Hocine Benhadid arrêté : en Algérie, une extension de la traque des dignitaires ?

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Jusqu’ici la traque des dignitaires de l’ancien régime aura épargné les rangs de la «Grande muette». Elle aura surtout pris dans ses filets, des «sécurocrates», des anciens ministres, des haut-fonctionnaires, des hommes d’affaires de l’entourage du président déchu, Abdelaziz Bouteflika. Le Général-major Hocine Benhadid été convoqué puis placé sous mandat de dépôt par un tribunal algérois. Est-ce le signe d’un élargissement de la traque des dignitaires de l’ancien régime à l’institution militaire tenue par le puissant Gaïd Salah?

Pour l’heure, les chefs d’inculpation qui valent à Hocine Benhadid son incarcération provisoire à la prison d’El-Harrach ne sont pas encore publics. Ce 12 mai, ce général à la retraite a été arrêté puis entendu sur instructions du juge du Tribunal de Sidi M’hamed. A 75 ans, ce général à la retraite connait bien le chemin de cette cour située au centre d’Alger.

Retour à la case prison pour Hocine Benhadid

En juillet 2016, Hocine Benhadid a bénéficié d’une liberté provisoire pour raisons de santé après avoir été détenu pendant près d’un an. Il avait été arrêté en septembre 2015 suite à une sortie médiatique remarquée contre le Général Ahmed Gaïd Salah qu’il avait à l’époque accusé de vouloir s’emparer du pouvoir pour succéder à Abdelaziz Bouteflika. Il avait plus tard été condamné pour «entreprise de démoralisation de l’armée». Comme un habitué, le général Hocine Benhadid retourne dans une cellule de la prison où il avait été incarcéré.

Sans que les motifs de cette nouvelle arrestation ne soient rendue publics, les médias locaux la lient à une lettre ouverte adressée dans les colonnes du quotiden El Watan, par Hocine Benhadid, au général Ahmed Gaïd Salah, le vice-ministre de la Défense et Chef d’Etat-major de l’armée algérien. Dans une longue lettre, le général à la retraite rappelait au chef de l’armée que la «solution» pour l’organisation de l’Algérie post-Bouteflika était d’abord «politique», se permettant même de lui rappeler les «attentes du peuple».

Figure prépondérante dans la gestion du mouvement de contestation entré dans sa 13è semaine, Ahmed Gaïd Salah est l’homme qui a contraint Abdelaziz Boiuteflika à la démission par l’activation du mécanisme de constitution sur l’intérim. D’abord par la dissuasion puis par l’apaisement, Ahmed Gaïd Salah promeut le maintien de la date du 4 juillet pour une présidentielle. En face, la pression est maintenue durant ce mois de Ramadan, la rue réclame toujours le démantèlement du système et de ses démembrements.

Une voix critique contre Gaïd Salah

Pour l’heure, l’après-Bouteflika s’est plutôt transformé en une traque des dignitaires de l’ancien régime. Jusque-là, celle-ci à conduit l’arrestation d’Ali Haddad, l’ancien patron des patrons, Issab Rebrab, le PDG du groupe Cevital ou encore les richissimes frères Koukinef. Tout comme la surprenante arrestation de Saïd Bouteflika, le frère-cadet surpuissant d’Abdelaziz Boutelifa et Mohamed Mediène, Athmane Tartag, deux ex-chefs des renseignements. Dans leur sillage, l’ancien Premier-ministre Ahmed Ouyahia, l’ancien chef de la police Abdelghani Hamel, ont été entendus.

Ces arrestations n’avaient pas encore touché des éléments de l’armée, qu’ils soient en fonction ou à la retraite. Une exception que l’on explique peut-être par une volonté de Gaïd Salah de démanteler les réseaux de Said Bouteflika. Mais la nouvelle de l’arrestation de Hocine Benhadid semble étendre la traque à des personnalités écoutées de la Grande muette.

Gaid Salah a réussi jusque-là à maintenir une certaine cohésion au sein de l’institution militaire. Pourtant les appréhensions ne manquent pas sur la stratégie de l’homme qui se présente comme un garant des intérêts et du prestige de l’armée. Il faut dire que Hocine Benhadid était devenu ces dernières années une voix critique contre Gaïd Salah. Une liberté de ton qui pourrait déclencher des oppositions dans les rangs de l’armée. Il le paye, cash !

Source : La Tribune Afrique

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