Sans Premier ministre, la Guinée-Bissau songe déjà à une présidentielle le 3 novembre

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Les législatives devaient permettre de trancher la crise politique de 2015, née du choc au sommet de l'Etat entre le président José Mario Vaz (photo) et son premier ministre Domingos Simões Pereira.

Pedro Sambú en est convaincu, son institution est techniquement prête à organiser l’élection présidentielle dans de bonnes conditions. La commission nationale des élections (CNE) qu’il dirige veut sans doute capitaliser sur son expérience des élections législatives peu contestées. La CNE a d’ailleurs proposé deux dates pour la tenue du scrutin: le 3 novembre pour le premier tour et le 8 décembre pour le second tour. Mais l’objectif est-il tenable face à une situation sociopolitique qui ne cesse de se dégrader ? Rien n’est moins sûr.

En creux dans le blocage politique, la Guinée-Bissau est en ébullition: grèves dans l’administration, manifestations publiques, querelles entre partis au parlement. «La situation politique et économique en Guinée-Bissau est dangereuse», résume Tulinabo Mushingi, l’ambassadeur des Etats-Unis à Dakar et Bissau, lors d’une conférence de presse tenue ce mardi 14 mai.

3 novembre pour le premier tour, 8 décembre pour le second

Dans le prolongement du calendrier électoral, la Commission nationale des élections (CNE) propose les dates du 3 novembre et du 8 décembre prochains, respectivement pour le premier et le second tour de la présidentielle. Au pouvoir depuis 2014, José Mário Vaz devrait remettre en jeu son fauteuil du Palais de la Place des héros. Très préoccupé par le blocage politique, le président sortant qui doit en activer le processus électoral, ne semble pas pressé de répondre favorablement à la proposition de dates de la Commission électorale.

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«Il est nécessaire d’écouter le gouvernement et les partis politiques dotés de sièges au Parlement. Dans ce contexte, je ne peux pas fixer de date tant que ces instances ne se seront pas prononcées sur le sujet», a fait savoir José Mário Vaz.

Près de deux mois après les législatives du 10 mars dernier, le Guinée-Bissau est toujours sans Premier-ministre. Le président devait bien nommer Domingos Simões Pereira, le chef du PAIGC, le parti qui a remporté le scrutin, comme le veut la loi.

Cependant, une querelle politique entre le PAIGC et MADEM-G15, un groupe dissident formé par des frondeurs du parti au pouvoir, a conduit à un blocage institutionnel qui empêche la formation du Bureau de l’Assemblée nationale. Braima Camara, le chef du MADEM-G15, avait été désigné par son parti pour occuper le poste de deuxième vice-président de l’institution, sa formation étant arrivée deuxième aux législatives. Mais le PAIGC a récusé ce choix, enjoignant le premier parti d’opposition à porter son choix sur une autre personnalité issue de ses rangs.

Un front social tendu, des écueils à lever

L’affaire est loin d’être tranchée. Ni la mission expresse de quelques heures de la CEDEAO, ni les appels et les tentatives de conciliation de la communauté internationale, n’ont permis pour l’heure de dénouer la crise. Pour ne rien arranger, le front social est tendu à Bissau. A l’appel de l’Union nationale des travailleurs de Guinée-Bissau (UNTG), le puissant syndicat dirigé par Julio Mendonça, les fonctionnaires multiplient les grèves intempestives pour réclamer des revalorisations de salaires et le paiement d’arriérés. Le mouvement qui se transforme en manifestations publiques, paralyse l’administration publique.

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Dans ces conditions, l’organisation d’une présidentielle aux dates proposées par le CNE est-elle tenable? Les législatives devaient permettre de trancher la crise politique de 2015, née du choc au sommet de l’Etat entre le président José Mario Vaz et son premier ministre Domingos Simões Pereira. L’idée d’une future révision de la constitution devrait permettre de clarifier les rôles dans l’exécutif bicéphale de cette république parlementaire. Pour l’heure, le blocage majeur se trouve au niveau de la formation complète du bureau de l’Assemblée nationale afin de permettre l’intronisation d’un Premier ministre. Longtemps traversée par l’instabilité politique, la Guinée-Bissau pourra alors lever les écueils avant de songer à organiser une présidentielle.

Source : La Tribune Afrique

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