Soudan : Abdulfattah Al-Burhan, un général plus consensuel pour diriger la transition militaire

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Le président du Conseil militaire de transition, le lieutenant-général Awad Benawf, a renoncé à son poste dans la soirée du vendredi 12 avril selon les médias d’Etat, 24 heures après la destitution forcée d’Omar El-Béchir. Il a été aussitôt remplacé par le lieutenant-général Abdulfattah Al-Burhan, un officier moins marqué politiquement pour conduire la transition militaire.

C’est la valse des généraux au Soudan. Le lieutenant-général Abdulfattah Al-Burhan Abder Rahaman a été nommé, dans la soirée du vendredi 12 avril, président du Conseil militaire de transition (CMT), la junte qui a pris le pouvoir la veille après la destitution forcée de l’ancien président Omar El-Béchir, sous la pression de la rue. Cette décision surprise est intervenue à la suite de la renonciation du lieutenant-général Awad Benawf du poste de président du CMT.

Dans un message adressé à la nation, l’ancien président du CMT a motivé sa décision par son souci «d’assurer la cohésion des forces armées et du système de sécurité», afin d’accompagner «le début du processus de changement» qui est en cours dans le pays.

«J’ai décidé à renoncer à mon poste et de choisir celui à qui j’ai confiance pour son expérience et sa compétence et je suis convaincu qu’il conduira le navire pour qu’il navigue avec sûreté», a fait savoir lieutenant-général Awad Binawf, qui a ajouté avoir mûrement réfléchi et aussi mener des consultations avant de prendre cette décision.

«J’espère que la nation restera saine et sauve et le peuple en sécurité avec son armée, son système de sécurité et ses dirigeants militaires ou civils. J’espère de même que ces dirigeants parviendront à des points de convergence, à la compréhension et à un accord urgent sur les réponses adaptées à cette situation que notre pays traverse, sans considération des intérêts partisans ou personnels. Notre Soudan est assez grand pour nous contenir tous et j’espère sincèrement que cette décision ne trouvera pas d’autres interprétations et je prie que le bon Seigneur guide tous mes frères pour le bien du pays et du peuple», a souligné le lieutenant-général Awad Benawf en guise d’adieu.

Dans la journée, l’ancien président du Conseil militaire de transition a déjà fait savoir qu’il est «prêt à renoncer à son poste au nom des intérêts de la nation ». Les manifestations populaires se sont en effet poursuivies toute la journée et malgré les promesses de la junte militaire de nommer un gouvernement civil et d’organiser des élections dans un délai de deux ans. L’ancien ministre de la Défense d’Omar Al-Béchir paye le prix de sa trop grande proximité avec l’ancien régime dont il est un des piliers et membre du parti qui était jusque-là au pouvoir.

Un général plus consensuel

Le nouvel homme fort de Khartoum qui a aussitôt prêté serment dans la foulée est un militaire de carrière qui n’est membre d’aucun parti politique. Bien qu’il a joué un rôle déterminant dans la destitution d’Omar El-Béchir, le général Abdelfattah Al Bourhan est plus connu pour ses faits d’armes dans le sud du pays et au Darfour.

Jusque-là inspecteur général de l’armée, le lieutenant général Al Bourhan a également dirigé les forces soudanaises stationnées au Yémen. Proche des Emirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, selon des sources militaires soudaines citées par des médias locaux, il bénéficie d’une certaine bienveillance au sein de l’armée et des forces de sécurité, ainsi que de la société civile. Toutefois, son passé pourrait le rattraper en raison de certaines accusations d’ONG sur des exactions commises au Darfour et pour lesquelles l’ancien président El-Béchir était poursuivi par la CPI.

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Aussitôt après avoir prêté serment, il est allé au-devant des manifestants avec qui il a publiquement échangé sur leurs revendications. La population a certes joyeusement accueilli le départ du général Awad Binawf avec des scènes de liesse populaire, mais plusieurs dirigeants de la contestation populaire ont affirmé aux médias qu’ils maintiendront la pression jusqu’au transfert du pouvoir à un gouvernement civil.

Source : La Tribune Afrique

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