Guinée équatoriale : Teodoro Obiang lance le processus pour abolir la peine de mort

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La proposition devra encore être validée par un vote au Parlement. Mais ce n’est qu’une petite formalité pour le parti au pouvoir largement majoritaire dans l’hémicycle. En visite à Praia au Cap-Vert, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a promis d’enclencher un processus législatif qui doit conduire son pays à retirer de son arsenal juridique, l’application de la peine de mort. Un retrait qui constituait une exigence de la feuille de route de la Communauté des pays de langue portugaise que la Guinée-Equatoriale a rejoint en 2014 sous réserve d’adhésion à certaines valeurs.

C’était l’un des derniers écueils pour que la Guinée-Equatoriale, ex-colonie espagnole, devienne membre à part entière de la communauté des pays de langue portugaise. En visite au Cap-Vert, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a réitéré sa volonté d’abolir la peine de mort pour se conformer aux principes de la communauté des pays de langue portugaise (CPLP).

« La CPLP demande à mon pays de résoudre le problème de la peine de mort, mais je ne veux pas que cela dépende uniquement de la volonté personnelle du président », a promis Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, ce lundi à des journalistes. « Par conséquent, mon gouvernement présentera bientôt cette question au Parlement, où mon parti est majoritaire. J’espère que cette proposition sera approuvée», complète-t-il.

Une promesse pour le respect du cadre commun de la CPLP

Une déclaration en réponse à la sortie d’Antonio Costa, le premier ministre du Portugal. «Si la Guinée-Equatoriale veut rester dans la CPLP, elle doit s’inscrire dans un cadre commun n’incluant pas la peine de mort, car les valeurs de liberté, de démocratie et de respect des droits de l’homme, soutenus par cette communauté, sont incompatibles avec la peine de mort »,a fait savoir samedi dernier, le premier ministre avant même que Teodoro Obiang ne foule le sol capverdien. Réponse de l’intéressé ? « Nous ne pouvons pas agir à la hâte. Nous devons agir dans le cadre d’un processus politique qui satisfait toutes les parties ».

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Pour autant, la Guinée-Equatoriale traîne-t-elle des pieds à abolir la peine capitale ? En tout cas, la carte est bien souvent brandie par le régime équato-guinéen lors de ses déplacements à l’étranger. En 2016, au sommet bisannuel de l’organisation de la CPLP à Brasilia, le chef de la diplomatie brésilienne avait soulevé une possible nullité de la validation de l’adhésion de la Guinée-Equatoriale à cette organisation, pendant portugais de l’OIF.

Admise en 2014, la Guinée Equatoriale s’était engagée à mener une série de réformes dont l’abolition de la peine de mort pour se conformer à l’harmonisation des valeurs communes à l’organisation. Depuis, Teodoro Obiang avait joué la montre en sollicitant l’expertise juridique de certains pays membres pour paramétrer son système législatif à ces valeurs. Ce retard dans les réglages constitutionnels avait en partie fait perdre le fauteuil de la présidence de la CPLP que lorgnait Teodoro Obiang lors du Sommet de Praia en 2018.

Une formalité pour le parti au pouvoir

Après ce camouflet, la Guinée-Equatoriale a voulu lever le dernier obstacle à son entrée dans la CPLP. A l’invitation de Jorge Carlos Fonseca, le président du Cap-Vert, le pays qui assure la présidence tournante de la CPLP jusqu’en 2020, Teodoro Obiang effectue depuis ce lundi 15 avril, une visite d’Etat de deux jours dans la capitale capverdienne. Une première visite afin de concilier les positions entre les deux pays. Le Cap-Vert est en effet l’un des pays qui exige une conformité de la Guinée Equatoriale à tous les points de la Charte de la CPLP avant la validation de son adhésion.

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 « Nous voudrions que la Guinée équatoriale mette fin à la peine de mort au cours de la présidence capverdienne de la CPLP », a fait savoir Luís Filipe Tavares, le ministre capverdien des Affaires étrangères. Une déclaration qui fait écho à sa prise de position lors d’un sommet bilatérale entre le Cap-Vert et le Portugal, la semaine dernière. Le chef de la diplomatie capverdienne avait rappelé son désir de voir la Guinée Equatoriale, « renforcer l’intégration de [la] communauté » en ratifiant ses instruments.

En tout cas, le temps presse. L’Angola qui va prendre les rênes de la CPLP pour en assurer la présidence (2020-2022) se prépare activement pour le sommet de 2020. En amont, beaucoup espèrent que la déclaration de Teodoro Obiang n’est pas encore une nouvelle posture de temporisation. Au parlement, c’est le Parti démocratique de Guinée-Equatoriale (PDGE) et ses alliés qui règnent sur la quasi-totalité des sièges. Le vote de l’abrogation de la peine de mort ne devrait donc être qu’une formalité.

Source : La Tribune Afrique

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