Mali/Soumeylou Boubèye Maïga : la démission pour conjurer l’humiliation

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Ce vendredi 19 avril, l’Assemblée nationale s’apprêtait à examiner une motion de censure à son encontre. Pour conjurer l’humiliation publique, Soumeylou Boubèye Maïga a coupé l’herbe sous les pieds des députés. Quelques heures avant l’ouverture de la session, il a préféré remettre sa démission de la primature qu’il occupe depuis 2017. D’ores et déjà, Ibrahim Boubacar Keïta a entamé les consultations pour la nomination d’un remplacement à un homme qui ne manque pas d’ambitions sur l’échiquier politique.

Partir avant d’être brutalement poussé vers la sortie. Soumeylou Boubèye Maïga n’a pas eu besoin de peser la portée de sa décision. Ce 18 avril, le Premier ministre d’Ibrahim Boubacar Keïta depuis 2017 a remis sa lettre de démission, «acceptée» dans la foulée par le locataire de Koulouba avec toutes les louanges à sa « loyauté» et son «sens du devoir».

Situation sécuritaire, massacre d’Ogossagou, les motifs d’une démission

Sur la sellette depuis que plusieurs prescripteurs religieux ainsi qu’une partie de la société civile et de la classe politique malienne réclament son éviction de la primature, Soumeylou Boubèye Maïga a choisi un départ sur la pointe des pieds. Sa démission lui évite ainsi une humiliation publique. Ce vendredi 19 avril, une session extraordinaire de l’Assemblée nationale devait en effet examiner une motion de censure enclenchée par des députés de l’opposition et de la majorité.

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Cette hostilité à son endroit, Soumeylou Boubèye Maïga la doit à la situation sécuritaire dans le pays dont d’aucuns estiment qu’il n’a pas su faire évoluer depuis sa nomination fin décembre 2017, au poste de premier ministre. L’attaque de Doura dans le centre, qui a coûté la vie à 26 soldats maliens, est venue rappeler la faiblesse de la riposte gouvernementale face à la menace terroriste malgré ses nombreux alliés. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase du courroux social contre Soumeylou Boubèye Maïga, c’est sans doute l’horreur du massacre dans le village peul d’Ogossagou dont l’enquête piétine toujours.

Sur fonds d’amalgames avec des éléments du prédicateur peul Amadou Kouffa, de présumés chasseurs dogons ont massacré le 23 mars dernier, quelque 160 peuls dans ce village située près de la frontière avec le Burkina-Faso. Les limogeages dans l’armée ou encore la dissolution de l’association Dan Nan Ambassagou, en plus de constituer une accusation frontale, n’avait pas conduit à l’arrestation de suspects.

Quel avenir pour Soumeylou Boubèye Maïga?

«Un premier ministre sera nommé très prochainement et un nouveau gouvernement sera mis en place, après consultation de toutes les forces politiques de la majorité et de l’opposition», précise le communiqué de la présidence malienne. Que va devenir Soumeylou Boubèye Maïga? S’il a joué son rôle de fusible pour des griefs qui devaient être reprochés à l’ensemble de l’exécutif malien, l’ex-premier ministre ne manque pas d’ambitions politiques qui auraient pu précipiter son départ.

Marqué par des divergences, le Rassemblement pour le Mali (RPM, au pouvoir) avait été marqué en février par une vague de claquages de porte. Plusieurs de ses députés avaient rejoint l’Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (Asma-CFP), le parti de Soumeylou Boubèye Maïga. Au point que celui-ci avait repeint près d’une vingtaine de députés à sa couleur politique, même s’il restait dans la coalition au pouvoir.

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Le premier ministre d’alors commençait à prendre de l’étoffe et était même cité parmi un des potentiels successeurs d’IBK. Une ascension fulgurante retardée sinon stoppée par ce départ de la primature sur une note d’impopularité. L’ancien premier ministre, qui ne cache pas son rêve du fauteuil de Koulouba, peut désormais cultiver ses réseaux, lui qui a désormais les coudées franches pour tracer sa route.

Source : La Tribune Afrique

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