Le Sahel au programme de la seconde conférence des «leaders pour la paix»

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Les 13 et 14 mai, Paris accueillera la 2nd conférence des Leaders pour la Paix (LPP). L’ONG de Jean-Pierre Raffarin qui entend mobiliser l’opinion et les decision makers sur les crises internationales, se penchera notamment sur l’épineuse question de la sécurité au Sahel…

Plus d’une trentaine d’experts en gestion de crises internationales se réuniront la semaine prochaine à Paris. Ils s’attelleront à élaborer de nouvelles approches en matière de promotion de la paix. Sept anciens Premiers ministres et sept anciens ministres des Affaires Etrangères, un Prix Nobel de la Paix et un détenteur du Prix Wangari Maathai (écologie) mais également des anciens dirigeants d’organisations internationales comme Irina Bokova, ex-DG de l’UNESCO, participeront à la conférence des « leaders pour la paix » (LPP).

En un an, l’ONG de l’ancien Premier Ministre de Jacques Chirac (2002 et 2005) est passée de 25 à 33 « leaders pour la paix », un nombre qui reste d’ailleurs ouvert aux expertises et aux personnalités les plus courues…

Les 13 et 14 mai, le think-tank délivrera son rapport annuel (Le Rapport Vimont 2019, ndlr) et formulera de nouvelles propositions. « Il faut aujourd’hui innover dans la compréhension des choses mais surtout dans la gestion des crises émergentes pour intégrer des réponses nouvelles », explique Jean-Pierre Raffarin qui a constaté l’inefficience du recours aux sanctions dans l’échelle des rapports de force internationaux et qui entend « régénérer le dialogue dans le désaccord afin d’éviter la radicalisation de l’adversaire ».

Parmi les invités de marque, Tertius Zongo, ex-Premier Ministre du Burkina Faso, Kamal Kharrazi, ancien Ministre des Affaires Etrangères d’Iran et Président du Conseil stratégique des relations étrangères de la République d’Iran, Louise Mushikiwabo, Secrétaire Générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ou encore Amr Mahmoud Moussa, ancien Ministre des Affaires Etrangères d’Egypte, entre autres personnalités de haut-vol, sont attendus à Paris.

Un an de plaidoyer pour la Paix…

La première édition des LPP s’était penchée sur la situation en Libye d’une part, sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique d’autre part et enfin, sur la crise climatique et ses enjeux sur la paix en Asie. Des problématiques qui avaient fait l’objet d’analyses approfondies, réunies dans le premier rapport Vimont, présentées devant plusieurs instances internationales et suivies d’un certain nombre d’initiatives tout au long de l’année : une Université Itinérante, un Smart Peace Prize mais aussi des conférences.

La première Université itinérante de la Paix s’est tenue en Mars 2019 à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, avec le soutien des autorités locales. Plus de 300 étudiants s’étaient retrouvés à l’Université Houphouët-Boigny d’Abidjan, pour parler de la paix dans le monde… Le prochain rendez-vous du « Peace Lab » ou « Laboratoire de la Paix », qui illustre la stratégie d’influence des LPP auprès des decision makers, se tiendra le 14 mai au Quai d’Orsay, en présence de Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et de Claude Chirac, Vice-Présidente de la Fondation Jacques Chirac. Par ailleurs, les travaux du « Peace Lab », feront l’objet de la publication d’un livret recensant les actions concrètes à mener, au cours du second semestre de l’année 2019.

Tout en multipliant les initiatives depuis un an, les LPP ont également ouvert leurs carnets d’adresse. Dès le 14 mai 2018, le Rapport Vimont était présenté au Premier Ministre Edouard Philippe à Matignon, le 27 septembre 2018, au chef de l’Etat tunisien, Béji Caïd Essebsi à Tunis, le 3 janvier 2019 à Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU à New York, le 12 mars 2019 à Michaël Moeller, DG de l’Office des Nations Unies, puis à Roberto Azévêdo, DG de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) ainsi qu’à Guy Ryder, DG de l’Organisation internationale du travail (OIT) à Genève et enfin au Président ivoirien, Alassane Ouattara, à Abidjan le 18 mars dernier.

Des leaders reçus sous les ors de la République

La Conférence des LPP 2019 débutera par l’adoption du rapport Vimont. Cette année, les experts s’interrogeront en particulier sur le renforcement du multilatéralisme et sur la sécurité en Europe, « pour mieux apprécier si l’esprit et les principes qui ont conduit aux accords d’Helsinki en 1975 peuvent trouver une nouvelle raison d’être» d’après un communiqué des LPP. Au-delà de ces accords, les experts auront également le loisir d’aborder un autre traité tout aussi «sensible» sur la fin du déploiement des forces nucléaires à portée intermédiaire en Europe (INF) de 1987, suite à la décision de Washington du 1er février 2019 d’entamer son processus de retrait dudit traité. Une décision suivie dès le lendemain, de l’annonce du retrait de Moscou…

Parallèlement, les débats sur la  «sécurité en Europe» ne feront pas l’économie d’un scénario Brexit sans-accord, sur fond de montée des nationalismes en Europe. Un sujet qui devrait s’inviter au déjeuner qui réunira les leaders pour la paix autour de Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union européenne (UE) pour le Brexit et de Thierry Breton, PDG d’ATOS et ancien ministre des Finances.

Les « leaders pour la paix » seront ensuite reçus à l’Elysée par le président Emmanuel Macron, avant que Justine Coulidiati, Coordinatrice régionale de la plateforme des femmes du G5 Sahel, ne décerne le Smart Peace Price, au Sénat. Les LPP achèveront cette première journée par un dîner officiel avec Gérard Larcher, le Président du Sénat.

Le 14 mai 2019, la conférence reprendra à la première heure, avec un petit-déjeuner qui rassemblera les LPP autour de l’ancien président Nicolas Sarkozy sur l’état du monde, suivi d’un Peace Lab sur le thème « Les Femmes et la Paix » en partenariat avec Science Po international. Enfin, les « leaders pour la paix » seront invités à déjeuner à Matignon, avec le Premier Ministre, Edouard Philippe.

Quels dossiers prioritaires pour l’Afrique ?

Le 27 février dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait une résolution pour arrêter «toutes les guerres en Afrique d’ici 2020», reposant sur un engagement pris par des pays africains en 2013 (resté lettre morte jusqu’à présent). Dans quelle mesure les LPP peuvent-ils accompagner le continent dans l’atteinte cet objectif afin que cette ambition ne demeure pas un vœu pieu?

Force est de constater que les « leaders pour la paix » ont choisi de mettre cette année, la crise du Sahel en tête de leurs priorités africaines, comme en témoigne la présence de Justine Coulidiati qui sensibilise les plus jeunes à la paix dans la sous-région où les attaques terroristes se multiplient, autour de l’épicentre malien. Le Burkina Faso ou «pays des hommes intègres» est en effet, devenu une «base terroriste» qui menace aujourd’hui l’équilibre sécuritaire jusqu’au Togo, au Ghana ou au Bénin voisin, comme en atteste l’enlèvement des deux touristes français et de l’assassinat de leur guide dans le parc de la Pendjari le 1er mai dernier, à la frontière bénino-burkinabè.

Les leaders pour la paix pourront également s’interroger sur les risques de conflits de «basse intensité» qui perdurent dans nombre de pays d’Afrique en phase de transition ou de consolidation démocratique tels que la Tunisie, le Soudan, l’Algérie ou à l’Est du continent, particulièrement dans la Corne de l’Afrique. Ils pourront en parallèle s’interroger sur le risque terroriste qui menace désormais de s’étendre dans la région des grands lacs, déjà aux prises avec une situation sécuritaire alarmante ou encore sur le difficile règlement de la crise sud-soudanaise.

Dans un contexte mondial de paix fragile, Jean-Pierre Raffarin pourrait bien s’approprier cette célèbre citation attribuée à l’auteur romain Végèce : « Si vis pacem, para bellum » ou encore : «Si tu veux la paix, prépare la guerre»…

Source : La Tribune Afrique

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