de corruption présumés ou d’avantages supposés indus lorsqu’il a été quatre fois Premier ministre, Ahmed Ouyahia est écroué depuis ce mercredi 12 juin après une audition devant la Cour suprême du pays. Une nouvelle arrestation qui rallonge la longue liste des dignitaires de l’ancien régime déchu, tous incarcérés après la chute d’Abdelaziz Bouteflika.

La sentence qui a conduit Ahmed Ouyahia derrière les grilles d’El Harrach, la plus grande prison urbaine d’Algérie, vient de la plus haute juridiction, la seule habilitée à juger les anciens ou actuels haut-fonctionnaires. Ce mercredi 12 juin, après une comparution devant la Cour suprême, l’ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika a été placé en détention provisoire. Sans précision des chefs d’inculpation sans doute liés à l’enquête pour corruption à son encontre, c’est la télévision publique qui a annoncé l’information via un bandeau.

Reçu par une bronca à la prison d’El Harrach

Depuis fin avril, Ahmed Ouyahia avait fini par s’habituer aux allers-retours express, entre son domicile et le Tribunal de Sidi M’Hamed, situé au centre d’Alger, pour y être auditionné par le procureur pour une présumée «dilapidation des deniers publics et de privilèges indus» du temps où il a été quatre fois Premier ministre entre 1995 et 2019. Sa comparution devant la Cour suprême est peut-être le signe qu’une étape supplémentaire vient d’être franchie dans son dossier lié à des faits présumés de corruption pendant son passage à la primature.

Tout comme l’impopularité qui a accompagné sa dernière nomination à la primature avant de jeter l’éponge, son arrivée à la prison d’El Harrach s’est fait dans la bronca. Devant les portes de l’établissement pénitencier, des dizaines de personnes attendaient la fourgonnette transportant Ahmed Ouyahia. Scandant des slogans hostiles à l’ex-locataire de la primature, les manifestants du jour ont jeté des pots de yaourts sur le véhicule, selon des images d’Algérie 24.

 Ouyahia et les autres, fusibles de Gaid Salah

Malgré cette infortune, les lendemains judiciaires de l’ancien directeur de cabinet (2014-2017) seront difficiles à prédire. Le cas d’Ahmed Ouyahia fait en effet partie de la douzaine de dossiers de haut-fonctionnaires bouclés ce mardi 11 juin par le parquet avant d’être transmis à la Cour suprême. Dans le lot, des anciens Premiers ministres mais aussi des préfets sur la gestion desquels la juridiction suprême devrait trancher.

La mise sous verrous d’Ouyahia est la dernière d’une longue série d’arrestations suivies de procès de figures importantes de l’ère Bouteflika (1999-2019). Dans la cour de promenade de la prison d’El Harrach, Ahmed Ouyahia devrait croiser des personnalités qu’il a côtoyées lorsqu’il était encore aux affaires. Vaste établissement pénitentiaire d’une capacité de 2500 détenus, la prison d’El Harrach reçoit déjà des pensionnaires célèbres comme Ali Haddad, l’ancien chef du patronat, Issad Rebrab, le président du groupe Cevital.

A l’analyse, l’incarcération d’Ahmed Ouyahia rallonge la longue liste – encore provisoire – de la traque des hauts responsables du régime déchu d’Abdelaziz Bouteflika. Cette traque permet au Général Gaïd Salah, l’homme fort du régime transitoire, de gagner le temps nécessaire à la rectification de sa stratégie de positionnement face aux revendications de la rue qui insiste sur le démantèlement du système. Dans le prolongement de cette stratégie, les arrestations ou les procès intentés permettent de livrer à la rue, des responsables tout désignés pour jouer le rôle de fusibles. Jusqu’à quand ? La question reste posée.

Source : La Tribune Afrique

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